Lundi prochain, la Ville de Chambéry votera l'installation d'un système de vidéosurveillance. Une décision qui réjouit la droite locale, mais que conteste vigoureusement la Ligue des droits de l'homme.
Le 27 février prochain, le conseil municipal de Chambéry va voter une délibération relative à l'installation de caméras de vidéosurveillance dans certains quartiers de la ville. Coût estimé du dispositif : 250 000 euros, dont la moitié serait financée par l'Etat. Pour la majorité socialiste, l'objectif est « d'améliorer la sécurité des personnes et des biens et de lutter contre le sentiment d'insécurité ». Une position que partage la droite locale. Seuls les conseillers municipaux du Modem, du Front de Gauche et du NPA s’y sont opposés lors du précédent conseil municipal. Un appel a été lancée sur Facebook invitant les Chambériens à venir, caméra et appareil photo en main, soumettre les élus à la vidéosurveillance. Moins spectaculaire dans la forme, la Ligue des droits de l'homme a adressé un courrier au Conseil municipal pour dénoncer « une voie qui deviendra exponentiellement liberticide » en lui faisant la morale républicaine. Une lettre de passionné que nous publions en intégralité.

Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les adjoints et conseillers,
Notre association exprime sa vive inquiétude et son opposition à l'installation de la vidéosurveillance sur les voies publiques ainsi que nous l'avions déjà fait précédemment.
Du respect des élus, des électeurs et de la démocratie locale
Aujourd'hui, le Ministère de l'Intérieur veut imposer aux Conseils Municipaux librement élus par la population d'avoir à installer de gré ou bien d' avoir à supporter financièrement des installations imposées par décisions préfectorales. Nous affirmons que cette disposition autoritaire de la loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure dite LOPPSI2 ne respecte ni la dignité du mandat des élus locaux, ni la démocratie locale.
De l'inefficacité des dispositifs de vidéo-surveillance
A Chambéry, la presse locale se fait l'écho d'événements déplorables et de braquages de commerces.Nous comprenons l'émotion et la peur suscitées. Mais, les caméras de voie publique ne sont pas une réponse appropriée. Elles seront aussi inefficaces que l'ont été les caméras disposées à l'intérieur des-dits commerces. Toutes les études, en particulier, celles conduites à Londres, ville précurseure où le taux de caméras atteint des proportions effarantes, démontrent la faillite du système et son coût prohibitif. La ville de Lyon très équipée a vu son niveau de délinquance décroître moins que celui de la commune voisine de Villeurbanne qui a refusé de tels équipements. La Cour Régionale des Comptes a rendu en 2010 un rapport sur le faible impact de ces équipements et sur leur coût excessif au regard du peu de service rendu.
Du coût prohibitif des-dites installations
Les caméras ne préviennent pas, ne protègent pas ; elles déplacent parfois les problèmes ; elles ne permettent qu' un taux réduit d'élucidation ; elles ruinent les finances publiques. L'aide de l'État la première année laisse ensuite une lourde charge aux communes. Les lobbies à l'affût dans les ministères disqualifient le lendemain ce qu'ils ont vanté la veille proposant de remplacer à grands frais des parcs entiers, ajoutant chaque année des ingénieries nouvelles et dispendieuses dont les effets sont inopérants sauf sur le porte-monnaie du contribuable.
Des risques inhérents de dysfonctionnements
Les marchands de vidéo-surveillance proposent maintenant des caméras pourvues de logiciels qui seraient à terme capables de déterminer des intentions : c'est quasiment ce type de « lecture d'intention » qui a abouti à Londres à la mort d'un voyageur abattu par la police lors des attentats dans le métro de Londres. Chacun à terme devra-t-il adopter un comportement stéréotypé pour éviter une « lecture numérique prémonitoire » ? Il est à craindre que le taux prévisible de fausses alertes ne rende l'ensemble du système au mieux inopérant voire catastrophique. La complexité des différentes strates d'analyse d'images puis de décisions annihile déjà toute idée de prévention ou de protection.
Des discours de la peur délétères pour la cohésion sociale
Sur le fond, la Ligue des Droits de l'Homme a maintes fois dénoncé la montée du discours sécuritaire qui loin d'assurer la tranquillité publique, segmente la population et oppose les uns aux autres, prétendant séparer ceux qui ayant la conscience tranquille n'auraient rien à craindre d'une société de surveillance généralisée et les autres renvoyés à on ne sait quelle identité ténébreuse et mal intentionnée.
Des libertés et du principe de sûreté face au risque d'arbitraire
Au-delà des dispositifs encouragés par le Ministère de l'Intérieur, nous dénonçons d'abord ces discours de la peur qui brisent l'unité du corps social et l'éloignent de son aspiration aux libertés républicaines issues de 1789. Sans négliger le besoin de chacun de pouvoir se déplacer et vivre paisiblement, nous rappelons que la sécurité, souhaitable certes, ne doit pas s'exercer contre le principe de sûreté à savoir le droit pour tout citoyen d'être protégé contre l'arbitraire de l’État. Il reste donc des voies, des points d'équilibre à rechercher qui soient compatibles avec les libertés fondamentales.
De la sécurité publique, affaire de fonctionnaires qualifiés
Jamais des caméras ne remplaceront la présence humaine. La présence dans l’espace public, en centre-ville comme dans les quartiers périphériques, de fonctionnaires, ayant reçu une formation de haute qualité, formés au contact digne et respectueux avec toutes les populations et assurant une présence de jour comme de nuit sous la responsabilité de l’autorité publique nous semble une meilleure voie. Encore faut-il que des contre-pouvoirs et des recours puissent s'exercer en cas d'abus de la force publique afin que le principe de sûreté soit respecté.
Du bon usage des finances publiques ; de la justice et de l'espoir
Nous rappelons enfin que les finances publiques doivent être affectées prioritairement à construire de la justice et de la cohésion sociale : il y faut des services publics partout, des crèches, des écoles de qualité pour tous, des logements sociaux de qualité ; des lieux de soins ; des maisons pour nos anciens ; l'accès à moindre coût aux lieux diversifiés de Culture, le choix de la gratuité de certains services à définir démocratiquement ; l'effectivité de l'ensemble des droits économiques, sociaux et culturels.
Au-delà des seules prérogatives locales, les choix politiques nationaux doivent assurer le droit à un « travail décent tant dans ses conditions que dans sa rémunération » et le droit à un revenu suffisant tout au long de la vie pour tous. Il n'est pas non plus possible d'emporter l'adhésion à un projet commun en maintenant les provocants écarts de revenus qui minent le contrat social.
De la fidélité aux valeurs de la devise républicaine
La section de la LDH de Chambéry demande aux élus de Chambéry et de Savoie de ne pas s’engager dans une voie qui deviendra exponentiellement liberticide, toujours plus ruineuse, et sans doute inefficace. La vidéo-surveillance participe d'une société où les libertés et les droits fondamentaux sont oubliés. Une société bien éloignée de notre devise républicaine LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE.
Les membres de notre association vous prient d'agréer, Madame Le Maire, Mesdames et Messieurs les élu-e-s, l'expression de leurs salutations républicaines.
Le Président de la section LDH de Chambéry, André PERRIER
La Présidente de la Fédération de Savoie, Mireille BERTHO


Commentaires
Michel : je doute (du moins j'espère) que les enregistrements de vidéosurveillance ne soient publiquement accessibles. De plus, faire justice soi-même est interdit. Au final, ces caméras ne vous serviront à rien, et dans tous les cas ne protègeront en rien la victime.
Faudrait un peu arrêter d'écouter la télé, il n'y a pas autant de criminel dans les rue que l'on veux vous faire croire. Surtout à Chambéry...
Cette mode de vouloir installé des caméras partout est à regroupé avec la mise en place toute récente des cartes d'identité biométrique. A termes, elles pourront être couplé au dispositif de vidéo-surveillance (ou vidéo-protection, terme purement démagogique, pour mieux faire avaler la pilule au citoyen lambda) afin de mettre en place un système biométrique de reconnaissance facial.
Et là ? Vos libertés ne vous intéresse toujours pas ?
Petite citation de Thomas Jefferson :
« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre. »
La rue est un ESPACE PUBlIC !
Et ce n' est pas derrière moi qu' il faut mettre des policiers , je suis parfaitement inoffensive !
Si par malheur il n'y a pas de flics municipaux, alors peut-être qu'on peut identifier les coupables avec la video et ainsi je pourrai aller les trouver pour les arracher les cou....s.
Tes 2 interventions sont contradictoires. Tu confonds le préventif et le curatif.
La caméra n'empêchera pas le viol mais la présence policière peut-être davantage !
Quand on a un soucis, on ne sait pas à qui en appeler.
Accessoirement, la plupart des violences faites aux personnes se fait au domicile familial, notamment dans les chambres à coucher. Dans cette logique, il faudrait y installer de la vidéosurveillance pour prévenir cette violence. On a rien à cacher si on fait rien de mal, non ?
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