Le Saint Suaire est remballé, mais ce n’est pas une raison pour ne plus aller à Turin. Surtout si ça ne coûte presque rien, grâce aux bonnes vieilles méthodes de crevard.

Ca y est, l’été est là, c’est enfin l’heure de la glande au soleil, des apéros à rallonge et surtout des vacances. Seul problème, la crise, elle, ne semble pas en prendre de vancances, et vous êtes comme la plupart d’entre nous : fauchés comme les blés. Pas de panique, La Voix est là pour vous indiquer comment profiter pour trois fois rien des charmes électriques d’une ville du nord de l’Italie. Ainsi, célébrez à votre manière les 150 ans de l’annexion en reliant symboliquement Chambéry à la capitale piémontaise : Turin. Euro par euro, centime par centime, suivez notre parcours des chemins de traverse, entre éloge de la lenteur et guide du crevard. Et alors, on dit merci qui ?

0 euro

7 heures vient à peine de sonner, mais vous vous dirigez déjà vers la gare, traversant, tel l’automate mal réveillé que vous êtes, le décor endormi de la capitale des ducs de Savoie. Dans votre esprit, il est probable que se promène alors l’image de votre pépé qui, vous gratifiant au passage d’un bon coup de canne, n’avait de cesse de vous répéter ce vieil adage se révélant aujourd’hui complètement naze : « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ».

15 euros

Arrivé à la gare, filez directement au guichet et demandez à la dame de la SNCF un aller en TER pour Modane. Il vous en coutera 15 euros. Histoire de corser un peu la chose et de vous préparer psychologiquement pour votre séjour en Italie, passez à un guichet indiqué : Si parla Italiano et, à l’aide, par exemple, d’une fausse moustache collée au dessus des lèvres, faites vous passer pour un touriste italien en goguette. Effet garanti. Billet en mains, sautez alors dans le train de 8h08 pour l’ancienne capitale du fer. Dans une micheline hors d’âge, vous pourrez profiter du confort d’une molesquine de seconde classe. Bercé par le tangage du wagon, piquez un petit roupillon. Prenez toutefois garde à ne pas vous endormir le visage calé près de la fenêtre au-dessus du système d’aération (celui à ventilation d’air froid), qui, au réveil, vous donnera au pire une bronchiolite aigüe, au mieux un mal de crâne tenace.

Arrivé à Modane, vous en serez quitte pour plus de deux heures et demie d’attente. Mais, ne vous énervez pas. Le voyage est encore long, inutile donc de vous fatiguer inutilement. Profitez-en plutôt pour découvrir cette bourgade du bout du monde. Poussez donc la porte d’un de ces petits bars qui font face à la gare. Entrez boire le blanc de 10h du mat’ au milieu des mécanos de la SNCF et des douaniers du Fréjus. Mêlez vous aux conversations, riez avec les anciens à casquettes : Jeannot et ses copains. Donnez-leur des nouvelles fraîches du bassin chambérien. Eux, vous raconteront la montagne. Et puis, enivré d’Apremont, de rires et de blagues légères, admirez les  façades noircies aux oxydes de carbone des maisons de la rue de la République, qui semblent nous confier dans un dernier crachat de suffocation le nombre de camions qu’elles ont vus défiler. Admirez également les vitrines des boulangeries et interrogez vous sur le prix des pains au chocolat à 60 centimes quant à Chambéry, ils flirtent avec les 1 euro …

17 euros 75

Vers midi, sautez dans le bus bleu azur stationné à la gare routière pour Bardonecchia (attention, le ticket est à prendre au guichet SNCF de la gare de Modane : 2,75 Euros) et là, vous aurez déjà l’impression d’être en Italie, car c’est un bus de la compagnie Trenitalia (compagnie italienne de chemins de fer) et la quasi-totalité des passagers sont ritals. Vous traverserez alors le tunnel du Fréjus (traversée sans intérêt et même assez chiante, un deuxième roupillon est possible) et ressortirez du côté italien. Mais, attention ! Une fois à Bardonecchia, pas le temps de s’extasier sur le paysage ou sur l’odeur alléchante des pizzas qui vous chatouilleront les narines. En effet, le train régional vous attend déjà, là, de l’autre coté de la voie.

23 euros

A peine le temps donc de courir à travers la stazione afin de prendre votre ultime biglietto pour Turin (5,25 Euros) et vous vous retrouverez transpirant et haletant dans une loco aux couleurs des JO de 2006. Nostalgie quand tu nous tiens… Une fois installé, vous aurez en tout cas tout le loisir de souffler en admirant les contreforts des Alpes italiennes tant votre dernier moyen de transport est d’une lenteur extrême et s’arrête partout. Dans la dernière ligne droite à travers les faubourgs de Turin, traversés à vitesse d’escargot, un troisième roupillon est à nouveau possible… Et vers 15h30, enfin, voilà se dessiner sous vos yeux endormis la gare de Torino Porta Nova, votre terminus !

Vous aurez perdu plusieurs heures par rapport à un trajet direct, mais évité ainsi de débourser les 55 euros d’un billet TGV. Economie qui vous permettra de prendre un lit en auberge de jeunesse et de profiter d’une journée supplémentaire dans la capitale piémontaise afin, par exemple, de manger des glaces artisanales jusqu’à vous rendre malade, de vous perdre dans le dédale de ruelles escarpées du vieux Turin ou encore de vous faire siphonner les quelques pièces qu’il vous reste en poche dans l’un des clubs selects qui anime les bords du Po… Enfin, tout ça, c’est une autre histoire…

Frédéric Delville

 

Commentaires  

 
+4 #4 04-07-2010 13:56
une belle façon de voyager en prenant tout son temps ,loin des sentiers battus
et en observant le monde qui ns entoure .
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+5 #3 30-06-2010 09:49
Excellent, j'attends la même pour un Saint Gervais-Lyon a 20€. Histoire d'aller visiter la frontiere à la guillotière...
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+5 #2 29-06-2010 14:26
C'est sur que ce n'est pas exactement le meme tarif, et meme si entre Bardonnechia et Turin il y a une vingtaine de kilomètres en moins qu'entre Chambé et Modane, c'est tout simplement 3 fois plus chers... et le charme italien en moins...
Pour cette raison, je lance une pétition pour un rachat de la SNCF par TRENITALIA...
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+11 #1 29-06-2010 07:38
15 euros en France, 5,25 euros en Italie... pour un trajet Chambery-Modane et un Bardonnechia-Turin, distances sensiblement égales... SNCF vs TRENITALIA
No comment...
SNCF... A nous de vous faire préférer le train... et de vanter la calculette écolo sur leur site...
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