Alors que Rio Tinto reste muet sur l’avenir de son usine et que le Gouvernement a bien du mal à mettre en œuvre le redressement productif, viagra 100mg entretien avec le maire de Saint-Jean-de-Maurienne.

Le 19 mars dernier, prescription le groupe canadien Rio Tinto Alcan annonce qu’il envisage de vendre son usine d’aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne. Nouvel épisode d’un feuilleton aux allures de drame industriel pour la vallée de la Maurienne, try 550 emplois étant menacés. Rio Tinto fixe alors comme échéance le mois de septembre pour annoncer sa décision et le résultat de sa quête de repreneur. Six mois plus tard, nous y voilà, mais il n’y a pas de nouvelles du côté de la multinationale. Entre-temps, il y a eu une élection présidentielle et des annonces retentissantes de celui qui est devenu le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg. Mais aussi déjà quelques désillusions car il apparaît plus que difficile d’enrayer la désindustrialisation de la France en imposant à des groupes de maintenir leur activité. Le moment nous semble donc opportun pour faire le point sur cette affaire avec Pierre-Marie Charvoz, le maire (divers droite) de Saint-Jean-de-Maurtienne.

Pierre-Marie Charvoz, en ce mois de septembre que Rio Tinto avait fixé comme l’échéance pour trouver un repreneur à son site de Saint-Jean-de-Maurienne, que vous inspire la situation de cette usine qui est le principal employeur de votre ville ?

Que le maintien de son activité est vital pour Saint-Jean et la vallée. Et que depuis quatre ans, on va de rebondissement en rebondissement. J’avais tiré la sonnette d’alarme en 2008 avec les représentants de la CGT en disant que le contrat avec EDF arriverait à son terme en 2014. Mais la municipalité de l’époque m’avait dit qu’il n’y avait pas péril en la demeure.

Ce contrat négocié dans les années 1980 fixait un prix de l’électricité – qui représente environ 35% du coût de production de l’aluminium - à 18 euros le MWh, soit environ deux fois moins que le prix du marché actuel.

Oui, mais j’avais aussi dit qu’il ne s’agissait pas que d’un problème d’énergie et qu’il fallait qu’on nous rassure sur la volonté de Rio Tinto de faire évoluer dans le bon sens sa production de fils d’aluminium. Or alors qu’il produisait 140 000 tonnes il y a quatre ou cinq ans, ils sont descendus à 90 000 aujourd’hui. Une série de cuves a été arrêtée. Donc la question qui se pose, c’est : veulent-ils aujourd’hui arrêter la production ? Et si oui, y aura-t-il un repreneur ?

La déclaration de Rio Tinto au mois de mars marquait bien sa volonté de se retirer de Saint-Jean de Maurienne, non ?

Ils ont dit qu’ils étaient prêts à évoquer l’avenir de l’usine hors de Rio Tinto, mais aussi que le laboratoire de recherche n’était pas à céder. Et ceci après qu’EDF, sous la pression du gouvernement précédent, leur ait proposé le meilleur tarif négocié ces dix dernières années pour de l’électricité en Europe.

Un tarif néanmoins nettement supérieur à celui dont ils bénéficiaient jusqu’à présent.

Oui, forcément, mais c’est tout de même le mieux négocié en Europe. Dans leurs rêves les plus fous, les dirigeants n’auraient jamais imaginé qu'on puisse leur proposer un tel tarif.

Quel est-il ?

Ça, on ne le sait pas, mais c’est le meilleur. Et un repreneur pourrait aussi bénéficier de cet avantage tarifaire, car cette négociation a été attachée au site.

Vous avez rencontré cet été Arnaud Montebourg avec d’autres élus locaux. Qu’en avez-vous retenu ?

Je reste sur ma faim après les propos du gouvernement et du Président de la République qui ont commencé par dire qu’ils allaient tout casser, qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Mais on a entendu la même chose avec Peugeot. En juillet, c’était inacceptable, et là on nous dit que les licenciements sont inévitables et qu’il faut juste essayer de limiter la casse. J’espère que ce n’est pas ce schéma qui va se reproduire avec Rio Tinto, car le Premier ministre a dit le 25 mai qu’il y avait une obligation de céder à un repreneur un site rentable quand un groupe envisage de le fermer. Arnaud Montebourg a de son côté affirmé que ce n’était pas possible de fermer un site comme celui de Saint-Jean et qu’il pourrait y avoir une reprise sous forme d’expropriation consécutive à un vote du Parlement. Mais l’été est passé et je n’ai pas entendu parler de ce type de loi. Alors je ne sais ce que le gouvernement a prévu, mais je note que cette déclaration a été faite. Peut-être qu’il a changé son fusil d’épaule, mais je regrette qu’il n’y ait toujours pas eu de rendez-vous entre Arnaud Montebourg et les dirigeants de Rio Tinto. Eux sont très demandeurs. Avec d’autres élus de Maurienne, nous les avons rencontrés juste avant la réunion que nous avons eue au ministère et ils nous ont demandé de relayer leur demande, mais le rendez-vous n’a toujours pas eu lieu. Le Gouvernement travaille certainement sur d’autres pistes, mais j’attends qu’il nous dise ce qu’il en est. Tout comme on aimerait bien savoir s’il y a un repreneur potentiel. Au lieu de cela, on est dans le flou le plus total.

Le manque de rentabilité inciterait-il Rio Tinto à abandonner son site ?

Non, ce n’est pas vraiment le problème. En fait, Rio Tinto n’est pas un groupe d’aluminium mais d’abord un groupe minier. Et il a besoin de cash pour ses activités. Il vient d’ailleurs de vendre des mines de diamants qui ne rapportaient pas assez. Il peut donc avoir envie de vendre ici aussi. En même temps ils ont dit que le laboratoire de recherche serait exclu d’une éventuelle cession. Mais même pour ce laboratoire, on peut craindre que les employés ne soient contraints de partir au Canada.

Pourquoi ne vendraient-ils pas le laboratoire tout en envoyant ceux qui y travaillent au Canada ?

Parce qu’ils ne voudraient pas qu’un concurrent bénéficie du savoir faire et des brevets de Saint-Jean. En même temps, cette usine est petite par rapport à celles qu’on trouve à travers le monde où l’on peut produire 350 000 tonnes par an, par exemple à l'usine d'Oman. Et avant les révolutions arabes, les projets de Rio Tinto étaient de faire des usines produisant un million de tonnes dans ces pays.

Maintenir l’usine de Saint-Jean ne rentrerait donc pas dans leurs plans…

Je ne suis pas dirigeant de Rio Tinto et ne peux pas me mettre à leur place. Mais ce que je souhaite, c’est que l’activité reste ici et qu’on puisse la développer car il y a un marché pour le fil d’aluminium. L’usine de Saint-Jean vend ses fils, il n’y a aucun problème. Il y a de la place sur le marché et c’est ça qui fait mal au ventre.

La situation est bien différente de celle de Peugeot.

Oui, ça n’a rien à voir, il y a un marché. Mais le problème est que Rio Tinto n’investit plus assez. Ils ont mis cinq à sept millions par an, alors qu’il en aurait fallu dix-huit. Cela fait donc craindre que l’usine ne devienne dangereuse et que l’on ne puisse plus la faire tourner. C’est un vrai risque, et voilà où on en est.

Le sénateur Jean-Pierre Vial a dit que Rio Tinto vous ballade.

Oui, et il assume ce qu’il a dit. Car c’est vrai qu’avec eux on ne sait jamais sur quel pied danser. Mais à un moment, il faut qu’on sache où on va. Mettez-vous un peu à la place d’un ouvrier.

Mais que peuvent faire les pouvoirs publics ? Si un groupe privé veut fermer un site car il estime qu’il n’est plus intéressant, on ne peut pas l’en empêcher, si ?

Il faut poser la question au gouvernement. Mais c’est vrai qu’on ne peut pas forcer un industriel à rester. En revanche, on peut trouver des solutions comme on l’a déjà fait en Savoie avec un des ex-sites de Péchiney à Montricher, Ferropen, qui a été repris par le groupe Ferro Atlantica.

On devrait en tout cas bientôt connaître les intentions de Rio Tinto, vu qu’ils ont fixé une échéance pour ce mois de septembre.

Cette échéance a d’abord été à la fin de l’année 2011, puis en mars 2012, ensuite en juillet, en septembre, et maintenant on parle d’octobre ou de novembre. Mais en fait on n’a pas d’info.

Rio Tinto a quand même laissé entendre qu’il souhaitait vendre cette usine…

Ils ont juste dit qu’il se pourrait que l’avenir de Saint-Jean se fasse sans Rio Tinto. Mais ils ont aussi dit que cela poserait problème s’il n’y avait pas d’accord sur le tarif de l’électricité, or ils ont eu la meilleure proposition possible.

Hervé Gaymard a dit que le prix de l’électricité n’était qu’une excuse car Rio Tinto ne souhaitait en fait plus produire en France.

C’est une hypothèse qui n'est pas sotte, car chaque fois qu’on avance sur un point, ils trouvent quelque chose derrière. On avait travaillé sur le développement, mais quand on a trouvé une solution avec le projet Etendard, il a été arrêté. Ensuite cela a été l’électricité et on obtient le meilleur tarif envisageable, mais ils disent que ce n’est pas assez rentable. Alors à un moment, il faut dire stop.

Mais si c’est eux qui disent stop et que personne ne rachète…

Là, concrètement, on ne pourra pas faire grand chose, et c’est pour ça que Montebourg a parlé d’expropriation.

Mais est-ce possible ?

Je n’en sais rien, mais quand je relis ce qu’a dit le Gouvernement, il est affirmé qu’il y aura une obligation de céder à un repreneur.

Encore faut-il qu’il y en ait un. Faute de cela, comment l’Etat pourrait procéder à une expropriation ?

Tout le monde sait ce qu’est le droit de propriété et on ne peut pas exproprier comme ça. Aujourd’hui, l’expropriation est possible pour un terrain, mais pour des machines et des ouvriers, c’est autre chose.

Dire qu’on va exproprier Rio Tinto à Saint-Jean de Maurienne ne signifierait donc pas grand chose ?

Sauf que c’est sur ce genre de phrases que François Hollande a été élu. Montebourg l’a prononcée le 15 mars. Après, je ne sais pas ce qu’il entendait par là.

Cela n’a pas été redit après l’élection du nouveau Président ?

Non, Montebourg a seulement dit que la fermeture de l’usine par Rio Tinto était inacceptable. Mais ce n’est pas tout d’énoncer des choses avant les élections, maintenant, il faut aussi mouiller la chemise. Et c’est sûr que je suis inquiet quand je vois le dossier Peugeot. D’abord des propos guerriers du type « Peugeot est malhonnête », et puis après on dit que c’est inéluctable. Reste que pour nous à Saint-jean de Maurienne, cette situation est intenable.

Entretien : Brice Perrier

 

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