Histoire

Dans L’héritage de Vichy, Cécile Desprairies révèle que les sports d’hiver se sont développés durant l’Occupation. L’origine de notre économie touristique serait-elle pétainiste ?

Commençons par une colle : qui a créé l’ordre des médecins, celui des experts-comptables, mis en place les comités d’entreprise, l’inspection du travail, les tickets-repas, ou encore imposé la médecine scolaire et celle du travail ?... Eh bien, ce bienfaiteur de notre République s’appelle : Philippe Pétain. Le maréchal en personne ! Le vieux militaire et son gouvernement de collaboration qui, de 1940 à 1944, produiront quelques 16 000 nouvelles lois dans tous les domaines, et ce avec d’autant plus de facilités qu’il  n’y avait plus de parlement... Dans L’héritage de Vichy, la philosophe et germaniste de formation Cécile Desprairies égrène l’inventaire de 100 mesures issues de Vichy toujours en vigueur en France. Un ouvrage surprenant et passionnant qui nous dévoile que l’Occupation n’est pas non plus étrangère au développement de l’alpinisme et de ce qui est devenu la première source de revenu dans notre belle région : les sports d’hiver.

 

Personne ou presque n’est au courant qu’une pièce allobroge exceptionnelle a été déterrée en Savoie. Une trouvaille archéologique clandestine dont témoigne aujourd’hui son auteur.

Une découverte archéologique assez importante a été faite dernièrement en Savoie. On y a trouvé une pièce allobroge rarissime, dont on ne disposait jusqu’alors d’aucun exemplaire en bon état. Mais personne n’a été mis au courant, si ce n’est les utilisateurs d’un forum consacré à la détection de pièces de métaux où le trouveur, un dénommé Hannibal 73, est venu présenté cette monnaie qu’il pressentait comme exceptionnelle (voir ici). Sous pseudo, car la détection de métaux dans le sous-sol est interdite en France. Aujourd’hui désireux de faire connaître une découverte qui enrichit le patrimoine allobroge, Hannibal nous a contacté, estimant que La Voix était le média le plus adéquat pour l’annoncer. Nous vous proposons donc de voir à quoi ressemble cette fameuse pièce et lui donnons la parole. Il en profite pour soulever la problématique posée par une législation condamnant à la clandestinité d’innombrables trouvailles qui auraient souvent leur place dans des musées.

 

Saviez-vous que la Savoie comptait près de 800 mines ? Robert Durand nous le rappelle alors qu’Arnaud Montebourg veut maintenant que la France redevienne un pays minier. Comme au siècle dernier.

Le 16 octobre dernier, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, surprenait tout le monde. Non pas en venant soutenir les salariés de Camiva à Saint-Alban-en-Leysse qui voyait quelques jours plus tard leur usine déménagée par leur direction (voir le reportage de France 3), mais pour annoncer son souhait de voir la France redevenir un pays minier. Quatre permis de recherche ont déjà été déposés. Aucun pour le moment ne concerne la Savoie. Pourtant, elle a une histoire commune avec l'exploitation minière, un patrimoine qui a tendance à tomber dans l'oubli. Il y a bien le Grand Filon à Saint-Georges-d'Hurtières, des vestiges à Peisey-Nancroix, ou encore le sentiers des ardoisiers à Saint-Julien-Mont-Denis, mais pour Robert Durand, auteur du livre Un siècle dans les mines de Savoie. Sites d'extraction – Patrimoine – Histoires vécues, ce n'est pas suffisant. Petite séance de rattrapage.

 

Il est courant dans certains milieux savoyards de vouer un culte aux ancêtres. Mais pour faire moderne, on dote nos aïeux d’une pensée rationaliste qui n’était pas la leur.

On reproche volontiers aux Savoyards de s’en remettre trop à leurs ancêtres sur le plan culturel. C’est que la République éduque officiellement à un rationalisme situé au-delà des traditions communautaires. Elle postule que la raison est le seul élément réellement noble de l’humanité, en ce qu’il est partagé par tous, quoiqu’à divers degrés. Elle stipule, au fond, que la nation gauloise possède cette faculté d’une façon quasi parfaite, et que les autres devraient se contenter de l’imiter ou de se plier avec joie à ses enseignements. Jules Ferry parlait d’une race qui avait cultivé d’instinct le rationalisme et qui donc devait s’imposer à tous afin de sortir l’humanité de la nuit de l’obscurantisme. Les héritiers de ce penseur laïc critiquent justement les Savoyards parce qu’ils restent réfractaires à ce projet.

 

Claude Barbier vient de lâcher une bombe mémorielle en démontrant que le fameux combat des Glières n'est qu'un mythe. Une légende de la résistance entretenue par Sarkozy, et ses opposants. Interview. 

Comme chaque année depuis 2007, Nicolas Sarkozy devrait se rendre au printemps prochain, alors que la campagne battra son plein, sur le Plateau dit des Glières. Il a fait de ce haut lieu de la résistance sa « Roche de Solutré » à lui, son pèlerinage annuel, à l’instar de François Mitterrand qui s’attachait à escalader avec sa petite cour cette roche bourguignonne qu’il a rendue célèbre. Glières, pour sa part, n’a pas eu besoin d’un président randonneur pour être glorifié, car cela dure depuis 1944 et un combat devenu mythique qui aurait opposé quelques 500 résistants à plus de 10 000 Allemands et miliciens. C’est la mémoire de ces résistants que Sarkozy souhaite honorer, provoquant l’indignation des anti-sarkozystes qui refusent de voir le président soigner son image sur le dos de ceux qui font figure de héros. Ils sont finalement tous dans l’erreur, car le combat héroïque des Glières n’est qu’un mythe décrypté par la thèse que vient de soutenir Claude Barbier.

 

En se dorant la pilule au soleil (si si !), Fred se délecte de l’histoire de l’été de Christophe Granger. Le roman d’une saison qui, loin d’être synonyme de se la couler douce, a suscité la peur.

Il est des choses que l’on pense gravées dans le marbre. Ainsi, allongé sur notre serviette made in China, tranquillement en train de lézarder au soleil, l’été s’offre à nous sous une forme que l’on pense exister depuis Vercingétorix… au moins. Comment imaginez alors, le cuir bruni et le cerveau en mode veille, que la saison n’a pas toujours rimé avec plage, glandouille, pétanque, coups de soleil et crustacés. Et de fait, réduire Juillet/Août aux seules vacances c’est oublier que pendant des siècles cette période fut surtout celle du travail aux champs et des moissons, puisque jusqu’à la moitié du 19ème siècle plus de  80 %  des travailleurs européens le sont encore dans le secteur primaire. Sorti en 2009 et signé de la main de l’historien Christophe Granger, Les corps d’été, naissance d’une variation saisonnière, revient en détail sur la véritable histoire de l’été.

 

Le 31 mars, Brice Perrier publie une enquête sur le linceul de Turin, l’une des plus grandes énigmes de l’histoire. Découvrez en exclu dans La Voix ses bonnes feuilles savoyardes.

Il y a un an, le linceul de Turin, plus connu sous le nom de saint suaire, était exposé dans la capitale piémontaise. C’est là-bas que Brice Perrier a démarré une enquête qui lui a fait découvrir l’envers du décor d’une affaire aujourd’hui encore mystérieuse. Elle oppose depuis des décennies voire des siècles les défenseurs de la plus illustre des reliques de la chrétienté à ceux qui dénoncent un faux moyenâgeux. Mais qu’il s’agisse de l’authentique linceul du Christ sur lequel celui-ci aurait laissé son image ou d’une œuvre d’art unique en son genre à l’origine inexpliquée, l’objet est quoi qu’il en soit exceptionnel, suscitant passions et polémiques. Au fil de cette enquête, vous découvrirez pourquoi aucun camp ne peut prétendre aujourd’hui détenir la vérité, pourquoi l’énigme perdure malgré un siècle de recherche, et comment elle pourrait être rapidement résolue.

 

Parti le 28 février 2007, Henri Dénarié restera une figure incontournable du régionalisme savoyard. Radical et libertaire, il est le père de la Savoie libre.

En 1968, à Annecy, du côté de la rue Royale, un homme commence à diffuser des tracts aux titres provocateurs. Du genre : « Qu’est-ce que 400 000 Savoyards ont à faire des républicains français ? » C’est Henri Dénarié. « Par sa pensée, il était en avance sur son temps, se rappelle Josyane Fleuret, pionnière du Mouvement région Savoie. Alors il affolait les gens. » Il faut dire que, pour Henri, le MRS était le « mouvement savoyard pour la kollaboration. De par ma formation libertaire et ma mentalité conflictuelle, je n’y ai jamais participé. » Son organisation, c’était Savoie libre, qui, d’après un tract paru dans les années 1970, n’était « ni un rassemblement, ni un mouvement, ni un groupement, ni un parti, mais l’expression écrite, libre et sans concession d’une certaine idée de la Savoie reposant sur deux principes fondamentaux : la légitimité savoyarde et la convivialité à la savoyarde. »

 

En ce 19 février qu’il a fait jour de fête, rendons à nouveau hommage à Henri Dénarié. Un personnage entré dans cette histoire de Savoie dont il nous parlait sans puiser son inspiration dans l’Education nationale.

Quelle idée à la con il a eu d’aller se faire opérer du cœur. A huitante-sept ans, comme il aurait dit. On l’avait pourtant vu, quelques jours avant qu’il ne parte à Grenoble pour se faire faire un pontage, et il était plutôt en forme. Toujours avec sa gouaille unique, sa façon inimitable de s’en prendre perpétuellement, avec une mauvaise foi souvent flagrante mais tellement attachante, à ces françouillards rencontrés à la Poste, à la banque, dans la rue et finalement à l’hôpital. Sa rengaine favorite ? « Ah, les Français, ils se croient toujours les meilleurs en tout, sur tout et partout ! » C’est pourtant bel et bien en Français fier de l’être qu’Henri Dénarié quitta sa ville d’Annecy en 1936, âgé d’à peine dix-sept ans, pour rejoindre l’Espagne.

 

L’automne arrivant, André Palluel-Guillard revient sur une année de commémoration des 150 ans de la Savoie française. Du localisme à l’unité (perdue ?), c’est le temps du premier bilan.

L’automne est le « début de la fin ». On peut donc commencer à conclure sur ce que fut, en Savoie, l’anniversaire de cette date essentielle de 1860, en notant déjà que l’incertitude d’une appellation est un signe de confusion. L’hésitation proclamée dès le début entre « réunion », « annexion », « rattachement » révéla tout de suite un signe bien français de « pinaillage » sur le sujet lui-même… et comme il fallait s’y attendre, chacun y alla de son initiative plus révélatrice de l’esprit de clocher que d’un vrai régionalisme. Avec aussi une première évidence prévue : la relative indifférence de l’opinion du fait du brassage croissant de la société locale et de l’évolution de la jeunesse – d’où une première conclusion : qu’a-t’on fait pour pallier cette carence de la jeunesse ?

 


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