BiodynamiqueDominique parle aux taupes qui gravitent autour de chez lui. Il affirme les tenir à l’écart en leur demandant bien poliment. Taupe, sale y es-tu ?

A la Bergerie d’Orgevat, view une ferme un peu particulière située sur les hauteurs de Bonneville, j’ai assisté cet hiver à un curieux rituel. Avec ses amis de l’association en charge du fonctionnement de la bergerie, Dominique Delavigne faisait le tour du propriétaire en demandant aux taupes de bien vouloir quitter les lieux. La petite troupe n’avait pas l’air particulièrement allumée, mais je me demandais quand même où j’avais bien pu atterrir… Dominique a débuté sa carrière comme berger. Alors âgé d’une vingtaine d’années, il a découvert les techniques de l’agriculture biodynamique professées au début du siècle dernier par le philosophe allemand Rudolf Steiner. Il a passé sa vie à les mettre en œuvre. Pendant une trentaine d’années comme horticulteur ou paysagiste et, depuis l’an 2000, dans la ferme expérimentale qu’est la Bergerie d’Orgevat.

Ces techniques, assez étranges, sont néanmoins largement reconnues dans le monde de l’agriculture bio. La biodynamie est une sorte de must de la bio, permettant d’obtenir des résultats remarquables, mais assez difficile à pratiquer car elle nécessite une bonne dose de savoir-faire. BiodynamiquePourtant, à écouter Dominique, ça n’a pas l’air bien dur pour la gestion des taupes. Alors essayez, vous verrez bien. Si ça ne marche pas, je pourrai vous donner une autre technique ancestrale que je tiens de mon grand-père. Lui, il fait parler la chevrotine. Plus radicale, mais moins poétique.

Alors Dominique, comme ça, vous parlez aux taupes ?

Je leur demande de s’éloigner de l’espace où j’exerce mon activité d’agriculture. Mais je ne parle pas à une taupe en particulier, je m’adresse à l’âme groupe qui représente l’espèce à un niveau spirituel, non incarné.

Et ça marche ?

Oui. Grâce à cela, elles me laissent tranquille pendant la période de culture. Et puis je les autorise à revenir après la récolte. Je leur laisse un peu la place. Mais en janvier, je les ai priées de quitter les lieux. Elles ont commencé à le faire.

Vous êtes donc convaincu de l’utilité de ce que vous faites…

Il faut être convaincu. Et je le suis car j’ai le pouvoir. Comme tant d’hommes ont le pouvoir sur d’autres hommes, moi, j’ai la maîtrise de mon lieu. Mes voisins savent d’ailleurs que je n’ai pas de taupes. Ils sont également très surpris que je puisse cultiver ici sans être ennuyé par les sangliers. Car il n’y a pas que les taupes, je fais la même chose pour tous les nuisibles, les biches, les cerfs. Mais j’ai quand même du mal avec un lièvre rusé comme un renard. Il faut dire qu’on n’est pas infaillible.

Seriez-vous une sorte de magicien ?

En fait, Steiner a remis en application des pratiques exercées depuis toujours. Certaines sont similaires à celles que l’on peut trouver dans l’almanach du vieux savoyard, notamment dans le rapport aux astres. Alors c’est vrai que cette agriculture est empreinte de magie, mais c’est de la magie blanche. On ne veut aucun mal à ces bêtes. On se côtoie et on ne se fait aucun dégât.

Propos recueillis par Brice Perrier

(article publié dans le n°7 de la VDA, avril 2006)

 

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