Ses racines le renvoient au bled par-delà la Méditerranée, mais Azzedine est un natif de Savoie. Un gars du pays quoi, qui s’est fondu dans le décor comme une merguez dans la polenta.

Il y a peut-être un Mektoub (le destin, c'est écrit), car comment expliquer que la venue des Algériens - qu'ils aient été des immigrés ou des rapatriés après la guerre d'Algérie - se soit faite en fonction de leur provenance. Chacun a finalement presque retrouvé en France le bout de terre qu'il a laissé derrière lui. Ainsi, des Oranais ont atterri à Marseille à proximité de la mer. Des Algérois à Paris, capitale oblige, et des Constantinois ou des Sétifois dans les Alpes, avec l’air pur des montagnes de part et d'autre de la Méditerranée... Pour ma part, ou plus justement celle de mes parents, après moult déménagements du fait de l'appartenance de mon père à la Grande Muette, c'est finalement en Savoie que nous avons atterri... Enfin, quand je dis nous, je parle encore et toujours de mes parents.

Des pieds-noirs bien mats…

Je n'ai vu le jour que onze années après leur débarquement houleux - pourtant un jour de beau temps - sur le sol de l’hexagone. Eh oui, côté français, on ne s'attendait pas à voir autant de "pieds noirs" aussi mats de peau et vêtus comme les autochtones du bled. Normal, ont certainement dû leur dire quelques érudits : « Mais ces gens-là ne sont point des pieds noirs. Ce sont des supplétifs de l'armée française accompagnés de leur épouse et (ou) de leurs enfants, du moins pour ceux qui ont réussi à échapper des mains du FLN et que certains cadres de l'armée tricolore ont bien voulu embarqué ! » Comme quoi, la vie ne tient qu'à très peu de choses, et parfois à un fil... de djellaba restée accrochée à l'arrière du camion militaire chargé de ramasser les rares chanceux échappant au génocide algéro-algérien ! Ils quittèrent ainsi leur petite bourgade nichée au pied de grandes collines et de petites montagnes semblables à celles qu'on a l'habitude de contempler ici. 

Un arabe de Savoie

Au final, c'est dans la capitale historique de la Savoie que je pousse mes premiers cris. Ces derniers ne sont pas teintés de youyous, car, dans mon biberon, c'est bien du Galia et non le lait d'une quelconque chèvre du Douar (village en arabe) que je bois. Mais la Savoie, c'est la France, et ce depuis un sacré nombre de décennies, ce qui explique qu'en plaine, dans les villes qui s'agrandissent d'année en année, on ne parle plus le Savoyard... On se dit Savoyard mais on ne le parle point et en ce qui me concerne, comme le reste de mes copains partageant les mêmes origines que moi, on entendait plutôt des sonorités orientales à la maison, ce qui nous éloignait encore davantage du patois local. En revanche, un arabe de Savoie n'est pas un arabe de Paris... De fait, on parlait plus lentement et avec une certaine intonation par rapport à nos cousins de la capitale. Le titi rebeu parisien ne demandait pas à la boulangère du pain comme le faisait le p'tiot ramoneur savoyard au teint halé !

On s’identifie à son coin 

Pour ma part, la seule chose que je savais des Savoyards venait de mon père - lui qui avait servi aux Chasseurs Alpins du 13e bataillon -, à savoir : « Savoyards, salopards, jamais paient à boire ! » Étions-nous alors aussi radins que l'Auvergnat ? Quand je dis nous, je devrais plutôt dire ils car notre crozet aux diots ressemblait plus à du couscous aux merguez ! Mais peu importe le nom que l'on donne au plat du pauvre. Et qu’il s’agisse du paysan de la montagne alpine ou celle de l'Aurès, du villageois qui loge dans une modeste baraque ou un gourbi (cabanon), du citadin qui accède à l'eau courante ou est obligé de se laver au hammam : on s'identifie au coin que l'on habite. Et moi, c'est ici, dans cette région qui regroupe toutes les merveilles du monde, de l'eau à l'air pur en passant par les contrastes arrondis ou accidentés de sa terre culminant parfois à plusieurs milliers de mètres, que j'ai grandi en faisant communiquer l'arabe parlé de mes parents et le français sous toutes ses coutures étudiées jusqu'à la faculté... Par exemple en m'intéressant non pas seulement au paysage magnifique qui s'offre à moi chaque jour entre deux montagnes, mais aussi à l'histoire entre deux pages d'un livre retraçant ce qui a fait des Savoie la Savoie. Son unité donc, et puis sa singularité à travers une langue bien locale qui s'accommode ma foi plutôt bien des diverses influences extérieures comme celle dont je suis issu. Et qui me fait dire à tous ceux qui aiment leur pays au sens terroir du terme : Salam ArviKoum.

Azzedine Filaz

 

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière