Après qu'un millier d'opposants au Lyon-Turin se soit vu interdire de manifester à Lyon, place à la suite du débat confrontant pacifiquement deux visions écologistes de ce projet ferroviaire.

Hier, à l'occasion du sommet franco-italien de Lyon, François Hollande et le président du Conseil transalpin Mario Monti ont signé une « déclaration commune relative au tunnel Lyon-Turin ». Et ceci après que Laurent Fabius, en charge des affaires étrangères, a annoncé en Conseil des ministres le 28 novembre dernier un projet de loi « autorisant l'approbation de l'accord pour la réalisation et l'exploitation d'une nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin ». Pas de changement donc à ce sujet depuis l'arrivée au pouvoir des socialistes : leur politique s'inscrit dans la continuité des engagements pris par les gouvernements précédents. L’unanimité est néanmoins loin d’être de mise autour de ce gigantesque projet, comme en ont d’ailleurs témoigné hier le millier de manifestants qui a été encerclé par à peu près autant de policiers. Une contradiction qui s’exprime aussi chez nous, mais de façon plus paisible avec la fin du débat opposant nos deux écolos savoyards.

L’historien André Palluel-Guillard rebondit sur la découverte clandestine du statère allobroge pour déplorer que l’archéologie se retrouve empêtrée dans des impasses juridiques.

J’ai lu avec intérêt la découverte de la monnaie gauloise (voir ici) que La Voix a rapportée (les voix communiquent toujours quelque chose). Ce fait “divers” m’a inspiré quelques réflexions sur la vanité despotique des autorités archéologiques obsédées par le monopole de la recherche, remedy des découvertes et ensuite des commentaires, diagnosis ce qui leur  prend environ un tiers de leur temps. Un autre tiers est réservé aux transports, nurse car ces personnes forcément éminentes viennent forcément de Lyon dont elles ne s’éloignent que le moins longtemps possible. Enfin, le dernier tiers est consacré soit à la paperasserie bureaucratique (qui tel l’ogre des contes mange tout et ne rend rien) soit à la lamentation sur l’Etat qui les accable par son avarice, ses exigences et son indifférence... De tout cela, il ne sort rien ou si peu de chose, et il en est en archéologie comme dans tant d’autres domaines de nos dictatures monopolistiques.

Une légalité incitant à l’illégalité

A force de tout réserver aux spécialistes “reconnus”, il ne se passe rien nulle part ou plutôt la vie passe discrètement et massivement à côté des services. Le commerce des “poêles” est libre, ce qui suppose une utilisation ici interdite, contradiction fondamentale d’une légalité qui suscite une illégalité permanente devant une opinion résignée et finalement complice. Quand donc sera-t-il possible de concilier la liberté et la loi ? Le charme d’une activité ou d’une recherche libre en relation avec des “docteurs de la loi” qui ne se réduisent pas à des chiens de garde ou à des gardes champêtres ? Bien sûr, le commerce archéologique est interdit ou strictement contrôlé. Mais doit-il être pour autant condamné au secret, surtout dans nos régions savoyardes frontalières ? D’autant que l’on sait bien que la plupart des découvertes sont condamnées à rester enfouies dans le secret et la confusion des réserves muséographiques où souvent, faute de personnel et de crédit, elles végètent sans notes, sans photographies, sans publicité.

Qui nous fera sortir de l’impasse ?

Je reste obsédé par le souvenir d’un collègue officiellement professeur d’archéologie (d’Etat bien sûr) poursuivi en justice pour un “chantier expérimental” qui avait échappé au responsable local, lui-même dépourvu de diplôme et arrivé seulement par sa compétence politique... Vous me direz que tout cela est extrêmement classique, typiquement français et condamné à exister éternellement, résignation de bon sens mais inadmissible pour ne pas rester fou dans un monde de fous. Alors qui pourrait donc prendre la décision de sortir de ces impasses juridiques ? Le prolétariat n’en a aucune connaissance, les classes moyennes aucune attention et les riches qui vivent de ces illégalités sont les seuls à s’en réjouir, à la seule condition  évidente de la discrétion.

André Palluel-Guillard

professeur honoraire à l’Université de Savoie et président d’honneur de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie

 

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