La coupe de France en Savoie demain soir ? On y croit, price tout comme Jo Dupraz, cure ex-président des Croix de Savoie et père de son coach emblématique. Interview pour la victoire.

Demain soir, on espère entendre 20 000 Savoyards entonner les Allobroges au Stade de France. Car l’hymne de la Savoie est aussi celui de l’équipe qui va affronter Bordeaux en finale de la coupe de France. Evian Thonon Gaillard, alias Croix de Savoie, se retrouve à deux doigts, ou plutôt deux mi-temps de quarante-cinq minutes, de ramener dans nos montagnes un trophée que les Savoyards n’auraient jamais cru pouvoir glaner. Sauf l’un d’entres eux, Pascal Dupraz, le coach de ce club qu’il emmène vers les sommets depuis qu’il a pris en main l’équipe de Gaillard. Son père, Jo, ancien président des Croix de Savoie devenu administrateur depuis l’arrivée du groupe Danone, a vécu toute cette aventure dans le rôle de l’indispensable dirigeant. A la veille de la finale, il revient sur l’histoire de cette équipe hors norme forgée dans l’esprit de nos montagnes savoyardes. Et pronostique la victoire de joueurs boostés par son fils Pascal tels des Allobroges vaillants.

Jo Dupraz, quand vous avez pris la direction des Croix de Savoie en 2005 après le départ des deux co-présidents, imaginiez-vous que ce club pourrait se retrouver moins de dix ans plus tard en finale de la coupe de France ?

Non, forcément. Mais bien avant, quand Pascal a pris l’entraînement de Gaillard, vers 1993, il clamait déjà qu’il voulait faire revivre le professionnalisme en Savoie. Le club n’était alors même pas en division d’honneur, et cela passait pour de la prétention, ou pour un vœux pieux. Il y pensait pourtant vraiment.

Mais vous, quelle était votre ambition quand vous avez pris la tête du club ?

On était déjà en National, le troisième échelon, alors on pouvait espérer en grimper encore un pour se retrouver en Ligue 2. D’ailleurs, quand quelques années plus tard on est monté en Ligue 2, on a joué le maintien. Finalement, on a été champion et on est monté direct en Ligue 1.

Et deux ans plus tard, vous voilà en finale de la coupe de France.

C’est presque inespéré, car on a vraiment galéré cette année avec un changement d’entraîneur et pas mal de problèmes. Mais je suis sûr que le parcours en coupe nous a servi pour le championnat où, sur la fin, on a pu se maintenir en Ligue 1 en battant Nice 4-0, Rennes 4-2 et Valencienne 2-0, avec un autre 4-0 contre Lorient en demi-finale de la coupe.

La victoire contre Paris en quart de finale a provoqué une dynamique ?

Je crois. Même si on a perdu deux ou trois matchs après, les joueurs ont compris qu’ils pouvaient se libérer et se mesurer à des pointures. Cela leur a donné confiance, et quand on a confiance, on se donne à fond. C’est très important.

Le but de Saber Khlifa de 64 mètres contre Nice symbolise-t-il cette nouvelle confiance ?

Oui, mais ce n’est pas le seul. Avant d’aller jouer à Bordeaux le dernier match de la saison, on a marqué dix buts sans en prendre un seul. Vraiment, c’est incroyable ce qui nous arrive, et si je regarde en arrière ce moment où j’ai pris la présidence du club, c’est sûr que je n’aurais jamais pensé que l’on se retrouverait à ce niveau aussi rapidement.

Il n’y a que votre fils Pascal qui y croyait depuis vingt ans…

Oui, et les gens souriaient. Moi, je me disais : pourvu qu’il dise vrai.

La réussite de ce club, c’est dû à l’esprit Croix de Savoie ?

Je crois effectivement que cela existe. En janvier, on était un peu à la rue, on manquait de solidarité et on avait perdu cet esprit. Mais la coupe nous a redonné la force de ces équipes qui sont montées de CFA, de Nationale ou de Ligue 2 avec une solidarité à toute épreuve.

Un esprit impulsé par Pascal ?

On peut le dire, et je crois que les anciens joueurs acquiesceraient. Il aime le terrain, c’est sa vie, et il est perfectionniste. Il veut que les joueurs s’engagent à fond. Il a une vraie conception du foot.

Il a aussi parlé dernièrement du peuple de Savoie pour qui jouerait cette équipe.

Il n’a pas peur d’afficher ses ides, et la Savoie est son pays, celui de ses grands-parents, de ses arrières grands-parents. Il est très fier d’être Savoyard.

Il croit aussi qu’il y a un peuple de Savoie pour soutenir son équipe, pas seulement des supporters…

Oui, mais j’ai eu des félicitations de Savoyards d’un peu partout, et pas seulement des gens qui aiment le foot. Après, c’est sûr que sur 1,2 million d’habitants, tout le peuple de Savoie n’est pas derrière nous, d’autant que beaucoup viennent de l’extérieur. Mais les supporters crient toujours Croix de Savoie, pas ETG, et il y a beaucoup de drapeaux savoyards dans le stade. On sent aussi depuis le match contre Paris que quelque chose s’est créé. D’ailleurs, les trois groupes de supporters se sont regroupés, même s’ils restent indépendants. C’est un signe d’unité. Et à la fin du championnat, le stade était à chaque fois presque plein.

Un stade à sa mesure, c’est aujourd’hui tout ce qui manque à cette équipe.

C’est vrai, on n’a pas un stade moderne de 20 ou 25 000 places comme il y en a partout. Le virage nord n’est pas couvert et ce n’est pas très confortable avec le climat qu’il peut y avoir en Savoie. Et puis on ne peut pas dire qu’on soit vraiment chez nous à Annecy. C’est le stade de la mairie, on paye un loyer, et on a aussi payé le financement des transformations qui ont été nécessaires.

Il vous faudrait en fait un vrai stade de foot.

Quand je compare ce stade avec sa piste d’athlétisme avec ceux de Valencienne ou du Mans qui sont publics et ont coûté plus de 100 millions d’euros, je n’ai pas l’impression que la Haute-Savoie veut la même chose, alors que c’est un département avec une bonne dynamique économique. Dégager une enveloppe de 50 ou 60 millions ne serait pas excessif.

Et le département ne veut pas ?

Je ne m’occupe pas personnellement de ce dossier, mais j’entends parler de crise économique, alors qu’on a quand même toujours des recettes conséquentes avec les fonds frontaliers. Et puis, un stade, c’est aussi un vecteur économique.

Il faudrait déjà savoir où le mettre, ce qui n’est pas évident avec cette équipe d’Evian Thonon Gaillard qui joue aujourd’hui à Annecy.

Le mieux serait dans la Savoie du nord, là où est le bassin de vie. Entre l’agglomération d’Annemasse, le Chablais, la vallée de l’Arve, mais aussi Genève et le pays de Gex, il y a un million d’habitants.

Le stade de Genève aurait pu être idéal, étant déjà là…

Platini (ndlr: le président de l'UEFA) a refusé. C’est dommage, d’autant que les autorités suisses étaient d’accords pour que l’on joue dans ce stade de 30 000 places.

Les Croix de Savoie n’ont-ils pas grandi trop vite pour que les infrastructures suivent ?

Ça veut dire quoi grandir trop vite ? Je ne suis pas d’accord et je n’aime pas qu’on dise ça. Quand on se présente dans une compétition, c’est dans l’espoir de la gagner. Mais si les pouvoirs publics ne suivent pas, tant pis. Il faut tout de même bien comprendre que l’on a une épée de Damoclès sur la tête car, si notre stade n’est pas aux normes, on nous dira de ne pas rester en Ligue 1. Là, on a une dérogation jusqu’en 2015, donc il faudra au moins avoir un projet concret d’ici deux ans.

Mais en attendant, pour vendredi, quel est votre pronostic ? Une victoire bien sûr !

Je la sens bien, on va gagner, avec un ou deux buts d’écart.

Signé Khlifa, l’homme de cette fin de saison ?

Oui, d’autant qu’il s’est bien reposé à Bordeaux lors du dernier match du championnat… Mais les autres seront là aussi.

Propos recueillis par Brice Perrier

 

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