Paulo en était convaincu : le cheval est une voie d’avenir pour le tourisme en Savoie. Rappelons-nous en aujourd'hui alors qu'il vient de partir randonner au ciel.
Il y a de cela quelques années, ce passionné d’équitation qu’était Paul Perrier – oui, la ressemblance nominale avec notre rédac chef n’est pas fortuite – avait enfourché son plus beau cheval de bataille pour monter au front et défendre la randonnée équestre en Savoie, s’apprêtant à faire face un peu tel un Don Quichotte à des moulins à vent et à parole. C’est qu’après avoir été un des piliers de l’association Equi-Sabaudia pour laquelle il avait notamment abattu un gros boulot en matière d’aménagement des sentiers, Paulo estimait que miser sur le potentiel humain de la troisième fédération sportive française en nombre de licenciés était tout simplement une évidence qui tardait juste à se dessiner, faute de moyens et de volonté. Et ceci bien que l’on nous parle de plus en plus de tourisme doux et de la nécessité de trouver des alternatives à un ski menacé par le réchauffement climatique.

Face à la passivité voire au désintérêt des politiques pour le cheval, Paulo avait fini par perdre patience, comme il nous l’avait confié au sortir d’une conférence donnée à la Foire de Savoie. Alors que les représentants du département avaient brillé par leur absence, ce fringant octogénaire nous avait livré le fond de sa pensée, à brides abattues. Depuis lors, il était retourné là où c’était lui seul qui tenait les rênes, sur son cheval, parcourant les sentiers de France, ralliant Turin sur les traces du saint suaire, sillonnant inlassablement et presque jusqu’à son dernier souffle cette Savoie qu’il aimait tant. Mais aujourd’hui, c’est vers le ciel qu’il vient de partir au grand galop pour son ultime randonnée. La Voix lui rend donc hommage en republiant l’interview de cet aventurier savoyard pour qui notre tourisme se devait d’emprunter un sentier équestre.
Paulo, pourquoi avez-vous décidé de sortir du rang pour défendre le tourisme équestre ?
Après plusieurs années passées à essayer de développer le cheval en Savoie, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas assez de possibilités, car pas assez d’argent. Pourtant, en Savoie, on a tout pour rendre un cavalier heureux, les décors sont fabuleux. Les Bauges, le Beaufortain, les Bormes ou le val d’Arly, par exemple, sont des terrains idéaux pour pratiquer l’équitation. Seulement, il faut que chacun joue le jeu, notamment les gîtes qui préfèrent accueillir les vététistes ou les randonneurs, car les chevaux, ça complique. Il faut les nourrir, avoir un parc. Avant, on n’avait pas besoin de gîtes, on se lavait au bassin et on dormait dehors. Mais la randonnée à cheval a évolué le jour où les femmes ont voulu se laver les fesses à l’eau chaude.
Belle analyse ! Mais que faudrait-il pour mettre votre projet en selle ? Installer des douches ?
Il y en a déjà ! Non, il faut communiquer, car on ne parle pas du tout de cheval. Pour les Parisiens, c’est-à-dire tous ceux qui vivent au-delà de Lyon, la Savoie est synonyme de montagne, de neige et de ski, mais pas de cheval. Je ne vois pourtant pas pourquoi ce qui marche dans le Lot ou le Morvan ne marcherait pas chez nous.
Et qu’en pensent les politiques que vous avez rencontrés ?
Ils disent que c’est une bonne idée, notamment quand je leur dis que nous pourrions aménager les pistes de ski de fond en pistes cavalières l’été. Mais ils ne font rien. Et pour que les directeurs d’office du tourisme prennent des décisions, il faut des ordres venus d’en haut, des élus. Les départements savoyards devraient créer un poste de « monsieur cheval » et cesser d’envoyer des attachés de mission qui n’y connaissent rien et se barrent au bout d’un mois, à la fin de leur CDD.
Aujourd’hui, quel est votre état d’esprit ?
C’est un peu un ras-le-bol de voir qu’on se décarcasse pour rien du tout. Quand je trace des chemins dans l’avant-pays savoyard et que je sais que personne ne va venir, ça m’énerve. Mais je reste un passionné, c’est ça le cheval. Il y a un côté affectif indéniable. Je n’ai jamais eu envie d’embrasser un deltaplane ou une paire de ski, alors que ça peut m’arriver d’embrasser mon cheval. Et quoi qu’ils fassent, moi, je continuerai à monter.
Propos recueillis par Frédéric Delville
Article initialement publié dans le n°18 de la VDA (automne 2008)
Paulo avait également contribué à notre rubrique « Y a qu’à trouver », qui lui avait permis de déclarer son amour à sa petite patrie. Le plus bel endroit du monde selon ce grand voyageur devant l’éternel qui avait parcouru la planète entière. Retrouvez ici son article.
Retrouvez aussi le bel hommage à Paul Perrier publié hier dans Le Dauphiné Libéré.
