Installé à cinq kilomètres du centre de Chambéry, viagra sale Guy Carraz a vite compris qu’il devait passer au maraîchage pour continuer à travailler en agglomération. Cela a fait de lui un paysan heureux.

On a tous un lien avec elle dans nos familles. Elle a modelé les paysages que nous envie toute la France, et le mode de vie qui lui est dévolu a marqué notre mode de pensée local. L’agriculture, nul ne le contredira, constitue une part importante de l’identité savoyarde, autant que les téléskis et les pistes noires en tout cas. Pourtant, les quarante dernières années l’ont mise à mal. L’activité agricole, qui occupait encore un savoyard sur deux en 1940, ne représente plus que 1,8% de la population active. Même si c’est deux fois plus que la moyenne nationale, le constat est amer. L’agriculture est en train de disparaître de notre environnement et c’est encore plus vrai dans les zones urbanisées. Mais Guy Carraz et son épouse Marie-Louise maintiennent encore la tradition là où on la croit parfois complètement disparue : en agglomération. En l’occurrence celle de Chambéry.

Une boutique trop petite

L’homme au regard clair assume son titre. « Moi, je suis paysan. Je travaille la terre. C’est un terme suffisamment noble pour qu’on se mette derrière. » Il nous parle, sans se plaindre de la condition de cultivateur périurbain, d’une vie qu’il a choisie. Et en bon maraîcher, il ne mâche pas ses mots. « La terre, ça va des mains au portefeuille, ou ça reste dans les mains. » Lui, sa terre, « une grosse qui donne bon goût », celle de Vimines, à 5 km du centre-ville de Chambéry, il l’a toujours dans sa main. Et il gère son entreprise familiale, La Ferme des Fontaines, en personne avisée, mêlant tradition et adaptation. « Celui qui s’en sort, c’est celui qui sait ce qui marche dans vingt ans. » Il a tout intérêt, puisque Vimines, un village de 1 500 habitants situé sur les contreforts du versant est du massif de l’Epine, à l’extrémité du continuum urbanisé qui va de Challes-les-Eaux à Cognin, est une des 24 communes de Chambéry métropole. Un territoire où, malgré les bonnes intentions, force est de constater que la surface urbanisée a plus que doublé en vingt-cinq ans, alors que le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par deux. A Vimines, ils ne sont plus que deux paysans à titre principal à produire entre les maisons qui se construisent inexorablement, même si, reconnaît Guy Carraz, « le PLU (plan local d’urbanisme) de la commune a pris en compte l’agriculture ». Le souci du manque de surface disponible, il le connaît bien, depuis ses débuts. En 1978, à vingt-deux ans, en bon descendant de paysans savoyards, Guy a choisi de s’installer en production laitière. Après quelques années, il a compris que « la boutique n’était pas assez grande », et qu’il fallait s’adapter à l’environnement, en se tournant vers une production moins demandeuse de surface : le maraîchage. C’était d’ailleurs l’occasion de renouer ainsi avec la tradition des paysans des environs de Chambéry, qui, depuis toujours, ont produit des légumes pour aller les vendre aux citadins.

Tout en vente directe

Mais les choses ont changé depuis le temps où, avec juste des radis, des salades et des pommes de terre nouvelles, on faisait sa journée au marché. Maintenant, Guy Carraz cultive annuellement sur trois hectares plus d’une quarantaine d’espèces de légumes différentes, dont dix variétés de tomates pour satisfaire et attirer la clientèle, en confessant que « certaines, c’est juste pour la couleur ». Il a aussi dû se diversifier en élevant, en fermier bien sûr, poulets, coqs, chapons, poulardes, canards et pintades, « sur paille à l’ancienne », tient-il à noter. Tout cela pour assurer plus de revenus l’hiver, car, n’ayant pas de serres chauffées, il ne produit que des légumes de saison. « On dessaisonne seulement la mâche et la salade quand le temps le permet », précise-t-il. Pour ne pas être qu’un « citron ordinaire qu’on presse », les Carraz ont opté pour la seule vente directe. Outre les deux jours de marché hebdomadaire (50% du chiffre d’affaires), c’est par l’intermédiaire du magasin de la Coopérative du Tremblay, une coop en gestion directe, et du Groupement d’intérêt économique constitué par le Château Reinach (le lycée agricole de la Motte), que La Ferme des Fontaines propose ses produits. Le contact avec le public et sa complète responsabilité en termes de résultats ne sont pas pour lui déplaire. « Tout ce que je vends est produit chez moi. Et le samedi midi, quand on remballe le marché, on voit tout de suite où on a fait l’erreur. » Une attitude dont pourrait s’inspirer un monde agricole trop souvent victime. « Il faudrait qu’on s’occupe mieux de la vente à la ferme », ajoute Marie-Louise. Mais pour semer, planter, entretenir, récolter et vendre, c’est du travail et il faut du monde. Actuellement, outre le couple, trois autres personnes travaillent sur une exploitation qui au total couvre douze hectares. Et aux Fontaines, on tient beaucoup à la dimension familiale de l’exploitation. « Les enfants nous aident aussi. Et au marché, les gens ne savent pas toujours qui est de la famille et qui est employé », remarque Guy avec le contentement d’être un bon patron, dur à la tâche, mais juste.

« On n’ira pas plus haut »

Guy Carraz est un paysan savoyard heureux (ils ne sont pas si nombreux) et pragmatique, qui a dû changer et s’adapter tout en gardant son identité. « A vingt-deux ans, je ne connaissais que l’élevage. Et j’aime les vaches. » Son intérêt pour la génétique bovine, il a su le reporter sur les salades, « leurs goûts, leurs couleurs, leurs formes, une belle série de radis… », en optant pour le maraîchage et la vente sans intermédiaire, question d’indépendance. « Les subventions ne représentent que 1% de notre CA », revendique d’ailleurs Guy Carraz. Et l’avenir, comment le perçoit-il ? « Le maraîchage, avant, c’était dans les cuvettes, vers Monge. Maintenant, on est à 500 m. On a passé la dernière marche, on n’ira pas plus haut. » Malgré la pression foncière – « ces putains de maisons ! » –, l’augmentation des matières premières – «  plus 140 % pour les plastiques » –, il entrevoit la suite en termes d’association avec un de ses employés, Bertrand, étudiant en BTS agricole, chez lui en alternance. Ainsi, tant qu’il s’y trouvera une ferme, Vimines ne sera pas complètement une banlieue résidentielle de la métropole, mais conservera un peu de son identité de village savoyard, où l’on vit et produit.

Dom Vuillerot

Article initialement publié dans le n°17 de la VDA (été 2008). Aujourd’hui, Guy Carraz continue d’être un paysan heureux, et il a concrétisé son association avec Bertrand.

 

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