Histoire

Il est courant dans certains milieux savoyards de vouer un culte aux ancêtres. Mais pour faire moderne, on dote nos aïeux d’une pensée rationaliste qui n’était pas la leur.

On reproche volontiers aux Savoyards de s’en remettre trop à leurs ancêtres sur le plan culturel. C’est que la République éduque officiellement à un rationalisme situé au-delà des traditions communautaires. Elle postule que la raison est le seul élément réellement noble de l’humanité, en ce qu’il est partagé par tous, quoiqu’à divers degrés. Elle stipule, au fond, que la nation gauloise possède cette faculté d’une façon quasi parfaite, et que les autres devraient se contenter de l’imiter ou de se plier avec joie à ses enseignements. Jules Ferry parlait d’une race qui avait cultivé d’instinct le rationalisme et qui donc devait s’imposer à tous afin de sortir l’humanité de la nuit de l’obscurantisme. Les héritiers de ce penseur laïc critiquent justement les Savoyards parce qu’ils restent réfractaires à ce projet.

 

Claude Barbier vient de lâcher une bombe mémorielle en démontrant que le fameux combat des Glières n'est qu'un mythe. Une légende de la résistance entretenue par Sarkozy, et ses opposants. Interview. 

Comme chaque année depuis 2007, Nicolas Sarkozy devrait se rendre au printemps prochain, alors que la campagne battra son plein, sur le Plateau dit des Glières. Il a fait de ce haut lieu de la résistance sa « Roche de Solutré » à lui, son pèlerinage annuel, à l’instar de François Mitterrand qui s’attachait à escalader avec sa petite cour cette roche bourguignonne qu’il a rendue célèbre. Glières, pour sa part, n’a pas eu besoin d’un président randonneur pour être glorifié, car cela dure depuis 1944 et un combat devenu mythique qui aurait opposé quelques 500 résistants à plus de 10 000 Allemands et miliciens. C’est la mémoire de ces résistants que Sarkozy souhaite honorer, provoquant l’indignation des anti-sarkozystes qui refusent de voir le président soigner son image sur le dos de ceux qui font figure de héros. Ils sont finalement tous dans l’erreur, car le combat héroïque des Glières n’est qu’un mythe décrypté par la thèse que vient de soutenir Claude Barbier.

 

En se dorant la pilule au soleil (si si !), Fred se délecte de l’histoire de l’été de Christophe Granger. Le roman d’une saison qui, loin d’être synonyme de se la couler douce, a suscité la peur.

Il est des choses que l’on pense gravées dans le marbre. Ainsi, allongé sur notre serviette made in China, tranquillement en train de lézarder au soleil, l’été s’offre à nous sous une forme que l’on pense exister depuis Vercingétorix… au moins. Comment imaginez alors, le cuir bruni et le cerveau en mode veille, que la saison n’a pas toujours rimé avec plage, glandouille, pétanque, coups de soleil et crustacés. Et de fait, réduire Juillet/Août aux seules vacances c’est oublier que pendant des siècles cette période fut surtout celle du travail aux champs et des moissons, puisque jusqu’à la moitié du 19ème siècle plus de  80 %  des travailleurs européens le sont encore dans le secteur primaire. Sorti en 2009 et signé de la main de l’historien Christophe Granger, Les corps d’été, naissance d’une variation saisonnière, revient en détail sur la véritable histoire de l’été.

 

Le 31 mars, Brice Perrier publie une enquête sur le linceul de Turin, l’une des plus grandes énigmes de l’histoire. Découvrez en exclu dans La Voix ses bonnes feuilles savoyardes.

Il y a un an, le linceul de Turin, plus connu sous le nom de saint suaire, était exposé dans la capitale piémontaise. C’est là-bas que Brice Perrier a démarré une enquête qui lui a fait découvrir l’envers du décor d’une affaire aujourd’hui encore mystérieuse. Elle oppose depuis des décennies voire des siècles les défenseurs de la plus illustre des reliques de la chrétienté à ceux qui dénoncent un faux moyenâgeux. Mais qu’il s’agisse de l’authentique linceul du Christ sur lequel celui-ci aurait laissé son image ou d’une œuvre d’art unique en son genre à l’origine inexpliquée, l’objet est quoi qu’il en soit exceptionnel, suscitant passions et polémiques. Au fil de cette enquête, vous découvrirez pourquoi aucun camp ne peut prétendre aujourd’hui détenir la vérité, pourquoi l’énigme perdure malgré un siècle de recherche, et comment elle pourrait être rapidement résolue.

 

Parti le 28 février 2007, Henri Dénarié restera une figure incontournable du régionalisme savoyard. Radical et libertaire, il est le père de la Savoie libre.

En 1968, à Annecy, du côté de la rue Royale, un homme commence à diffuser des tracts aux titres provocateurs. Du genre : « Qu’est-ce que 400 000 Savoyards ont à faire des républicains français ? » C’est Henri Dénarié. « Par sa pensée, il était en avance sur son temps, se rappelle Josyane Fleuret, pionnière du Mouvement région Savoie. Alors il affolait les gens. » Il faut dire que, pour Henri, le MRS était le « mouvement savoyard pour la kollaboration. De par ma formation libertaire et ma mentalité conflictuelle, je n’y ai jamais participé. » Son organisation, c’était Savoie libre, qui, d’après un tract paru dans les années 1970, n’était « ni un rassemblement, ni un mouvement, ni un groupement, ni un parti, mais l’expression écrite, libre et sans concession d’une certaine idée de la Savoie reposant sur deux principes fondamentaux : la légitimité savoyarde et la convivialité à la savoyarde. »

 

En ce 19 février qu’il a fait jour de fête, rendons à nouveau hommage à Henri Dénarié. Un personnage entré dans cette histoire de Savoie dont il nous parlait sans puiser son inspiration dans l’Education nationale.

Quelle idée à la con il a eu d’aller se faire opérer du cœur. A huitante-sept ans, comme il aurait dit. On l’avait pourtant vu, quelques jours avant qu’il ne parte à Grenoble pour se faire faire un pontage, et il était plutôt en forme. Toujours avec sa gouaille unique, sa façon inimitable de s’en prendre perpétuellement, avec une mauvaise foi souvent flagrante mais tellement attachante, à ces françouillards rencontrés à la Poste, à la banque, dans la rue et finalement à l’hôpital. Sa rengaine favorite ? « Ah, les Français, ils se croient toujours les meilleurs en tout, sur tout et partout ! » C’est pourtant bel et bien en Français fier de l’être qu’Henri Dénarié quitta sa ville d’Annecy en 1936, âgé d’à peine dix-sept ans, pour rejoindre l’Espagne.

 

L’automne arrivant, André Palluel-Guillard revient sur une année de commémoration des 150 ans de la Savoie française. Du localisme à l’unité (perdue ?), c’est le temps du premier bilan.

L’automne est le « début de la fin ». On peut donc commencer à conclure sur ce que fut, en Savoie, l’anniversaire de cette date essentielle de 1860, en notant déjà que l’incertitude d’une appellation est un signe de confusion. L’hésitation proclamée dès le début entre « réunion », « annexion », « rattachement » révéla tout de suite un signe bien français de « pinaillage » sur le sujet lui-même… et comme il fallait s’y attendre, chacun y alla de son initiative plus révélatrice de l’esprit de clocher que d’un vrai régionalisme. Avec aussi une première évidence prévue : la relative indifférence de l’opinion du fait du brassage croissant de la société locale et de l’évolution de la jeunesse – d’où une première conclusion : qu’a-t’on fait pour pallier cette carence de la jeunesse ?

 

Dans des écrits contemporains ou datant de l’époque romantique, Rémi découvre que de prétendus Sarrasins étaient en réalité originaires de nos montagnes. En fait, au commencement étaient les Ligures.

Dans son livre Nos ancêtres les Sarrasins des Alpes, le Valdôtain Joseph Henriet démontre que ceux que l’histoire a nommés des Sarrasins n’étaient pas toujours, en réalité, des Arabes. Il pouvait s’agir, plus généralement, de païens, de peuples non convertis au christianisme, et assimilés à des Sarrasins (qui étaient musulmans) par une confusion due à l’idée, partagée autrefois, que l’islam reprenait certains traits estimés antérieurs au christianisme. Une hérésie était globalement regardée comme un vêtement superficiel donné à de vieilles croyances ; c’était aussi le cas de l’arianisme, qu’avaient adopté les Burgondes. Au cœur des Alpes, selon Henriet, pouvaient se côtoyer des hérétiques et des païens, mais le fond n’en était pas étranger : il s’agissait d’un peuple premier, installé dans les lieux depuis toujours, ceux qu’on appelle aujourd’hui des Ligures, dont la langue était sans doute proche du basque. Distincts des Allobroges, ils demeuraient au sommet des montagnes ou dans les profondeurs des vallées.

 

Les Mémoires du Prince Eugène de Savoie viennent d’être rééditées, et Rémi Mogenet les a préfacées. L’occasion pour lui de nous inciter à découvrir le récit de la vie de ce héros du Saint Empire.

Récemment, ont été réédités, aux éditions Anatolia, les Mémoires du prince Eugène de Savoie, ce fameux chef de l’armée des empereurs germaniques, et l’éditeur, Samuel Brussell, m’a fait l’honneur de me demander d’en écrire la préface. Ces Mémoires montrent une personnalité qui appartient pleinement à son temps, le début du XVIIIe siècle. Le prince Eugène se veut chevaleresque comme on l’était dans la noblesse d’épée, se moquant du danger, sans rancœur contre ses ennemis sur le champ de bataille (il invitait à dîner les généraux vaincus dont il avait apprécié les manœuvres) et dénué d’arrière-pensée idéologique (il employait les protestants aussi bien que les catholiques, et haïssait le catholicisme d’État, qui liait la foi religieuse à l’assujettissement aux princes).

 

La morne plaine fut pour la Savoie le lieu d’une grande victoire, car Waterloo fut ici synonyme de libération. Célébrons donc cet autre 18 juin.

Les Français ont su combien être vaincu et occupé était chose douloureuse. Ainsi devraient-ils comprendre les souffrances que la Savoie supporta de 1792 à 1814. Et bien piger combien Waterloo fut ici une joie, comme 1945 pour tous les Européens. C’est que, de 1792 jusqu’au 18 brumaire, la Savoie connut un temps de férocité incroyable. Et les nombreuses exactions, dont les pillages par les biens nationaux qui servirent notamment à récompenser la cinquième colonne savoyarde, continuèrent durant le consulat et l’Empire – d’opérette.

 


Page 2 de 3

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière