Jeudi 1er décembre se tenait à Montmélian l’étape savoyarde de la semaine nationale de colloques des Business Angels. Des anges seraient-ils là pour nous dire quoi faire de notre argent ?
Après le ton alarmiste de l’édition 2010, « Vous attendez le prochain krach ? », le nom du colloque organisé cette année par Savoie Angels était symptomatique d’une perplexité désormais quasi généralisée : « Et maintenant, on fait quoi ??? » C’est que l’heure est grave, et les investisseurs sont inquiets. Les systèmes financiers ont montré leur fragilité tandis que les états sont surendettés. Alors en ces temps incertains de doute et de sinistrose, environ 500 chefs d’entreprises, professions libérales, cadres supérieurs et autres personnes soucieuses de leur argent mais aussi du développement de leur territoire, étaient présents jeudi soir à Montmélian à l’espace François Mitterrand pour écouter des spécialistes de l’investissement. Au menu, trading haute fréquence versus investissement durable. Avec une tendance qui serait désormais au local, au long terme, et où l’éthique rejoint le fric. De quoi donner envie d’y croire…
Sortir d’une économie robotisée
Et si des anges étaient là pour nous montrer le chemin de la sortie de la crise ? Et s’ils pouvaient nous aider à remettre les pieds de l’économie sur terre, si possible la nôtre d’ailleurs, cette terre savoyarde qu’on foule au jour le jour. On parle ici d’anges du bisness, car il en existerait, en chair et en os. Des êtres surprenants comme Dominique Favario, président de Savoie Angels, que l’on a rencontré juste avant le début du colloque. L’occasion de lui demander à quoi pouvait bien servir un Business Angels. « Je préfère le terme d’« investisseurs de proximité, a commencé par souligner notre ange savoyard, avant de nous dire ce qu’il en était. Nous ne sommes pas des financiers, mais des entrepreneurs. À l’origine, la bourse a été créée pour aider les entreprises à se financer. Les gens qui achetaient des actions espéraient accompagner la croissance des entreprises et faire des bénéfices. Aujourd’hui, la bourse est déconnectée de la réalité. 50% des transactions sont effectuées par des robots, uniquement en fonction de micro variations enregistrées sur les cours. Le 6 mai 2010, à la bourse de New York, une structure a passé un ordre qui a déclenché 37 000 transactions en une seconde et fait baisser la bourse de 1000 milliards de dollars en 20 secondes. La réaction des ordinateurs est quasi instantanée. C’est ce qu’on appelle le « trading algorithmique haute fréquence ». Les Business Angels veulent inciter à des investissements plus réfléchis, plus durables, plus éthiques. Ils souhaitent contribuer au développement de l’économie locale, régler les problèmes par l’action, revenir à l’économie réelle et locale. »

« Aider les gens qui ont de l’argent à le placer »
Selon le président de Savoie Angels, « le trading algorithmique devrait être interdit. La finance doit être au service de l’économie et non pas au service d’elle-même. Aujourd’hui, la déconnection est totale entre l‘économie réelle et le monde de la finance. Plus personne n’a la main sur la finance. On ne sait plus qui contrôle les marchés quand des sommes considérables sont gérées par des robots. Si les gouvernants ne sont pas capables d’énoncer des règles éthiques, la crise va se poursuivre. Les problèmes actuels sont des problèmes de gouvernance. Les états se sont endettés et ils continuent à acheter du temps par des crédits, par des dettes. Or à un moment, il faut rembourser la dette. En attendant, son poids est de plus en plus important, au point que l’on arrive aujourd’hui à la limite du possible. » Un moment où quand tout le système semble se casser la gueule il devient compliqué de savoir où placer ses économies. A moins de bénéficier du conseil d’un ange ? « Les Business Angels sont là pour aider les personnes qui ont de l’argent à le placer, explique Dominique Favario. En bourse ? Cela ne fonctionne plus. Et seules les entreprises peuvent créer de la richesse et de l’emploi. Il n’y aurait pas de salaires ni de fonction publique sans les entreprises. »
« Au lieu de laisser ses ressources aux mains des marchés financiers… »
Reste qu’aujourd’hui, c’est la crise, et pas la fête des entreprises. Ce ne sont pas elles qui font la loi, ni même l’Etat, mais les marchés financiers. Et pour René Carron, ancien Président du Crédit Agricole et intervenant lors du colloque, « deux causes majeures ont provoqué la crise que nous connaissons aujourd’hui: l’interventionnisme de l’état depuis le choc pétrolier de 1973, et la déréglementation des marchés financiers en 1980. L’état n’est plus souverain depuis 1973. L’état est débiteur, donc les marchés financiers sont en position de force. » Pour remédier à cela, René Carron estime qu’« à l’heure actuelle, la seule issue possible pour les gouvernements semble de réglementer les marchés et de boycotter les paradis fiscaux. Le montant des capitaux qui s’enfuient chaque année en Suisse représente le montant de notre dette nationale. » Des capitaux qui peuvent être ceux que vous confiez à votre banquier, et que lui-même livre à ses robots. Alors l’idée des Business Angels, c’est de vous inciter à placer vos sous près de chez vous. « À leur échelle, les citoyens peuvent aussi devenir acteurs de leur territoire, investir et s’investir dans leur région au lieu de laisser leurs ressources aux mains des marchés financiers, considère le président de Savoie Angels. L’investissement local a plus que jamais son utilité. Investir dans les entreprises régionales, c’est investir intelligent et utile. Intelligent parce que l’on est acteur de son investissement, utile parce que l’on participe au développement de la richesse des territoires et de l’emploi. » Avis à tous ceux qui ont 5000 euros qui dorment à la banque…
L’investissement local comme alternative
Dans un système où même les banques, les assurances et les états peuvent faire faillite, il devient aussi risqué de laisser son argent dormir sur un compte que de l'investir dans une entreprise locale réelle. L'investissement local responsable deviendrait même l'alternative à la spéculation incontrolable, d'après nos anges savoyards. Alors autant faire profiter de ses pépètes les entreprises de la région qui ont besoin de fonds pour se lancer ou se développer. Certaines s’avèreraient même rentables, comme le laissent entendre deux Business Angels locaux, venus pour faire un point sur leurs investissements de l’année dernière dans deux entreprises locales innovantes. La première est Bioparhom, au Bourget du Lac, société spécialisée dans la conception et la commercialisation de services et produits dérivés de la technique de bioimpédance (analyse de la composition corporelle), qui avait levé 145 000€, dont 90 000 € de Bourget Participations, le fonds d’investissement lié à Savoie Angels. La seconde est Azimut Monitoring, un fournisseur de services pour le suivi, la gestion et la diffusion de données environnementales, implantée à Francin, qui avait levé 180 000 € pour financer sa croissance, dont 66.000€ apportés par les investisseurs de Savoie Angels.
Un jeu de poker
Malheureusement, ne comptez pas sur votre humble reporter pour vous dire quels sont aujourd’hui les placements les plus intéressants financièrement. De telles informations valent cher et, business is business, les spécialistes ne dévoilent pas publiquement leurs petits secrets de cuisine. Investir, c’est faire un pari, et c’est la raison pour laquelle les termes utilisés par les financiers évoquent souvent l’univers des joueurs de poker : citons par exemple le « spoofing / layering » (pratique qui consiste à faire semblant de vendre avant d’acheter) ou les « hedge funds » (fonds de couverture, contre les fluctuations des marchés) parmi les types de placements évoqués lors du colloque.
Si vous ne savez plus à quel saint vous vouer…
Le débat fut des plus animés, mais tous semblaient d’accord sur un point : le système peut s’écrouler d’une minute à l’autre. Personne ne peut plus rien garantir : ni les banques, ni les assurances. Alors maintenant, on fait quoi ? Si on a plus de 5000 euros en poche, on peut devenir Business Angel en investissant dans une entreprise locale innovante. Pour cela, le plus simple est sans doute de s’adresser à l’association Savoie Angels, qui a pour vocation de « favoriser la mise en relation entre des Investisseurs de proximité et des porteurs de projet innovants sur le territoire savoyard. » On pourrait aussi commencer par s’interroger : dois-je investir mon argent dans des choses durables, entreprendre, agir ? Soutenir un agriculteur, un projet auquel je crois ? Et pourquoi pas en donnant mes sous à un petit média savoyard qui en aurait bien besoin pour continuer à nous informer… Bon, c’est vrai que ça ne serait pas forcément un investissement des plus rentables, mais qui sait finalement ce que l’avenir nous réserve. Après, si vous ne savez plus à quel saint vous vouer, priez. Un ange vous aidera peut-être…
Plus d’infos http://www.savoie-angels.com/
Joëlle Fernandes

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http://www.monde-diplomatique.fr/2011/12/HALIMI/47028
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