Avec la reprise de l’usine Rio Tinto Alcan, buy Saint-Jean-de-Maurienne respire. Et Pierre-Marie Charvoz dit bravo à un Etat interventionniste. Même s’il a un peu oublié que la ville avait un maire.

Ce feuilleton aux relents de tragédie occupait les esprits mauriennais depuis des années : qu’allait devenir l’usine Rio Tinto Alcan de Saint-Jean-de-Maurienne ? Son avenir était menacé depuis que son propriétaire envisageait la fermeture d’un site à la rentabilité jugée insuffisante. Avec des élus locaux qui portaient l’angoisse de toute une vallée dépendant grandement des 500 emplois de son usine d’aluminium. L’été dernier, Pierre-Marie Charvoz, le maire (divers droite) de Saint-Jean, nous décrivait une situation intenable (voir ici) où Rio Tinto Alcan semblait se moquer des élus tandis que le ministre du Redressement productif multipliait les déclarations fracassantes mais sans lendemain. Et puis la semaine dernière, coup de tonnerre : Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg débarquent en Maurienne pour annoncer la reprise du site par le groupe allemand Trimet, qui s’associe ici avec EDF. De quoi rendre un maire heureux, comme en témoigne Pierre-Marie Charvoz.

Pierre-Marie Charvoz, vous nous disiez l’année dernière que la situation du site de Rio Tinto Alcan à Saint-Jean-de-Maurienne était intenable. L’annonce de sa reprise est-elle pour vous une libération ?

Oui, après tellement d’années d’attente, de doute et d’incertitude. On se dit qu’on va passer un bon été avec des perspectives intéressantes pour retrouver un tonnage plus important. On était passé de 140 000 à 90 000 tonnes, mais Rio Tinto a déjà recommencé à investir et remet en service 4 nouvelles cuves par mois. En mars-avril, on devrait avoir retrouver les 118 cuves. On pourrait donc redémarrer là-dessus, mais on sera fixé dès que Trimet et EDF auront fait part de leur projet industriel.

Sait-on déjà quelles sont leurs intentions ? Car on a l’offre de Rio Tinto mais pas encore la réponse des repreneurs.

Si, on sait. Je préfère rester prudent tant que je n’aurais pas vu ce qu’il en est précisément, mais on parle de perspectives de croissance. Alors je suis prêt à tout croire, mais on veut quand même savoir vraiment ce qu’ils veulent. Et à ce jour, je n’ai aucune info officielle. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le patron de Trimet, mais on était dans l’euphorie de la signature. Il va revenir et il faudra alors parler des conditions de la reprise.

L’offre a donc bien été acceptée ?

A priori, car il y a un protocole d’accord de vente de l’usine qui a été signé.

Est-ce vraiment une vente ? On peut lire dans Le Monde (voir ici) que Rio Tinto verserait une soulte de 100 millions d’euros, somme équivalent au coût qu’aurait représenter pour l’entreprise le démantèlement du site de Saint-Jean. En général, dans une vente, ce n’est pas le vendeur qui paye…

Je ne sais pas du tout ce qu’il en est.

Vous n’êtes pas au courant de cette soulte ?

Absolument pas. Je ne sais pas ce qu’il y a dans l’accord, juste que le site est repris. Et le patron de Trimet m’a dit qu’il avait l’intention d’y investir. Après, j’ai lu dans Le Monde ce dont vous parlez, ainsi que la perspective de 200 millions d’euros d’investissement. Comme j’ai appris dans Le Figaro que le Premier ministre venait à Saint-Jean.

Estimez-vous que l’on n’a pas tenu compte des élus locaux ?

Je ne peux pas en dire plus, mais les élus locaux n’ont même pas été invités à la rencontre avec Trimet organisée le mois dernier.

Une rencontre organisée par l’Etat ?

J’imagine par le ministère du redressement productif. On s’est d’ailleurs fendu d’un courrier au ministère avec Yves Durbet (président de la communauté de communes du cœur de Maurienne) et Christian Rochette (président du syndicat du Pays de Maurienne) pour leur dire que les élus locaux n’étaient pas que des faire valoir et qu’on trouvait inadmissible de ne pas avoir été invités. On aurait au moins pu convier le maire de la commune pour dire aux investisseurs : bienvenue chez nous, voilà qui sont vos contacts sur place. Au lieu de cela, ils nous ont ignoré superbement. Mais bon, tout ça, on s’en fiche, seule la reprise compte.

Dans cette affaire, le rôle de l’Etat a été central.

Oui, les négociations ont eu lieu au plus haut niveau, depuis des années. La solution que l’on a aujourd’hui, avec EDF partie prenante, avait déjà été proposée par Eric Besson il y a un an et demi, quand Rio Tinto disait que l’usine n’était pas à vendre. Ensuite, ils ont été tellement surpris de l’accord trouvé avec l’EDF sur la fourniture d’électricité qu’ils ont dit : finalement, ça ne rapporte pas assez, donc on est prêt à trouver un repreneur.

Et là, EDF se retrouve associée dans un rôle d’entrepreneur.

Cela me plait beaucoup car c’est le rôle de l’Etat de mettre en place des filières industrielles. EDF devient le bras armé de l’Etat pour la filière aluminium. J’avais même dit que j’étais pour la nationalisation temporaire en cas de fermeture du site. Je considère qu’il est du devoir de l’Etat, comme il l’a fait par exemple pour les chantiers navals, d’assurer la pérennité et le développement de secteurs industriels dans notre pays. Car je pense qu’il y a un avenir pour l’industrie en France.

Y compris pour une industrie subventionnée ?

Dans la compétition, chacune a ses armes. Nous, on a la chance d’avoir le nucléaire, et on en est à sauver des filières, des emplois et des familles. Donc tous les moyens sont bons et il est bien que l’Etat joue un rôle dans le monde économique.

En l’occurrence avec EDF qui fournit de l’électricité.

Je préfère ce genre d’interventions dans le productif que quand on agit dans d’autres domaines... On ne peut pas se passer d’aluminium, un métal stratégique. On ne peut pas être le pays qui a inventé tout ça, avec aujourd’hui toujours les cuves les plus modernes, et importer 60 à 70 % de notre aluminium. Ce n’est pas tenable. D’autant qu’ici, on a un produit très compétitif avec le fil d’aluminium qui a des débouchés. Donc il faut augmenter les tonnages très rapidement pour que cette usine décolle.

Bref, vous trouvez que l’Etat a su jouer son rôle dans cette histoire.

Et de façon intelligente, avec ce bras armé qui soutient l’industrie.

Quelle est l’ambiance à Saint-jean ?

Un grand soulagement, avec non pas de l’euphorie mais une vraie joie.

L’angoisse était très forte ?

On observait une espèce de pudeur, on n’en parlait pas trop, mais on sentait cette épée de Damoclès. Aujourd’hui, la parole se libère, enfin, et les gens font part de leur très grande satisfaction. On n’avait jamais envisagé l’avenir sans notre usine, mais cette décision est une vraie bouffée d’oxygène.

D’autant que vous avez donc vécu cela de loin sans être informé…

Non, je ne regardais pas ça de loin mais de très près, avec les syndicats et la direction de l’usine. Jean-Marc Ayrault a d’ailleurs souligné qu’il y avait un point fort de ce dossier avec le front uni des élus locaux. On l’avait montré l’année dernière quand les six maires de la communauté de communes s’étaient symboliquement accrochés au clocher en disant : notre avenir ne tient qu’à un fil. Alors certes, on n’a pas eu de communication sur la dernière phase de négociation, mais ce n’est pas un soucis.

Aujourd’hui, vous êtes donc complètement rassurés et n’avez plus aucune crainte ?

Oui, là, on ne va plus que vers du bon, même s’il faudra bien sûr suivre ce qui se passera dans les semaines et les mois qui viennent.

Propos recueillis par Brice Perrier

 

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