Alors qu’Evian-Thonon-Gaillard entame sa première saison en Ligue 1, buy cialis son directeur sportif Pascal Dupraz incarne la continuité d’un club qui reste pour nous les Croix de Savoie. Interview.

Quand il a pris en main l’équipe du FC Gaillard, il y a bientôt vingt ans, elle était en division d’honneur. Pascal Dupraz, jouant encore sur le terrain, rêvait déjà d’escalader les divisions du foot français jusqu’au sommet. Demain, son équipe se retrouvera à Brest pour entamer sa première saison en Ligue 1, un an après être montée en Ligue 2. Le club a franchi sept paliers pour rejoindre l’élite. Le rêve est devenu réalité pour cette équipe qui pris une nouvelle dimension lorsque Gaillard s’associa à Ville-la-Grand pour fonder les Croix de Savoie. Un club qui ambitionnait de dépasser les frontières départementales pour représenter toute une région en affichant la couleur en rouge et blanc. Il s’est depuis vêtu de rose, après avoir pris le nom d’une marque. Alors que reste-t-il alors des Croix de Savoie ? Principalement, Pascal Dupraz.

Devant le bus de l’équipe savoyarde, on est face une espèce de franchise, un club qui n'est plus celui d’une commune ou de ses supporters, mais celui de son propriétaire, ou plutôt de son sponsor. Le club des eaux d’Evian, ou le FC Danone. Avec comme couleur dominante ce ciel rose surplombant les montagnes de la bouteille d’eau emblème du mastodonte de l’agro-alimentaire. Mais une croix de Savoie est là, tout comme ce nom qui soutient le blason. La marque de Pascal Dupraz.

Ce club, c’est d'abord une affaire de famille. Jo Dupraz, le père, a été le président qui permit la venue de Franck Riboud et du groupe Danone en 2005, en contribuant à éponger les comptes d’un club qui croulait sous les déficits. L’industriel avait mis comme préalable à son implication que le club n’ait plus de dette. En mettant la main à la poche, Jo Dupraz, un Savoisien connu pour son engagement politique, permit que l’aventure continue et que ce club destiné à valoriser la Savoie par le foot franchisse un palier supplémentaire en devenant une véritable structure pro.

Certains regrettent ce choix qui a entrainé un changement de nom mettant en avant evian, et le passage du rouge et blanc au rose. Mais pour monter plus haut, il fallait en passer par là. Pascal Dupraz en est convaincu et n’a pas d’état d’âme. Sa préoccupation est plutôt de dénicher ce défenseur central qui manque pour assurer les arrières, à moins que le jeune ghanéen Jonathan Mensah ne suffise pour tenir la baraque. Le terrain commencera à livrer son verdict demain sur la pelouse de Brest. Et dans La Voix, Pascal Dupraz expose la situation d’un club qui jouera cette année encore à Annecy, en attendant de trouver un véritable chez lui.


Pascal Dupraz, l’arrivée en Ligue 1 est-elle une forme d’aboutissement de l’aventure démarrée il y a bientôt vingt ans à Gaillard ?

Pas vraiment… C’est important, par rapport à tout ce qu’on a vécu, mais je ne sais pas vraiment quel terme employé. C’est… magique. Après, l’aboutissement serait de rester durablement en Ligue 1. Il y a donc toujours des perspectives, alors qu’avant l’arrivée de Danone on ne faisait que repousser l’échéance d’une mort annoncée. 

L’implication de Franck Riboud était nécessaire pour que l’histoire continue ?

Oui. C’est économiquement très important, mais le groupe Danone génère surtout une synergie, un élan. On se sent grâce à cela plus crédible. Franck Riboud nous a apporté sa connaissance, ses réseaux, son enthousiasme, son professionnalisme. Il n’est pas là au quotidien pour diriger le club, mais il est très écouté et nous aide d’une manière réaliste. Il a fait un effort sensible, mais pas démesuré, ce qui nous oblige à bien bosser, à bien gérer. Les robinets sont loin d’être ouverts et c’est tant mieux, car le foot a trop montré par le passé l’exemple de ceux qui dépensent sans compter. 

Evian-Thonon-Gaillard, ou Croix de Savoie, demeure de toute façon un club atypique.

Oui, de par son nom, sa genèse, son président d’honneur ou ses pôles de formations distants de 35 km, avec 250 gamins à Gaillard et 250 à Thonon. Atypique aussi parce qu’il joue en rose ou parce qu’il compte parmi ses actionnaires des personnalités comme Zinedine Zidane et Bixente Lizarazu. Il fait également parti du club assez fermé de ceux qui sont passés directement de la Ligue 2 à la Ligue 1. Et bien qu’il soit désormais parmi l’élite, cela reste un club doté de 900 licenciés, ce qui est très rare à ce niveau. C’est dans la logique du projet initié par le groupe Danone. On souhaite avoir une locomotive, l’équipe pro, mais avec une volonté réelle de formation tout en permettant à des gamins qui ne seront jamais pros de pouvoir jouer au foot afin de tisser du lien social.

Au niveau du centre de formation, privilégiez-vous les jeunes Savoyards ? 

Oui, 95% des trente lits de ce qui est encore un embryon de centre de formation pour l’élite sont occupés par des locaux, les 5% restants provenant de la région Rhône-Alpes.

Croix de Savoie apparaissait comme un club à vocation identitaire. C’est encore le cas avec l’ETG ?

C’est toujours un club identitaire. Dans les tribunes, les supporters chantent Croix de Savoie. C’est un club régional, et cela se voit sur l’écusson. L’équipe s’appelle maintenant ETG, mais les Croix de Savoie demeurent.

Pourquoi alors avoir changé de nom ? 

Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander… Mais, déjà, ça permet de situer davantage le club dans l’hexagone. On a trois villes autour du Léman, alors on sait que c’est par là.

C’est aussi dans la logique du groupe Danone de mettre en avant le nom d’evian. C’est eux qui ont imposé cela. 

C’est vous qui le dites…

Parce que là, evian, ce n’est pas le nom de la ville mais celui d’une marque. Sur votre écusson, il apparaît avec un e minuscule dans une typo différente de Thonon et Gaillard : celle de la bouteille d’eau. 

Evian est un des fleurons de l’industrie de notre département. Et pour avoir visité les usines des eaux d’Evian, c’est plutôt une fierté ce nom. Beaucoup de clubs aimeraient l’avoir.

Mais entre Gaillard, Thonon, Evian, Croix de Savoie et ETG, on ne sait pas trop comment vous appeler… 

Si, nous avons un nom : Evian-Thonon-Gaillard. Si nous avons jusqu’ici souvent changé de nom, c’est parce que nous avons souvent fusionné. Nous changerons d’ailleurs peut-être encore. Et alors ?

Les supporter regrettent le nom de Croix de Savoie, avec le sentiment que le club a vendu son âme au marketing pour devenir une sorte de FC Danone… 

J’ai beaucoup de respect pour les supporters, mais c’est un raisonnement complètement stérile. Il faut avancer. Si j’avais voulu rester FC Gaillard, on serait toujours en division d’honneur. Et puis, l’histoire de notre club est concentrée sur notre écusson. Qu’est-ce qu’on veut de mieux ? On veut un club identitaire ? Nous avons notre blason sur la poitrine. On veut être soutenu ? Nous avons evian. On veut être repéré géographiquement ? Il y a les trois noms de communes auquel il faut ajouter Publier où se trouve le siège du club. Alors on peut surtout dire merci monsieur Riboud. Car moi qui ai toujours espéré participer au retour du professionnalisme en Savoie, je n’aurais jamais osé imaginer arriver en Ligue 1 aussi vite. Pourtant je dis depuis des années que ce club est sous une bonne étoile. Il faut en avoir conscience. Nous avons eu de la chance, mais elle est méritée. Il va maintenant nous falloir faire preuve de stabilité, ce qui s’éprouvera lorsque nous ferons face à des difficultés sportives. Et il est sûr qu’on en aura, car on ne peut pas être toujours premier.

Surtout avec un budget de 26 millions d’euros en Ligue 1… 

C’est un budget sympa, le 17ème ou le 18ème de Ligue 1. Ça change par rapport aux 150 000 euros que j’avais en CFA2 ! Mais nous partons surtout avec l’idée d’être très pro dans notre démarche, sans vouloir donner de leçon. Nous essayons d’être réactifs, pugnaces. Nous avons envie de donner du plaisir et du bien-être avec une approche du foot différente. Nous trouvons par exemple qu’il est insupportable de siffler l’équipe adverse et nous allons aller pour cela à la rencontre de nos supporters. Este-ce qu’on ne pourrait pas applaudir Lille, Lyon ou Marseille quand ils entrent sur la pelouse pour les saluer ? Si on peut faire l’économie de l’insulte à l’arbitre ou à l’équipe adverse, cela démontrerait une vraie attitude par rapport à ce sport. Moi aussi, j’ai été vindicatif vis-à-vis des arbitres en tant qu’entraîneur, mais je ne le ferai plus. Nous souhaitons vraiment forcer le trait sur les valeurs. Les histoires de pognon ou de dopage, ça n’existe pas chez nous. Et nous n’avons pas la folie des grandeurs. C’est fondamental pour qu’on ne parte pas en sucette. Le soutien de Danone est d’ailleurs le même que l’année dernière (ndlr : 4 millions d’euros). Nous disposions d’une aide disproportionnée en National, aujourd’hui, elle est simplement importante.

Cela ne permet pas de s’imposer sur le marché des transferts. Vous avez fait deux recrues de prestige, Sydney Govou et Jérôme Leroy, mais c’était des joueurs libres.

Oui, mais il faut garder à l’esprit que si ce qui nous importe cette année est de nous maintenir, l’objectif pour l’avenir, c’est notre formation. Alors il est impératif que la locomotive qu’est l’équipe première reste bien sur ses rails, et pour cela l’expérience est utile. Govou et Leroy, tout comme d’autres, servent ainsi de guide à notre jeunesse. 

Leroy a tout de même 36 ans…

Certains jeunes viennent de s’apercevoir que sur un VTT il pouvait les faire blêmir ! Et dès qu’il touche un ballon, c’est une vraie caresse. Son recrutement cadre parfaitement avec ce qu’on recherche : un type humble avec une hygiène de vie remarquable.

Pourquoi alors avoir pris Govou ?

Souvent, quand des garçons sont médiatisés, on leur fait des procès. Mais il a été sept fois champion de France et a eu cinquante sélections en équipe nationale. Je n’ai aucun doute à son sujet car on a établi un rapport basé sur la confiance. Maintenant, ce qu’il a fait auparavant, c’est le passé. Et ce ne sera pas la star de l’équipe, juste 1/26ème. Pas plus, pas moins. On demande souvent plus sous prétexte qu’un joueur est médiatique, mais ici, on lui demandera juste d’être lui-même. 

Reste un gros problème pour ce club. Vous êtes une sorte de sans domicile fixe, sans stade à vous, passant de Gaillard à Thonon, et maintenant à Annecy.

Des faiblesses, on en aura toujours, et c’est vrai qu’on n’a toujours pas de stade. J’ai peur que le maintien en Ligue 1 soit une des conditions pour qu’on en ait enfin un. Il y a aujourd’hui une vraie volonté de trouver une solution, mais pas encore de projet arrêté. 

On parle de Seynod, de Thonon ou de l’agglomération d’Annemasse. Où souhaiteriez-vous jouer ?

L’idéal serait au centre du département, vers Annemasse, car je donne la prépondérance au soutien populaire. Mais c’est aussi une question de modèle économique. En attendant, on est content de disposer du stade d’Annecy. Il avait 12000 places l’année dernière, il en aura 15 000 cette année pour accueillir dès la semaine prochaine nos supporters avec la venue de Nice. 

Entretien : Brice Perrier

 

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