A Montmélian, Béatrice Santais veut construire 70 logements sur les vignes de La Maladière. Mais les viticulteurs s'insurgent contre cette urbanisation annoncée d'une zone AOC unique en son genre.
Depuis plusieurs mois, les élus de la minorité municipale de Montmélian s'activent pour sauver le secteur viticole de La Maladière de l'urbanisation. En cause, un projet d'implantation de 70 logements sur quatre hectares de terres agricoles situées derrière la gare SNCF, au pied de la Savoyarde, là où débute le Parc naturel régional des Bauges. « Encore une fois, on grignote les terres agricoles. Cela ne s'arrête jamais. En plus, ce projet est une véritable atteinte au patrimoine paysager et viticole de la commune. A long terme, c'est tout le coteau qui risque d'être urbanisé », prévient Philippe Simon, l'un des quatre conseillers municipaux d'opposition. « C'est assez facile de dire que l'on veut construire des barres d'immeubles pour effrayer les gens. Bien évidemment, ce n'est pas notre intention », répond Jacques Duc, le directeur de la communication et du cabinet du maire, Béatrice Santais n'étant pas joignable du fait de ses obligations parisiennes de député.

En fait, ce projet de construction de 70 logements s'inscrit dans une procédure plus large d'élaboration par la commune de Montmélian d'un Plan local d'urbanisme (PLU) engagée depuis juin 2009. « Ce PLU a été très bien mené, nous n'avons rien à reprocher au maire Béatrice Santais, assure Philippe Simon. Le seul problème est cette enclave dans les vignes. Et ça, c'est une décision politique. » Lors du conseil municipal du 22 février dernier, il a déposé avec les autres élus de la minorité municipale un amendement pour modifier le zonage du secteur de la Maladière en zone naturelle et ainsi interdire toute construction. « L'étude réalisée à la demande de la Mairie le dit aussi : le secteur de La Maladière est un espace naturel d'intérêt écologique. Alors préservons-le ! » Sans surprise, l'amendement a été rejeté. « Il faut apprécier le projet global d'élaboration du PLU et non pas se focaliser sur un secteur particulier », souligne le Directeur de la communication et du cabinet du maire. Reste que c'est bien ce projet d'urbanisation de vignes AOC qui suscite actuellement la controverse.
Trois AOC cultivés
Outre les élus de l’opposition, les viticulteurs sont aussi contre le projet. « La municipalité ne veut rien entendre, regrette Michel Quenard, le président du Syndicat régional des vins de Savoie. Et c'est vraiment dommage car Béatrice Santais, comment son père avant elle, s'était toujours mobilisée pour défendre notre profession et les vins de Savoie. Mais aujourd'hui, elle veut sacrifier notre patrimoine viticole pour l'urbaniser. Cela n'a aucun sens. On ne pourra jamais être d'accord sur ce sujet-là. » Son syndicat a fait connaître cette position au cours de l'enquête d'utilité publique relative au PLU en émettant un avis défavorable, tout comme l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) et la Chambre d'agriculture Savoie Mont-Blanc. Pas étonnant, car si l'on en croit Michel Quenard, le secteur viticole de La Maladière est unique en son genre. « C'est le seul endroit en Savoie où l'on cultive trois appellations d'origine contrôlée : du Vin de Savoie Montmélian, du Chignin-Bergeron et de la Roussette de Savoie. En plus, il existe un fort potentiel de développement dans le secteur. Le terrain a une forte valeur agronomique et il est mécanisable. Nous avons de nombreux candidats prêts à l'exploiter. Alors pourquoi construire des logements dessus ? »

A la mairie, on nous rappelle que le projet de construction dans le secteur n'est pas une nouveauté du nouveau PLU en cours d'adoption. « Dans le Plan d'occupation des sols actuel (ndlr : l'ancêtre des PLU), une zone de construction existe déjà dans le secteur et elle avait été approuvée par tout le monde. Elle représentait huit à neuf hectares et, là, nous l'avons réduite à quatre hectares pour tenir compte des observations des viticulteurs », confie Jacques Duc. « C'est insuffisant ! On ne peut lâcher aucun hectare, car les zones AOC ne sont pas extensibles. Quand c'est perdu, c'est perdu », réplique le président du Syndicat régional des vins de Savoie. « La zone AOC existe sur un périmètre très vaste par rapport à ce qui est actuellement exploité. Il existe encore un fort potentiel de développement. D'ailleurs, le PLU prévoit 17 hectares de terres viticoles à exploiter », répond à son tour le directeur de cabinet. Michel Quenard n'est pas convaincu. « Dans le PLU, les terres agricoles sont globalement en recul par rapport aux zones constructibles. En compensation, la mairie pourrait au moins laisser les terrains viticoles intacts, surtout dans le secteur emblématique qu'est le site de La Maladière. Ils ne sont pas à quatre hectares prêts quand même. »
Des conflits d'usage entre viticulteurs et habitants
De son côté, Jacques Duc tient à préciser que la municipalité montmélianaise n'a pas l'intention d'implanter sur le secteur de La Maladière une zone continue d'habitations. « Il s'agit seulement de quelques petits logements collectifs qui prendraient place à proximité des bâtiments existants. Car il faut le savoir, le secteur est déjà partiellement urbanisé. Et puis, un tel projet aura bien moins d'emprise sur les zones agricoles que l'implantation d'un quartier pavillonnaire comme cela se fait habituellement dans les zones rurales. » Un principe général que partage Philippe Simon. Pour l'élu de l'opposition municipale, c'est bien le choix du site qui pose problème. Il met en cause les nuisances induites par la viticulture. « Ici, les vignes sont traitées avec plein de pesticides. Imaginez les risques pour la santé des futurs habitants. » Ce conflit d'usage entre viticulteurs et habitants, Michel Quenard le met également en avant. « C'est comme une zone artisanale, c'est une zone d'activité viticole avec son lot de nuisances. »

Là encore, le directeur de la communication et du cabinet du maire se veut rassurant. « Entre les vignes et les futurs logements, il y aura une zone naturelle non constructible que l'on prendra sur l'ancienne zone constructible. Cela nous permet également de répondre à notre obligation de protéger les pelouses sèches présentes sur le secteur », précise-t-il en nous disant également que le Parc naturel des Bauges n'a pas émis un avis défavorable à l'occasion de l'enquête public relative à la modification du PlU. « C’est un élément important. » De quoi rassurer Michel Quenard ? Pas vraiment. « C'est autant de terres perdues pour les viticulteurs. Et pour la Mairie, c'est une réserve foncière à long terme. A aucun moment, il n'y a eu de concertation avec les viticulteurs pour cette zone naturelle. » Pour Philippe Simon, cette zone tampon est tout aussi inutile que le projet. « Construire ici 70 logements sur les 2 000 que la ville prévoit de construire, ça ne sert à rien. Cela en représente seulement 3,5%. Et en plus, c'est incohérent et contraire à la préservation du site le plus remarquable de Montmélian. On peut densifier un petit peu d'autres secteurs, comme l'ancienne zone industrielle. »
Epilogue après l'avis du ministère de l'Agriculture
Il y a deux mois, le Syndicat régional des vins de Savoie a demandé, comme le lui autorise le Code rural, à Béatrice Santais de saisir le ministère de l'Agriculture pour qu'il émette un avis sur le dossier. En jeu selon Michel Quenard, la notoriété des vins de Savoie. « L'implantation de ces logements va à l'encontre de la démarche en cours de créer une charte paysagère et environnementale du vignoble de Chignin à Frétives. Et ce sont tous nos efforts pour préserver les ressources naturelles, gérer l'identité rurale et agricole du territoire et valoriser notre activité viticole qui se retrouvent stoppés », détaille-t-il. Et Philippe Simon d'ajouter : « On a aussi identifiés sur le secteur des vestiges gallo-romains (ndlr : c'est le passage de l'ancienne voie romaine et de l'ancienne voie sarde) et il y a l'ancienne cave datant du Moyen-Age. On ne peut pas non plus sacrifier ce patrimoine. » Le dossier est actuellement sur le bureau des services du ministère à Paris. Ils ont trois pour mois donner un avis, à défaut ce dernier est considéré comme favorable. « Cet avis n'est que consultatif », rappelle Jacques Duc. Le suivrez-vous ? « Tant qu'on n'en connaît pas le contenu, je ne peux rien vous dire. » Il faudra donc attendre le mois prochain prochain pour en savoir plus. Le conseil municipal doit se réunir pour prendre une décision finale sur ce dossier. Et le président du Syndicat régional des vins de Savoie veut encore y croire. « On espère que le bon sens de la municipalité l'emportera... »
Mikaël Chambru

Commentaires
(Bâtir des cubes au milieu de la nature est bien une politique socialiste : je revois le parcours entre Prague et son aéroport. Brrr !!! )
Bof, au XIX eme siècle on mangeait tous bio et on vivait 20 ans de moins. Il faut certes encourager le bio, mais c'est très loin d'être une solution.
De surcroît, on sait qu'on ne pourrait pas produire suffisamment en BIO pour nourrir tout le monde.
Exemple le blé, nourriture de base par excellence. On produit en France ~35M de tonnes de blé par an, 1/3 est consommé en France, 1/3 en Europe, et 1/3 en Afrique. Ben si le blé était bio on aurait de quoi nourrir la France tout juste.
Donc l'Afrique devrait mourir de faim pour que les bobos parisiens mangent bio ? Et nous ben on paierait 3 fois plus cher le blé ? C'est inepte bien sûr.
En raréfiant une denrée, dans un marché normal d'offre et de demande, on fait monter les prix, et les plus nécessiteux n'y ont plus accès.
Donc si, le manque de production agricole crée les famines. On peut le montrer par raisonnement et non par idéologie "boboiste".
L'argent ce n'est que la valeur que l'on attribue aux biens, s'il manque des biens les valeurs montent. Et créer de l'argent ne fera que repousser un peu le problème dans le temps (et monter l'inflation).
Raisonnement identique pour le logement. Il faut bien sûr remplir les logements vides, mais déplacer les villes à la campagne, personne ne voit en quoi c'est une solution.
Il faut y mettre en parallèle et en cause principale l'augmentation de la population.
Nos politiciens s'en gargarisent, pour la simple raison que ce phénomène alimente partiellement la croissance et pour certains leur électorat.
La Gauche politique se sert de cette augmentation qui crée de la paupérisation et donc alimente son électorat. La Droite s'en sert pour le même but, pour entretenir une main d'oeuvre peu chère, et garder de l'emploi.
Et je ne parle même pas des populistes.
Dans tous les cas on voit la limite de l'approche idéologique.
Un peu de pragmatisme dans tout cela serait le bienvenu.
De la même manière des terrains agricoles sont classés constructibles. Il y aura bien une limite à tout cela.
Quand le dernier arbre aura été abattu
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson aura été péché
Alors on saura que l’argent ne se mange pas
Go Kha Yeh dit Géronimo
Chaman et guerrier Apache
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