Installée à deux pas de Chambéry, sales Marjorie Covarel est ostéopathe pour chevaux. Ses méthodes paraîssent étranges, mais ses résultats font d’elle une sorcière bien aimée.

En pénétrant dans l’écurie Covarel, on ne se doute pas qu’on vient de mettre les pieds dans une espèce de zone d’expérimentation médicale. On admire plutôt la quinzaine de chevaux qui occupent les lieux. Si la plupart sont tranquilles dans leurs boxes, l’un s’apprête à se faire manucurer par le maréchal-ferrant tandis qu’un autre est en phase d’entraînement dans le manège. Ce sont des chevaux de compétition. Des bêtes affûtées, aussi réactives qu’une formule 1 et ingérables pour un cavalier du dimanche qui se retrouverait très vite les quatre fers en l’air si l’envie lui venait de grimper dessus. Marjorie Covarel, la maîtresse des lieux, fait elle-même du concours à un niveau professionnel. A trente-six ans, elle est une jeune cavalière. « C’est un sport qui demande beaucoup d’expérience et j’ai encore vingt ans de compétition devant moi. » Le temps pour elle d’amener au plus au niveau quelques chevaux. C’est que son truc, ce n’est pas seulement de les monter.

« Je forme mes chevaux et je les achète à trois ans. Je peux donc leur inculquer mon équitation et mes propres codes. » Marjorie leur apporte aussi une préparation physique optimale. Eh oui, ses chevaux, elle les soigne. Elle en a même fait son métier. Depuis dix ans, elle pratique l’ostéopathie équine que lui a enseignée un ostéopathe d’Avignon. Et depuis que ses adversaires de concours se sont rendu compte que les montures de Marjorie étaient de plus en plus efficaces, affichant une forme étonnante, la cavalière chambérienne est très demandée pour ses soins.

Marjorie comme dernier recours

De plus en plus utilisée, notamment par les sportifs de haut niveau, l’ostéopathie fait partie des médecines douces. Elle permet de traiter aussi bien l’humain que le cheval. « Mais le cheval est plus réceptif, constate Marjorie. Et s’il a mal, il le montre tout de suite alors que nous, les humains, allons essayer de dompter la douleur. C’est donc plus facile de soigner un cheval. » Mais ça sert à quoi l’ostéopathie équine ? « Le but est de maintenir le corps dans un équilibre énergétique et de permettre au cheval d’assumer un entraînement physique intense. On traite bien sûr les problèmes mécaniques et biomécaniques, mais c’est en fait une médecine globale. Je suis personnellement très spécialisée dans les problèmes digestifs, viscérales, dans ce qui touche aux poumons ou à la boîte crânienne. On m’appelle souvent quand le vétérinaire ne peut plus rien faire et qu’on s’apprête à euthanasier un cheval. Dernièrement, on avait diagnostiqué un cancer à un animal qu’on allait tuer. Mais je me suis rendu compte que c’était en fait un problème digestif. Je l’ai traité et guéri en trois mois. » Pour effectuer ses diagnostics, Marjorie utilise le pendule, mais aussi une méthode encore plus étonnante : elle entre dans l'animal. « Je pose mes mains sur le cheval et il faut alors devenir sourd, muet et aveugle. En me connectant à la respiration primitive des cellules, je pénètre dans la bête jusqu’au point sensible et cela me donne le diagnostic. Avant, je ressentais le problème dans mon corps, mais ça me polluait car je gardais la douleur. J’ai donc changé de méthode. »

Une médecine préventive

Arrivant à détecter des problèmes physiques latents chez le cheval avant qu’ils ne se manifestent, Marjorie pratique donc, en plus des soins nécessaires en cas de pépins, une médecine préventive. De nombreux cavaliers ou même l’équipe nationale suisse d’attelage lui demandent de suivre régulièrement leurs chevaux ultra-entraînés pour éviter la casse. Mais ses méthodes peuvent intriguer. « Parfois, on me traite de sorcière. Et les gens me disent : “ Mais qu’est-ce que t’as fait à mon cheval ? Maintenant, il marche bien.  Je suis donc la sorcière bien aimée. Si on voit ici un côté sorcière, c’est que le travail sur les énergies n’est plus dans notre culture depuis deux cent ans. Ce n’est pas le cas en Asie, par exemple. Mais les ostéopathes travaillent désormais en collaboration avec les vétérinaires, qui sont de plus en plus ouverts. Ils nous appellent, et moi, si je suis face à un gros cas, je le fais d’abord passer chez le vétérinaire. Pour avoir son avis, mais aussi pour me couvrir un peu. Après, ce qui est amusant, c’est que les gens vont essayer l’ostéopathie pour sauver leur cheval alors qu’ils ne le feraient pas pour eux. Mais comme ça marche pour le cheval, ils y viennent eux aussi. »

Le bon niveau énergétique

Par l’intermédiaire de leur monture, des cavaliers se trouvent ainsi sensibilisés à une méthode de soin qui combine des manipulations physiques avec l’utilisation d’une forme de magnétisme. Et en hébergeant à plein temps une demi-douzaine de chevaux de concours ainsi que des pensionnaires occasionnels venus pour se faire soigner ou pour parfaire leur condition physique, l’écurie de Marjorie démontre de façon exemplaire l’utilité de l’ostéopathie. Mais pas seulement. « L’écurie est gérée en géobiologie pour couper les énergies perverses émises par une faille ou par un cours d’eau, confie Marjorie. On a donc mis des pierres sous le sol à des endroits stratégiques. Et pour éviter l’électricité statique dans les boxes, toutes les grilles ont été reliées à la terre par un électricien. Quand je lui ai demandé de le faire, il m’a prise pour une dingue. Mais, avec tout ça, on parvient à créer un niveau énergétique idéal pour les chevaux. Il est d’ailleurs trop bas pour les hommes et si on reste là, on s’endort. » On n’ira pas jusqu’à se faire une sieste, mais c’est vrai que l’on ressent ici une atmosphère particulièrement paisible. Et l'écurie Covarel nous apparaît désormais comme un lieu où se déroule en toute quiétude et avec succès des essais presque cliniques de méthodes de soin naturelles. Des méthodes qui, plutôt que de se cantonner aux symptômes, s’attachent à remonter à la source du mal, bien souvent avant même qu’il ne se manifeste. Elles tendraient aussi à démontrer qu’une santé optimale passe par un environnement énergétique adéquat. Alors à l’instar des cavaliers convaincus par leurs montures, y a plus qu'à s’inspirer des résultats obtenus par Marjorie sur ses chevaux.

Jo Veillard

Article publié dans le numéro 14 de la VDA, automne 2007

 

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