Chronique

L’arrivée fracassante de Free dans la téléphonie mobile fait le buzz, mais tout le monde est passé à côté d’une inquiétante étude annécienne, sauf le Professeur Claudius. Le voilà parti dans une virée scientifico-pipo.

De récents travaux menés par une équipe de chercheurs annéciens, les docteurs Haissem Hesse et Abel an Abssens, ont démontré les effets pervers mis en place par les commerçants de téléphonie mobile, via les appareils eux-mêmes. En effet, lors d’un appel, sont émises des ondes stimulants directement l’oreille interne, laquelle transmet ces informations aux aires corticales associatives via le thalamus. Ceci déclenche, en réponse, une activation de l’adéno-hypophyse, glande qui elle-même sécrète alors une hormone provoquant une sensation de puissance et d’importance exceptionnelle. Couplée à une analyse sociologique, cette étude permet de comprendre pourquoi les gens dans la rue semblent si enclins à nous faire partager leur conversation une fois accrochés à leur Black-Berry. Pire encore, ces travaux ont également démontré que cette hormone, baptisée par le corps scientifique « HTDT léfon », entraînait un état de forte dépendance aux biens téléphoniques.

 

Dénichant dans des écrits prophétiques la promesse d’une fédération mondiale dont l’entité de base ne serait plus la nation, Jo perçoit l'esquisse d'un harmonieux empire, pour juste après l’apocalypse.

« Les Nations s’étant mises en fureur, voici ta fureur à toi et le temps pour les morts d’être jugés. » Je ne sais pas vous, mais moi, cette phrase, extraite de L’Apocalypse de saint Jean, elle me parle. Alors d’accord, ça fait déjà un bail que les nations se sont mises en fureur – on vous fera grâce du détail des conflits survenus depuis l’arrivée du concept moderne de nation –, mais on voit de plus en plus venir les retours de bâton assénés tant par la machinerie humaine que par une nature trop longtemps malmenée par ces entités nationales vouant un culte à leur gloriole et à leur PIB. Et puis il y a maintenant l’état de faillite de nations asservies à des banques qui les entraînent vers leur chute. De quoi se dire que nos chers Etat-Nations ne seront pas éternels, et que leur jugement, ou leur dépôt de bilan, approche même à grands pas.

 

Apparemment en pleine crise de foi, le professeur Claudius cherche un sens à tout ça. Il est en quête de Diot. Mais où trouver cette divine saucisse qui aurait créé la Savoie ? 

Nos contrées savoyardes ont de tout temps enfanté légendes, contes et autres mythes de tout poil. Parmi eux, il existe une croyance qui semble surpasser toutes les autres, et toucher tout particulièrement au sacré. Elle concerne Diot. Cette vieille saucisse qui aurait créé la Savoie, ses reliefs, ses chalets en bois, ses tartiflettes et ses vins chauds à la cannelle dégueulasses, en moins de six jours. Mais depuis des siècles, il est une interrogation existentielle qui taraude le moindre monchu et souvent même bien au-delà de nos montagnes : « Mais bon sang, Diot existe-t-il ? » Pour répondre à cette délicate question qui attise les passions, j’ai sillonné les ruelles du vieil Annecy. En espérant trouver la réponse à cette problématique métaphysique posée par la mythique saucisse.

 

Se remémorant l’évangile de Clint Eastwood, Jo constate que, en vouant un culte au veau d’or, l’homme a choisi un Dieu dont les gourous se prosternent devant le CAC 40.

En prêcheur solitaire, Clint Eastwood le rappelait dans Pale Rider : « On ne peut pas servir Dieu et Mammon. » Il faut choisir. Et le monde moderne a opté pour Mammon. On parle ici du veau d’or, du pèze ou des stocks-options selon votre rapport à l’argent. Quel que soit le nom qu’on lui donne, c’est une des bottes pas très secrètes largement utilisée par le prince de ce monde pour parvenir à ses fins. Devenue silencieuse, immatérielle voire virtuelle, la bonne vieille monnaie sonnante et trébuchante circule à travers le monde, dans des réseaux souvent opaques, à la vitesse d’un clic de souris. Mais servons-nous pour autant Mammon davantage qu’hier ? La singularité de notre temps vient du fait que l’économisme est devenu un véritable culte dont les porte-voix, à plat ventre devant le marché roi, sont de véritables gourous décryptant un monde qu’ils se sont attachés à rendre aussi complexe que leurs produits financiers.

 

Dans La Part du diable de Denis de Rougemont, Jo retrouve le mode opératoire du démon qui nous habite. Et découvre que le dragon de l’Apocalypse abuse en fait de nos vertus. 

« La plus belle ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas ». C’est par cette citation de Baudelaire que Denis de Rougemont débute La Part du diable, ouvrage écrit en 1942 alors que le Malin s’en donne à cœur joie. Dans ce livre, le philosophe genevois fustige le mythe de la queue crochue et décrit l’œuvre insidieuse de Satan dans notre vie quotidienne. Exposant la réalité de l’action du dragon de l’Apocalypse, il nous met face à nos responsabilités. « Nulle vérité n’est bonne à dire, dans ce sens que chaque vérité comporte une part d’accusation pour notre vie, et tend à déranger cet équilibre de pieux mensonges tacitement admis sans lesquels "l’existence deviendrait impossible" […] 

 

En cette période estivale, retour à l’apocalypse, selon Jo. Il se penche sur le versant ésotérique du texte de Saint Jean et en vient à traquer la fin du temps dans les prés. Serait-il complètement perché ?

Si l’Apocalypse de Saint Jean apparaît comme un texte hermétique, c’est parce que le favori de Jésus est "l’ésotériste" de la bande, celui qui prend la connaissance à sa source, reposant sur le sein du Seigneur. L’ésotérisme, censé conduire à une connaissance intime de la divinité, fut souvent réservé aux membres d’écoles initiatiques dont le langage était truffé de symboles. La TOB (Traduction œcuménique de la Bible) explique d’ailleurs que le symbolisme de l’Apocalypse est destiné à « mettre en valeur le caractère confidentiel du message. Avec ses allégories, ses allusions chiffrées, ses proclamations énigmatiques, la littérature apocalyptique prétend s’adresser à des initiés ; seul ceux qui y ont été appelés peuvent accéder à l’intelligence des secrets divins. »

 

Après sa visite du Fion, le professeur Claudius ne veut pas trop se (le) casser. Mais le voilà parti dans une grande réflexion qui l'invite à faire un point salutaire sur ce qui l’anime, au fond.

Ecrire un article ou un papier, comme on dit dans le métier, n’est pas toujours chose facile. Loin de l’image du journaleux qui, posé à la piscine d’un hôtel de luxe, s’épanche à loisir d’une plume alerte et intarissable, un œil sur son calepin et l’autre sur les plastiques féminines, le labeur du modeste gratte-papier est souvent plus proche du moine cistercien que du playboy des quatre étoiles. Ainsi, l’autre jour, vautré dans mon canapé, j’étais bien décidé à mettre un terme à ce qui semblait se profiler comme une belle journée de glandouille. Dans mon champ de vision, à deux mètres devant moi sur une table basse, mon PC HP et sa page word, blanche, immaculée. Le regard perdu au fond de l’écran, le rythme cardiaque fixé à celui du curseur, je me suis mis en quête d’une quelconque inspiration.

 

En goguette dans la Yaute, le Professeur Claudius y a découvert une bourgade au nom bien cocasse. Présentation du lieu dit entre description fantasmagorique et jeux de mots à deux balles cinquante.

Situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Thonon-les-Bains et de sa cuvette, le lac Léman, le Fion est une bourgade à la facette riante et sympathique. Contrairement à une rumeur répandue par Eddy Mitchell, ce village ne se trouve pas sur la route de Mes fesses, mais sur celle d’Abondance, en suivant les chemins escarpés, tortueux et étroits de la vallée de la Drance. Petit hameau, avec ses chalets dispersés et ses quelques producteurs d’Abondance, le Fion n’est souvent pas loin d’apparaître aux visiteurs de passage qui le découvrent pour la première fois comme un bled, ou plutôt un trou, voire même pour certains d’entre eux, comme le trou du cul du monde... D’ailleurs, il n’y a qu’une centaine d’habitants installés dans Le Fion.

 

L’homme de Neandertal a-t-il été exterminé car il était trop intelligent ? Environ 30 000 ans plus tard, les Bogdanoff se demandent si Cro-Magnon n’était pas vert de jalousie devant cette grosse tête.

Neandertal : un nom taillé dans la roche. Un visage osseux, massif, impossible. Cet être qui n’est ni un singe ni vraiment un homme est pourtant le premier “Européen” apparu sur notre continent il y a environ 350 000 ans. Cette créature trapue, dotée d’une musculature impressionnante, est longtemps passée pour une brute sans pensée. Avec sa face déformée vers l’avant, ses yeux profondément enchâssés derrière une véritable forteresse osseuse, les préhistoriens du siècle dernier l’ont trouvé d’une telle laideur qu’il leur a d’abord semblé impensable que cet être puisse figurer parmi les ancêtres de l’homme. Et pourtant, cet “homme singe”, cet “animal debout”, recèle un secret extraordinaire. Quelque chose que les premiers anthropologues ont occulté sans même le vouloir, tant cette “chose” leur paraissait invraisemblable : le cerveau de Neandertal est nettement plus gros que le nôtre.

 

L’Apocalypse ne se résumera pas à un tsunami ou à un crash de météorite, ni bien sûr à une réforme des retraites. Sur le chemin de la révélation, Jo traque la bête et tente d'y voir plus clair.

« L’Apocalypse se produira-t-elle le 1er février 2019 ? ». C’est ainsi qu’un journaliste du quotidien Aujourd’hui démarra un article sur le risque de collision avec la terre d’une gigantesque météorite. L’Apocalypse, ce serait donc ça ? Un barbecue géant faisant rôtir instantanément une humanité victime d’un hasard dénué de sens ? Il s’agit pourtant avant tout du texte de clôture du best-seller incontesté de la littérature mondiale. « L’Apocalypse conclut le Nouveau Testament, rappelle Jean-Pierre Laurant, historien enseignant à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Différent des Evangiles qui sont plus historiques, il se rapproche de l’Ancien Testament et des apocalypses juives évoquées dans les livres de Daniel ou Ezequiel. Le terme grec est apokalupsis qui signifie dévoilement ou révélation. »

 


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