Faut-il être encarté pour exercer le droit d’informer ? La question se pose alors que notre reporter Mikaël Chambru se retrouve devant le tribunal correctionnel parce qu’il n’a pas de carte de presse.
Après avoir été auditionné le 6 décembre 2010 au commissariat de Chambéry, un de nos journalistes, Mikaël Chambru, était ce jeudi 27 janvier 2011 sur le banc des accusés du tribunal correctionnel de Chambéry aux côtés de cinq syndicalistes. Il lui est reproché, selon la convocation en justice qui lui a été adressée le 7 décembre 2010, d'avoir, le 2 novembre dernier, « troublé ou entravé, par des signaux faits en dehors du service ou de tout autre façon la mise en marche ou la circulation des trains ». Pour un tel délit, on risque jusqu’à six mois d’emprisonnement assortis d’une amende et de dommages et intérêts. Cela pourrait tout simplement mettre un terme à l’existence de La Voix des Allobroges. Tout ça parce que Mikaël a fait un reportage sans être détenteur d’une carte de presse. Le droit d’informer serait-il ainsi réservé aux encartés ? On espère que non.
Action syndicale sur les rails
Il est vrai que notre reporter était présent sur les voies SNCF à proximité de la gare de Chambéry le 2 novembre 2010, comme en témoigne le reportage vidéo qu'il a réalisé et que nous avons diffusé le 7 novembre 2010 (voir le reportage complet). Mais il n’a pas participé à une action syndicale menée par une cinquantaine de personnes. Il couvrait simplement l’événement, au même titre que les journalistes du Dauphiné Libéré et de France Bleu Pays de Savoie également présents sur les lieux. Il n'a fait qu'exercer une activité de journaliste, certes bénévole, de la même façon qu'il l'a fait à de nombreuses reprises pour notre site, notamment durant les événements qui ont eu lieu pendant la mobilisation contre la réforme des retraites de l’automne dernier. Il avait alors publié onze articles et réalisé dix-huit vidéos. Celle effectuée lors de cette action syndicale menée sur les rails de la SCNF l’a donc conduit à se retrouver à la barre du tribunal correctionnel où la vice-procureur a demandé sa condamnation à 1 500 euros d’amende, tandis que la SNCF voudrait qu’il l’indemnise pour un préjudice qu’elle estime à 46 000 euros. Et puis quoi encore ?
Une procédure judiciaire déloyale ?
Six ans après sa création, c’est la première fois que La Voix des Allobroges se retrouve devant la justice. Le canard savoyard a ouvert son bec, mais il faut croire qu’il n’avait jamais outrepassé jusque-là son droit d’informer. Serait-ce le cas pour cette manif ? Mikaël n’était pourtant pas un manifestant, pas plus cette fois que d’habitude, malgré ce qu’a estimé, sans fournir le moindre élément pour justifier cela, un officier de police judiciaire. Notre reporter n’a fait qu’exercer ce droit d'informer qui est garanti par de nombreuses législations françaises et européennes, dont entre autre la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Lors de l'audience, son avocat s'est efforcé de démontrer, pièces à l'appui, que la procédure judiciaire à l'encontre de notre journaliste était déloyale et inéquitable, et qu'il n'avait rien à faire sur le banc des accusés. Il a par conséquent demandé sa relaxe et la nullité de la procédure. Nous espérons que le tribunal entendra ce qui nous semble une évidence. Faire un reportage sur une action syndicale, fut-elle illégale, n’est rien d’autre que d’exercer le droit à l’information.
Ministère public et carte de presse
Le ministère public a pourtant assimilé notre reporter à ceux qui ont occupé les voies de la SNCF, ou plutôt cinq d’entre eux contre qui a été demandé 1 500 euros d'amende (dont la moitié avec sursis). Ce n’est pas à nous de juger si ceux-ci doivent être condamnés, mais il nous paraît aberrant que notre journaliste soit mis sur le même plan que ces syndicalistes alors qu’il ne faisait que réaliser un reportage vidéo. Le seul argument avancé pour justifier cela est qu’il ne serait pas détenteur d’une carte de presse. Selon la vice-procureur, les représentants du Dauphiné Libéré et de France Bleu avaient donc le droit d’être là, mais pas celui de La Voix. Or nous ne sommes pas la CGT, ni SUD, ni aucun syndicat, mais un média. Il n’est pas normal que le ministère public ne fasse aucune différence entre notre journaliste et des syndicalistes qui manifestent. Nous faisons néanmoins aujourd’hui confiance au tribunal et nous pensons qu’il saura faire cette distinction dans son jugement qui a été mis en délibéré. Il sera rendu 4 mars prochain.
Un procès emblématique pour la liberté de la presse ?
Si jamais Mikaël était condamné comme le demande le ministère public, c'est l'avenir même de La Voix des Allobroges qui serait en jeu, mais aussi, par extension, la liberté de la presse indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie. Elle est clairement mise en cause dans cette affaire car elle ne doit pas dépendre de l’appartenance à une corporation qui se reconnaîtrait par une carte de presse. On s’étonne d’ailleurs que les médias qui étaient présents sur place n’aient pas relevé qu’un de leurs confrères, bien que bénévole et non encarté, se retrouve accusé pour avoir simplement rempli sa mission d’information. La Voix des Allobroges fait pourtant partie du paysage médiatique savoyard depuis 2005. Elle a été présente chez vos marchands de journaux pendant quatre ans. Et c’est depuis 2009 un site d’information qui sait utiliser, notamment grâce à Mikaël, l’outil internet pour allier le texte et la vidéo, ce que ne permettait pas sa version papier. La Voix a aussi organisé en décembre dernier un colloque sur l’avenir institutionnel de la Savoie auquel ont participé un ancien ministre, une députée européenne, un député, la maire de Chambéry ainsi que de nombreux élus ou personnalités de la société civile savoyarde. Bref, nous pensions avoir démontrer publiquement quelle est notre activité et nous ne pouvons pas accepter d’être assimilé à des manifestants quand nous couvrons une manifestation.
Un reporter d’habitude
Notre avocat a bien montré que la présence de Mikaël devant le tribunal résultait uniquement de l’action déloyale d’un officier de police judiciaire qui l’a considéré comme un « manifestant d’habitude », alors qu’il n’est à l’évidence qu’un reporter d’habitude. Rappelons d’ailleurs au passage ce que le Dauphiné Libéré s’est gardé de mentionner alors qu’il reprenait les dires du ministère public : Mikaël a travaillé pendant trois ans pour le quotidien dauphinois. Il y a publié de très nombreux articles avant de rejoindre l’équipe de La Voix. Cela fait donc plus de quatre ans qu’il exerce à Chambéry l’activité de journaliste. Il n’était vraiment pas difficile de comprendre pourquoi il se trouvait le 2 novembre dernier sur les voies de la SNCF. Il était là en tant que reporter de La Voix des Allobroges, un organe d’information qui souhaite pouvoir continuer à accomplir sa mission avec son indépendance et sa liberté de ton qui constituent son identité. On se demande quand même pourquoi on doit aujourd’hui écrire cela.
La rédaction
PS : Un grand merci au représentant des feux renseignements généraux qui nous a permis de pénétrer dans le Palais de Justice pour assister au procès de Mikaël alors que les forces de l’ordre nous en refusaient l’accès. Cet homme est venu vers nous car il savait qui nous étions. Il ne trouvait pas normal que l’un de nos reporters se retrouve ainsi au tribunal. Ceux qui ont instruit l’enquête aurait d’ailleurs pu lui demander quelques infos – il est là pour ça - afin d’étayer leur dossier sur Mikaël, car celui-ci s’est limité à une photo prise sur les rails et cadrée de façon à ce que l’on ne voit pas la caméra qu’il tenait en main.

Commentaires
c'est ce que fait le dauphiné libéré pour ces correspondants locaux de presse. elle leur donne une carte d'agent de presse au couleur de la boite avec petit drapeau tricolore numéro itou
En tout cas c'est abusé pour la Voix dont le professionalisme n'a rien a envié à certains médias "de grande diffusion".
Good luck Micka!
Azzedine, CM de Gauche à Aix-les-bains.
Voilà la solution au problème!
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