Alors que des caméras de vidéosurveillance sont déjà installées à Aix et le seront bientôt à Chambéry, retour sur une rencontre avec un de ceux qui nous observaient à Annecy. Un passionné, et oui.
Si eux passent leur temps à nous regarder, ce n’est pas une sinécure pour nous d’aller les voir. Pour accéder au pc vidéosurveillance d’Annecy, situé sous les combles de la mairie, il faut avoir une habilitation signée de la main du maire. Rien de moins. Les quatorze opérateurs de vidéosurveillance anneciens sont des employés municipaux placés sous la direction d’un responsable de la police municipale. Ils ont le statut d’agent des services techniques, le grade de base de la fonction publique territoriale, ce qui a permis leur recrutement sans concours. Pour la plupart, ils ont travaillé pour des entreprises de sécurité ou dans la grande distribution. Parmi eux, Christophe Mirocha, gendarme de réserve, trente-cinq ans. Il est devenu opérateur de vidéosurveillance à la naissance du service en 2003, après dix ans d’expérience dans le privé.
« Il s’agissait de protéger des biens, pas des personnes. Dans le privé, on travaille pour un chiffre d’affaires. On est plus un chasseur. On fait de l’espionnage. A la mairie, j’ai davantage l’impression de rendre un service à mes concitoyens. » Le métier, il dit le faire, comme la plupart des opérateurs, « par passion avant tout ». La passion de quoi ? « De se dire qu’on peut rendre service. D’observer et d’agir. D’être là quand il se passe quelque chose et d’intervenir. »

Les yeux face à un mur d’écrans
Dites-nous, Christophe, en pratique, c’est quoi votre métier ? « Le service fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, 365 jours par an. Donc on fait les 3/8. On travaille par équipes de trois, du matin, de l’après-midi ou de nuit. Personnellement, je préfère la journée. Chacune est différente. Il se passe toujours quelque chose, alors que, la nuit, on observe essentiellement des faits liés à de la délinquance sur la voie publique. » De fait, les opérateurs ont de quoi s’occuper les yeux. En face d’eux, un mur d’écrans. Ceux du tunnel routier sont fixes, les autres zappent automatiquement d’une zone à l’autre. L’opérateur peut regarder ce mur ou se servir de son écran personnel en sélectionnant une zone grâce à un joystick. Ajoutez à cela un écran de crise, un autre dans le bureau du chef et deux écrans délocalisés, l’un à la police municipale et l’autre à la police nationale pour envoyer des images en cas de besoin. Au total, il y a 35 caméras dans les rues d’Annecy et 7 sont en cours d’installation. Le service s’est doté en décembre 2007 d’une charte de la vidéosurveillance, une première en France. Un document censé codifier l’utilisation de la vidéo. Mais au quotidien, que signale-t-on ?
Tout est susceptible d’être observé
« Tout nous intéresse, explique Christophe Mirocha. Nous faisons beaucoup pour la gestion urbaine en signalant bouchons, accidents, malaises, pannes de courant ou fumées suspectes. » Et du côté des pratiques suspectes ? « Nous signalons les actes délictueux et notons ce qui peut intéresser les services. Les attroupements de marginaux susceptibles de commettre des dégradations, la mendicité, la consommation d’alcool, la vente à la sauvette, la distribution de tracts. Tout ce qui se passe sur le domaine public est susceptible d’être observé et contrôlé. » Se retrouve-t-il placé parfois devant un cas de conscience ? Christophe Mirocha assure que non. « Notre travail ne débouche pas que sur de la répression. » Et l’atteinte à la vie privée ? « On est filmé en permanence dans les magasins. Qu’est-ce que ça change ? Et puis on voit des centaines de personnes. On n’a pas le temps de s’arrêter sur les visages. D’ailleurs, quand je suis dans la rue, je ne me dis pas que mes collègues sont en train de me regarder. La caméra passe sur nous, c’est tout. » N’est-on pas tenté de jeter un œil chez soi, de regarder les faits et gestes des gens que l’on connaît ? Ou encore de faire des blagues aux collègues, du genre : « Dis, j’ai vu ta femme… Elle était accompagnée ! » Notre opérateur assure ne jamais y avoir pensé. Et si on s’occupe en regardant les jolies filles en minijupe ? « Le manège ne durerait pas longtemps, car notre chef a un écran qui lui permet de voir ce que nous voyons. » Reste que, malgré les contrôles, ce métier n’a pas très bonne réputation. « C’est vrai que, au début, même à la mairie, on passait un peu pour des flics. Mais les mentalités ont changé. La famille ou les amis ne m’ont jamais fait de remarques désobligeantes. »
« Il y a des dérives partout »
Au fait, et si on se fait voler sa voiture, on peut vous appeler ? « Bien sûr, tous les Anneciens peuvent nous appeler, répond Christophe. En sachant que les images sont conservées dix jours. Dernièrement, on nous a contacté pour régler un litige à la suite d’un accrochage. On a retrouvé les images. Cela a donné lieu à un rapport d’information relatant les faits. Ensuite, on demande au maire de réquisitionner les images pour qu’elles ne soient pas effacées. Elles pourront être éventuellement utilisées par l’assurance de l’automobiliste si l’affaire doit aller au tribunal. » Pour l’avenir, Christophe Mirocha espère que le métier d’opérateur de vidéosurveillance bénéficiera d’une vraie reconnaissance. « Actuellement, en tant qu’agent des services techniques, rien ne nous distingue des personnes qui font de l’entretien. Si on est reclassé, on peut se retrouver à balayer les rues. Et notre rythme de travail n’est pas facile. Lorsqu’on fait quatre nuits de suite, on dispose d’une prime de deux euros l’heure pour la pénibilité. On a pourtant d’importantes responsabilités et on peut être juridiquement responsable. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé après l’incendie du tunnel du Mont-Blanc.» Si l’on souhaite aux opérateurs de disposer d’un véritable statut, en tant que citoyen, on peut aussi espérer que la vidéosurveillance sera elle-même bientôt surveillée par des organismes indépendants. Car bien que la plupart des Anneciens se disent rassurés par la présence des caméras, on n’ose imaginer l’usage qu’un maire peu scrupuleux pourrait faire d’un tel outil. « Ce n’est pas le cas à Annecy ! », certifie Christophe Mirocha, avant d’ajouter : « Après, des dérives, il y en a partout, pas uniquement dans la vidéosurveillance ».
Sylvain Poujois
Article publié dans le n°16 de la VDA (printemps 2008)

Commentaires
on était passé sur canal + avec ce papier !!!
Bizarre, car moi, le mêtier, je le fais pour le pognon.
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