Accusant Jean-Luc Rigaut de ne pas être à la hauteur de sa mission, case Lionel Tardy a lancé sa campagne pour la mairie d'Annecy en tenue d'homme-grenouille. Interview du député qui n'hésite pas à se mouiller.

Généralement, un candidat à une élection dira que ce qui importe, c’est les idées, le projet, et qu’il faut mettre au second plan les questions de personne. Mais ce n’est pas la méthode qu’a choisie Lionel Tardy en se lançant près de deux ans avant l’échéance dans la course à la mairie d’Annecy. Le député - réélu largement en juin dernier - se livre en effet depuis quelque temps à une attaque en règle contre le maire Jean-Luc Rigaut, mettant lourdement en cause son mode de gestion et sa personnalité. Cela s’est traduit au mois d’août par une opération-nettoyage du lac d’Annecy où il a revêtu sa tenue d’homme-grenouille pour aller ramasser des kilos d’aluminium et de plastique provenant du feu d’artifice de la fête du lac. Une pollution que la Mairie ne traiterait pas correctement, mais surtout une opération médiatique dans laquelle le député laisse tout simplement entendre que le maire prend les Anneciens pour des connards (voir son blog).

Dans La Voix, Lionel Tardy reste poli mais il charge la barque de Jean-Luc Rigaut qu’il accuse de vivre reclus dans le château que serait devenu sa mairie, totalement déconnecté de la population.  Et le maire actuel n’est pas le seul à se retrouver stigmatisé. Bernard Accoyer a lui aussi droit aux attaques de celui qui se positionne comme le représentant des Anneciens délaissés par des élus s’adonnant à des pratiques partisanes d’un autre âge. Accusant le duo Accoyer-Rigaut d’avoir géré l’agglomération d’Annecy depuis cinq ans sans jamais lui demander son avis, le député Tardy, bien que toujours UMP, annonce ainsi à son parti qu’il est prêt à faire sans lui pour passer du Parlement à l’Hôtel de ville d’Annecy en 2014.

Lionel Tardy, vous voilà donc en campagne pour prendre la mairie d’Annecy.

Oui, c’est parti. Cet été, j’ai fait le tour des quartiers pour parler aux Anneciens et cela a confirmé le désenchantement que j’avais déjà ressenti vis à vis du maire Jean-Luc Rigaut. C’est vraiment une question de personne, des problèmes relevant de la personnalité du maire. On considère qu’il n’est pas assez présent, qu’il est trop froid et qu’il ne reçoit jamais personne, comme s’il restait dans son château. Quand il y a une inauguration, il vient dix minutes et tourne les talons. Il ne donne pas de rendez-vous individuel, donc les Anneciens en sont réduits à venir voir leur député. C’est quand même dingue. Et puis la mairie ne connaît même pas les dossiers locaux, les problèmes de quartier. C’est une situation que je ne retrouve dans aucune autre commune de ma circonscription.

Vous vous étiez présenté pour être député en 2007 en disant que vous seriez un élu national, et donc pas vraiment impliqué dans les problématiques locales. Seriez-vous aujourd’hui rattrapé par ce local ?

C’est ça. Un député est là pour bosser à Paris, mais on a quand même une permanence où les gens nous interpellent sur les problématiques nationales et locales. Normalement, cela concerne essentiellement les questions de déplacement, de logement et d’emplois, qui sont les domaines dans lesquels un député peut intervenir. Mais on me soumet des questions touchant à des sujets qui ne sont pas du ressort du député, car ils ne sont pas traités par la mairie. Il peut s’agir d’incivilités, d’insécurité ou de problèmes de voisinages.

Les Anneciens viennent vous voir, mais vous déplorez en revanche que les responsables de l’agglomération vous ignorent. Pourquoi cela ?

En 2007, j’avais dit que si je ne souhaitais pas trop m’impliquer ici car je n’avais pas de mandat local, j’avais néanmoins l’intention de participer un peu. J’ai donc reçu les comptes-rendus de chacun des conseils municipaux de ma circonscription, mais jamais celui d’Annecy. On m’a tenu à l’écart de ce qui se faisait sur la ville et à l’agglomération. J’en ai parlé une fois à Jean-Luc Rigaut et Bernard Accoyer en leur disant : « Attendez les gars, vous réglez tout en catimini ! Si vous avez oublié qu’il y a un député à Annecy, vous allez bientôt vous en rendre compte. » Il y a une crispation à Annecy où ils ne se sont pas remis de mon élection. Je suis blacklisté, alors à un moment donné, il faut dire stop ! Et ne pas s’interdire d’y aller.

Lors des dernières municipales, il y a eu un affrontement UMP/centristes avec Pierre Hérisson qui s’est présenté contre Jean-Luc Rigaut. Et le candidat de l’UMP a reçu une correction…

Il est surtout parti trop tard, trois mois avant l’élection. On m’avait dit d’y aller, on voulait que je sois tête de liste, mais j’avais refusé et juste pris la dernière place. On a donc mis Hérisson en sachant qu’on nous ferait la totale, avec d’abord l’accusation de bétonnage du lac. Et puis Rigaut a réussi un bon coup avec sa liste arc-en-ciel, mais ce genre de truc, ça ne marche qu’une fois, comme avec Sarkozy. Là, je peux vous dire que le maire n’aura personne de l’UMP ou des Verts, ni d’ailleurs des quartiers populaires. Son réservoir de voix n’aura rien à voir. Même des anciens Bossonistes ne sont plus là ou ne se réfèrent plus à lui.

Vous auriez donc un boulevard devant vous ?

Non, je ne dis pas ça. Je me prépare plutôt à une campagne comme celle que j’ai faite contre Bosson en 2007, et ça passera. A l’époque, j’avais distribué 50 000 tracts de la main à la main, et là je vais faire pareil. Je vais aussi lancer un questionnaire portant notamment sur la circulation, les crèches et les infrastructures. On va le distribuer à tous les Anneciens. Dans six mois, on verra les résultats et on s’en servira pour élaborer un projet. J’ai le temps et vu que je suis maintenant dans l’opposition à Paris, je pourrais être tout le temps sur Annecy auprès des gens en faisant du terrain à fond. Rigaut ne pourra pas s’aligner là-dessus. En 2008, il a élaboré sa ligne politique sans consulter personne, mais moi je vais proposer à tous ceux qui veulent s’investir de venir. Je veux faire une liste de professionnels, pas de politiques. L’adjoint aux finances, il devra avoir déjà géré un budget. Celui qui s’occupera du bâtiment, il devra connaître le secteur. Je veux des gens qui viennent de l’entreprise. Je préfère ça qu’une liste arc-en-ciel avec des politiques, des présidents d’association, et en fait le réseau du maire. Avec surtout des élus qui ne servent à rien car tout se décide actuellement dans le cabinet de Rigaut. Il faut donc rendre le pouvoir aux élus municipaux.

Aujourd’hui, l’UMP n’encourage pas votre candidature. On a cru comprendre que ses responsables locaux voudraient tourner la page de 2008 et s’unir avec Jean-Luc Rigaut et les centristes.

Je n’ai rien contre les centristes et je leur ai d’ailleurs dit : trouvez-en un autre et on fait une liste commune. Après, ce n’est pas grave si l’UMP n’approuve pas ma candidature, car il ne faut pas y aller avec l’étiquette UMP. Ce n’est pas une élection nationale, on élit avant tout une personne, et on ne va pas refaire le sketch de 2008 où on ne sait pas ce qu’on veut, où on tergiverse. Alors Accoyer peut bien dire ce qu’il veut, car pendant cinq ans, on n’a pas associé le député aux problèmes anneciens. Il y a vraiment eu des disfonctionnements. Pour le dossier du centre des congrès de l’Impérial, je n’ai même pas eu le dossier de presse. Pour le projet Annecy 2030, je n’ai pas été invité et n’ai pas reçu le document présentant leur vision du futur de l’agglo. Sur un truc pareil, on devrait pourtant être associé, et il n’y a qu’à Annecy qu’on voit ça. L’idéal républicain ne fonctionne pas ici car on ne consulte pas le député, et c’est dû à un choix du maire.

Vous vous lancez décidément dans une campagne très agressive…

Oui, et je vais continuer à être agressif jusqu’à la fin de l’année. On va avancer nos pions, se positionner avec nos soutiens, et une fois qu’on aura les retours du questionnaire, on rentrera en phase projet. D’ici là, tous les disfonctionnements, on va les dénoncer. A chaque fois que le maire fera une connerie, je le dirai. Et il y en a plein, j’en garde d’ailleurs en réserve.

Pour l’heure, vous ne lâchez pas l’affaire sur l’histoire des résidus de la fête du lac.

S’il y a un problème de pollution, on doit le dire en tant qu’élu comme on doit dénoncer tout manquement aux règles environnementales. Et ce n’est pas en deux heures avec dix-huit plongeurs que Rigaut peut faire le tour de la baie d’Albigny. On va donc y retourner, du moins si on nous le permet car la mairie a fait pression sur le club de plongée pour qu’on arrête. Il y a pourtant forcément plein de trucs qui restent dans l’eau. Pas seulement des déchets de cette année d’ailleurs, et au-delà de la baie d’Albigny. On va se faire un plaisir d’aller voir ça et de le ramasser.

Du coup, vous lancez votre campagne sur une problématique écologique.

Oui, et ce que je fais sur la fête du lac servira en 2014. D’autant que moi, on ne m’a encore jamais fait passer pour un bétonneur, et on aurait du mal. J’ai été opposé au projet de centre des congrès de l’Impérial, j’ai tout fait pour que les permis d’exploration des gaz de schiste en Haute-Savoie ne soient pas accordés, j’ai voté à l’Assemblée contre les OGM. Donc au niveau environnemental, je suis blindé.

Vous venez de dénoncer le fait qu’on refuse votre inscription sur les listes électorales à Annecy. Cherchez-vous là aussi à susciter de la polémique ?

C’est pour rigoler, car de toute façon j’ai le droit de me présenter même sans être inscrit à Annecy. En tant que député, je peux me présenter où je veux.

Mais là, vous revendiquez l’adresse de votre permanence électorale alors que vous n’y habitez pas.

Non, mais ce n’est pas le problème. Je paye un loyer et ça suffit. Et puis quand on m’accuse d’être parachuté, c’est très drôle. Je suis né en Haute-Savoie, j’ai habité rue Lionel Terray et j’ai fait mes études à Annecy. Donc si on commence à me demander mon brevet d’Annecien, beaucoup ont du souci à faire. Je les attends vraiment sur ce thème, parce qu’entre Rigaut et moi, lequel est le plus parachuté ? J’ai prouvé que j’étais un homme du sérail, avec des réseaux sur Annecy.

Avez-vous déjà des soutiens chez les élus anneciens ?

Oui, car là aussi j’ai constaté un vrai désenchantement. Et des élus sont prêts à me suivre.

Même si l’UMP ne suit pas ?

Oui, comme en 2007 où des membres de UMP sont allés sur la liste de Rigaut.

Reste que Bernard Accoyer voudrait une liste commune…

C’est parce qu’il veut aller aux régionales et faire là aussi une liste commune. Mais ce qu’Accoyer veut faire, on s’en fout ! Moi, j’étais prêt à plein de choses, à laisser Rigaut à Annecy et Accoyer à l’agglo, quitte à être un sous-fifre. Mais un élu libre, si on veut le cadrer un peu, il faut savoir l’apprivoiser en le mettant dans la boucle sur les dossiers locaux. Sauf qu’au rythme d’une réunion tous les deux ans avec les ténors anneciens, c’est bon, j’ai compris. Et je ne suis pas de la génération d’Accoyer qui attend toujours le dernier moment pour lancer une campagne. On l’a encore vu cette année pour les législatives là où il n’y avait pas de sortant. Les candidats ont été désignés un mois avant l’élection. En 2007, quand j’ai été voir les pontes de l’UMP pour leur dire que je voulais me lancer, on me disait : attend la présidentielle. Là, c’est pareil, si je les écoutais, je devrais attendre. Mais si je fais ça, c’est mort. La campagne, c’est maintenant qu’elle démarre. Alors s’il n’y a pas d’accord de liste au 1er janvier, je ferai sans eux, car les campagnes à l’ancienne démarrant trois mois avant l’élection, il n’y a rien de tel pour se prendre une tôle avec un maire qui verrouille tout.

Vous êtes donc prêts à y aller quitte à vous retrouver face à une liste soutenue par l’UMP ?

Si on n’arrive pas à trouver une solution, il peut y avoir deux listes, mais ça ne me pose aucun problème. Je m’adresse aux Anneciens, pas aux partis politiques.

Entretien : Brice Perrier

 

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