En démolissant la tour de la Vigie, Dominique Dord entend redonner « du souffle et de la vie » au quartier du Sierroz. Une fausse bonne idée ? Réponse en vidéo de jeunes du quartier.

Depuis le 19 juillet, une immense pelle mécanique fait tomber un à un les quinze étages de la tour de la Vigie, situés dans le quartier du Sierroz, à la sortie nord d'Aix-les-Bains. D'ici fin septembre, les 75 logements qu'elle comptait auront été rayés de la carte. Ce sera ensuite à une seconde tour du quartier se subir le même sort... puis une troisième et enfin une quatrième si tout se déroule comme l'a prévu Dominique Dord, le député maire UMP de la ville. A terme donc, le quartier sera totalement transformé afin, dixit le premier magistrat, « de reconstruire complètement une petite ville sur cette ville ».

Des Savoyards comme les autres

Dord voudrait ainsi « donner du souffle et de la vie à ce quartier qui va devenir partie intégrante de la commune »... et peut-être enfin tourner la page des années 70, époque où les médias locaux s'inquiétaient de la construction de ces tours en des termes sans équivoque : « Venant d'Annecy, on a maintenant un choc : est-ce bien à Aix-les-Bains que l'on arrive ? ». Comme à son habitude, La Voix a décidé de ne pas faire comme ses confrères. Au lieu de nous rendre à la fête organisée par la mairie le 19 juillet dernier où le député-maire chantonnait du Brassens, nous sommes donc allés, fin juin, à la rencontre de jeunes habitants du quartier nés ici : ce sont des Aixois, des Savoyards comme les autres, quoi qu'en disent certains. Et des choses sur la démolition de cette tour et sur la vie dans le quartier, ils en ont a dire... même si seulement deux d'entre eux ont accepté de s'exprimer devant notre caméra.

Des diots au couscous

Après quelques minutes de discussions avec les jeunes du quartier, ils commencent à nous raconter la vie tel qu'elle s'organisait dans la tour de la Vigie : la cohabitation entre les voisins qui se rendaient mutuellement des services, la convivialité, le métissage culturel qui faisait que « d'un étage à l'autre, on passait des diots bien savoyards au saveur du couscous ou celle de la morue... ». L'un deux, Rachid, se lance devant notre caméra.

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Si c’était à refaire…

Bref si l'on en croit Rachid et les autres jeunes du quartier, la vie n'était pas si horrible que cela à la Vigie et peut-être moins pire que dans cette certaines campagnes savoyardes, même s'ils reconnaissent aussi qu'« il y avait des petits soucis comme partout, mais jamais de gros problèmes ». Rachid nous confie « ne pas regretter d'avoir vécu ici » et que « si c'était à refaire, il referait », n'hésitant pas nous livrer quelques anecdotes pour nous en convaincre, comme « Madame pipi au premier étage ».

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Les choses ne changeront pas

Saïm dénonce quant à lui l'hypocrisie de la politique du maire d'Aix-les-Bains, même s'il voit plutôt comme une bonne chose la volonté affichée par Dominique Dord de vouloir changer le quartier. En fait, il craint qu'« avec ou sans cette tour les choses ne changeront pas », puisqu'« on a cassé des murs, mais on n’a pas réglé le problème de la détresse humaine ». Plusieurs jeunes du quartier nous expliquent « qu'en se présentant dans une agence d'intérim venant du quartier de Lanfin 'mal fréquenté et mal réputé', on est déjà grillé... et c'est la même chose quand on va en ville. »

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Du potentiel inexploité

Saïm nous assure ensuite que dans le quartier « il y a beaucoup de potentiel, autant humain que matériel, finalement pas pris en compte par les politiques afin qu'il puisse exister et perdurer ». Il dénonce en toile de fond les politiques menées depuis près de trente ans dans les quartiers populaires qui se sont toutes soldés par des échecs. « Ici on a un taux de chômage important, un peu de délinquance aussi, mais comme on retrouve dans n'importe quel quartier ».

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Repousser le problème

Ce jeune Aixois souhaite que les élus arrêtent de « repousser le problème en faisant des bâtiments », d'autant plus que « quand on habite dans les nouveaux bâtiments HQE (ndlr : haute qualité environnementale), plus rien n'est comment avant : il n'y a plus cette vie collective et humaine », témoigne un ancien habitant de la Vigie aujourd'hui installé dans les nouvelles constructions sorties de terre il y a peu. Saïm aimerait qu'on s'attaque enfin aux problèmes en injectant les moyens pour résorber les inégalités sociales, comme le chômage. « Il faut plus de social dans le quartier ! ».

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Du travail fait à moitié

« Ils nous ont enlevé les tours, et stop on ferme notre gueule... non, on n’est pas des animaux, on n’est pas des chiens. Là, le travail n'est fait qu'à moitié », nous dit ensuite Saïm, avant d'ajouter qu'il « fait confiance à la mairie » et espère « elle va faire des choses dans l'avenir ».

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Rénovation urbaine

La démolition de la Vigie, qui devrait s'achever début septembre, s'inscrit en fait dans un programme plus vaste de rénovation urbaine mis en place depuis huit ans par la municipalité dans le cadre du programme de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) pour un montant total de 80 millions d'euros. L'objectif pour Dominique Dord est de rénover et diversifier le parc locatif existant, de désenclaver le secteur, de favoriser la mixité sociale dans le quartier. D'ici 2014, quatre des six tours du quartier devraient être détruites, soit 300 logements en moins, mais à la place plus de 400 autres seraient réhabilités et plus de 300 seraient reconstruits au quatre coins de la ville selon les normes HQE.

Mikaël Chambru, avec Azzedine Filaz

 

Commentaires  

 
0 #2 Paul 06-08-2010 06:43
bein faut croire que quand on y a vécu on a pas le même ressenti de l'extérieur...
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-3 #1 Sceptique 05-08-2010 18:29
Beuh, comment on peut vouloir habiter dans des tours?
C'est moche et ça pu.
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