En Maurienne, Régis Moulard représente la Gauche de combat qui regroupe le NPA et les Alternatifs. Cela n'empêche pas ce candidat de défendre une région Savoie.
A quelques jours du premier tour des élections législatives, La Voix s'arrête cette fois-ci en Maurienne pour rencontrer Régis Moulard, le seul candidat des Alternatifs en pays de Savoie. Allié avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), ce petit mouvement politique de la gauche radicale est peu connu des Savoyards, si ce n'est via l'éphémère candidature de José Bové à l'élection présidentielle de 2007. Ce dernier avait alors obtenu 1,37 % des suffrages dans la 2e circonscription du 73. Défendant « une gauche de combat et une alternative au capitalisme », Régis Moulard espère lui aussi franchir la barre symbolique des 1 % le 10 juin prochain, là où le représentant du NPA à l'élection présidentielle – Philippe Poutou – a récolé il y a quelques semaines 1,34% des voix. Rencontre avec un candidat résolument à gauche ayant la particularité d’être favorable à l’instauration d’une région Savoie.
Contre le Lyon Turin, pour la Région Savoie
Retraité de l'éducation nationale, Régis Moulard a été conseiller municipal de Chambéry sous l'étiquette du Parti socialiste unifié (PSU) de 1977 à 1983, mais aussi plusieurs fois candidats aux élections législatives et cantonales en Savoie. Il est surtout depuis les années 1970 de toutes les luttes écolos et sociales savoyardes, notamment contre l'exploitation des mines d'uranium en Maurienne au début des années 1980, contre la construction de l'autoroute et de la ligne THT – toujours en Maurienne – dans les années 1990, contre projet de TGV Lyon-Turin depuis le début des années 2000. Régis Moulard défend aujourd'hui une transformation économique, sociale et écologique de la société qui va de paire, selon le candidat des Alternatifs, avec la création d'une région rassemblant les deux départements savoyards.
Régis Moulard, pourquoi avoir fait le choix en 73 de vous allier avec le NPA et non avec le Front de gauche ?
On ne souhaitaite pas travailler avec le Front de gauche car on a des divergences avec eux, notamment sur les questions d'aménagement du territoire. Avec le NPA, on se retrouve toujours sur la même position politique dans les luttes au quotidien : sur le Lyon-Turin, sur le nucléaire... Ce n'est pas le cas avec le Front de Gauche.
Quitte à ne faire que 1% des voix au lieu de 10%...
Avec le NPA, on est d'accord pour se définir à la fois comme anticapitaliste et autogestionnaire, avec peut-être des nuances entre les deux, mais nous sommes d'accord sur le fond. C'est ça l'important.
Mais par exemple, que proposez vous de différent par rapport au Front de gauche sur le dossier Rio Tinto à Saint-Jean-de-Maurienne ?
Sur la désindustrialisation, il faut sauver des emplois, mais toute industrie n'est pas forcément à maintenir à tout prix. S'il y a des activités industrielles, il faut qu'elles soient socialement utiles. L'aluminium est une production industrielle lourde nécessitant des équipements important, c'est aussi une industrie très gourmande en énergie. Mais il y a véritablement une utilisation dans les produits courant, cela signifie que ce n'est sûrement pas à éliminer. Il faut néanmoins rester attentif sur les questions environnementales.
Et pour l'avenir du site mauriennais ?
On pense qu'il est indispensable de faire en sorte que par la loi les travailleurs aient plus de pouvoir. Il faut exproprier les patrons et organiser une reconversion sous le contrôle des travailleurs. C'est ça l'autogestion.
Pour vous, il est donc encore possible de sauver l'industrie de l'aluminium en Maurienne ?
C'est tout à fait possible ! Il y a aussi des alternatives, plus axées sur les industries locales, en rapport avec la montagne. Là, tout est à inventer, on ne dit pas qu'on a la solution a priori. Ce qui est sûr par contre, c'est que les licenciements secs sont intolérables.
Au delà de l'industrie, l'activité touristique des sports d'hiver est importante en Maurienne. Est-ce qu'à l'instar d'Henri Morandini – candidat du Front de gauche en Tarentaise (voir notre interview) -, vous estimez nécessaire la mise en place d'un moratoire sur le développement des stations ?
Oui, car nous avons assez bétonné et industrialisé la montagne pour faire en sorte qu'elle soit complètement urbanisée. Il est indispensable d'envisager une activité de montagne permanente - été comme hiver - qui ne repose pas que sur le sport, sur la neige. Il y a beaucoup à faire là-dessus. Il faut un autre développement économique harmonieux, un développement socialement et écologiquement utile qui permet aux habitants de pouvoir vivre sur place.
Que faire alors ?
Il faut mener la réflexion avec les habitants qui sont concernés. Il faut faire en sorte que les montagnes, les vallées soient habitées, que les gens puissent y vivre... alors qu'ils sont aujourd'hui obliger de descendre des vallées pour venir en ville, à Chambéry par exemple.
Justement, si les gens partent n'est ce parce qu'il n'y pas de travail et de perspectives chez eux ?
Effectivement. Il y avait autrefois une forme d'autonomie de la montagne, il n’y avait pas besoin d'autant de produits, de biens de consommation, etc. On peut très sincèrement revenir à quelque chose de vivable et non pas faire de la Savoie une zone 100 % touristique. Ce n'est pas un débouché viable pour une économie de montagne. Il nous faut arriver à produire et à consommer sur place. Il faut utiliser le potentiel régional.
Par exemple ?
Le tourisme social est une activité importante à développer. C'est socialement plus utile que de créer des hôtels à 2000 m d'altitude pour que les riches viennent consommer la Savoie et la neige sans aucune retombée sur les populations locales. Tout est à construire. Aujourd'hui, la Savoie et les Savoyards sont considérés comme un parc d'attraction. Il faut arrêter ça, il faut une transformation sociale écologique de la montagne.
Cette transformation sociale écologique de la montagne ne passe-t-elle par une relocalisation du pouvoir de décision sur le territoire, notamment via la mise en place d'une Région Savoie ?
Il est évident que se retrouver dans une région Rhône-Alpes ne permet pas de prendre en compte les particularités de la Savoie, par exemple sur les questions agricoles, le développement de l'exploitation forestière, la préservation des paysages. Une autonomie politique et économique de la Savoie est tout à fait possible et envisageable, par exemple à travers une Région Savoie, en lien avec les autres régions transalpines.
Ce n'est pas une position habituelle au sein de la gauche radicale.
Aux Alternatifs, nous sommes plus régionaliste qu'hexagonaux.
Remettre ainsi en cause le centralisme républicain et l'Etat qui l'accompagne, cela ne vous fait pas peur ?
Non. Il faut une plus grande autonomie de la Savoie et faire en sorte que les Savoyards puissent vivre et travailler au pays. Quand on dit cela, c'est avoir un travail pour tous, mais aussi du temps pour vivre. Il faut aller vers les 32 heures et faire en sorte que la vie ne soit pas axée que sur le travail.
Défendre cette réduction du temps de travail sera votre premier geste de député si vous êtes élu le 10 juin prochain ?
Oui, mais pas seulement. Il faudra l'accompagner de mesures d'urgence : 1700 euros net pour tous les salariés et tous les revenus sociaux, revenir à 37,5 années de cotisation et à la retraite à 60 ans, interdire les licenciements, développer les services publics et ne pas payer les intérêts financiers de la dette de la France. Il faut aussi que les banques soient socialement utiles, qu'elles puissent apporter des financements à l'économie socialement utiles et qu'elles soient sous contrôle public.
L'un des axes fort de votre campagne, c'est aussi l'opposition au projet de TGV Lyon-Turin.
Avec le NPA, on y est opposé de longue date. Avec le lancement de l'enquête publique au début de l'année, on a réussi à mobiliser les populations, à faire comprendre les objectifs de ce projet, ses incidences écologiques et financières sur la Savoie, à démontrer son inutilité.
En quoi ce projet est-il inutile ?
Il s'agit de faire passer des quantités de marchandises entre la France et l'Italie du Nord, d’en faire transiter toujours plus de marchandises à travers les Alpes. C'est un objectif qui est typiquement celui d'une Europe libérale et capitaliste voulant accentuer les échanges marchands entre les peuples afin de favoriser le dumping social entre les pays. Faire circuler ainsi très librement les marchandises, cela permet de produire dans des pays où les conditions de travail n'ont rien à voir avec la France pour ensuite les rapatrier dans la région d'origine afin de les vendre avec un bénéfice supplémentaire.
Mais ce projet de Lyon-Turin ne peut-il pas permettre d'éradiquer les camions qui traversent quotidiennement la Maurienne ?
Aujourd'hui, ce trafic représente 20 millions de tonnes, dont 3 millions par le rail. Cela veut donc dire qu'on est bien loin de ce qui se passait il y a vingt ans – 35 millions de tonnes – et des orientations qui justifiaient le Lyon-Turin. Il s'agissait de faire passer 40 millions de tonnes de marchandises par an à travers les Alpes du Nord par le rail.
Mais que fait-on des 17 millions de tonnes transitant actuellement par la route ?
Soyons bien clair, il faut transférer les marchandises de la route au rail, en sachant que c'est possible avec les infrastructures ferroviaires actuelles. On peut faire passer 20 millions de tonnes de marchandises. Pour cela, il faut que la SNCF change de politique, car elle a aussi une flotte de camion qui va sur la route. D'ailleurs, il n'a jamais été question dans le projet initial de supprimer les camions sur les routes. L'objectif était seulement de maintenir les 25 millions de tonnes circulant par la route. Cela veut dire qu'avec le Lyon-Turin, il y aura toujours autant de camions sur les routes en Maurienne. En plus, une grande partie des camions relève du trafic régional.
Cela paraît surprenant tout de même...
Peut-être, mais c'est la réalité. Il y a seulement un quart des 6 000 camions journaliers qui est destiné au trafic international, c'est-à-dire qui doit traverser la frontière franco-italienne. On est loin du compte des prévisions des promoteurs du Lyon-Turin. Ce projet est donc à la fois coûteux, inutile et écologiquement inutile, car il y aura quand même 150 km de tunnel. Pour les construire, il y aura des chantiers en Maurienne pendant dix ou quinze ans. Il faudra extraire aussi des roches dont une partie est radioactive, d'autres contenants de l'amiante. Il faudra les traiter, puis les stocker et les réutiliser... tandis que dans le même temps des zones naturelles et agricoles vont être détruites par ce chantier, puis par la ligne nouvelle.
Malgré toutes les critiques que vous adressez, l'opposition au projet est très faible, pour ne pas dire quasi inexistante en Maurienne.
Il y a quand même des opposants. Il y a par exemple des agriculteurs qui ne veulent pas voir leurs terres agricoles détruites. 150 km de tunnel quasi-continu, cela signifie que les territoires ne sont plus traversés, qu'il n'y a plus de gare. Cela veut dire concrètement que le train ne fera que passer et qu'il ne rendra aucun service aux habitants. On n’aura que les contraintes.
Que proposez-vous ?
Il faut plutôt développer la desserte locale emprunté quotidiennement par les Savoyards. Cela veut dire qu'il faut y mettre les moyens. Actuellement, les TER sont gênés dans leur circulation à cause des voies uniques, le cadencement est mauvais aussi. C'est là qu'il faudrait mettre l'argent du Lyon-Turin en priorité.
Mais selon Alain Caraco, candidat Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) dans la 1er circonscription du 73 (voir notre interview), on ne peut pas améliorer la desserte régionale sans le Lyon-Turin.
C'est n'importe quoi ! Comme je viens de l'expliquer, c'est tout l'inverse. C'est une décision politique à prendre, on peut tout à faire le choix de favoriser les transports socialement et écologiquement utiles. C'est cela aussi une transformation écologique de l'économie.
Et cela ressemblerait à quoi concrètement une transformation écologique de l'économie ?
Cela passe par exemple par une transition énergétique. Il faut un pôle énergétique en France, à minima au niveau régional, afin de permettre d'assurer à la population l'énergie nécessaire au fonctionnement de la société, tout en ayant le moins possible recours aux énergies extérieures. Il faut également sortir le plus rapidement possible de la dépendance du nucléaire. On propose de le faire en cinq ans.
C'est possible ça ?
Il vaut mieux sortir du nucléaire en cinq ans plutôt que de prendre le risque de sortir en urgence en cas de catastrophe comme vient de le faire le Japon. C'est donc une priorité de fermer immédiatement la centrale nucléaire du Bugey, comme toutes celles qui ont atteint les 30 ans d'âge. Ensuite, il faut isoler les bâtiments, supprimer une bonne partie des 7 millions de foyers qui sont équipés de chauffage électrique et développer les énergies renouvelables. De tels scénarios existent et sont applicables dès aujourd'hui.
Entretien : Mikaël Chambru


Commentaires
les savoyards ont été colonisés et bétonnés.
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/rhone-alpes/themes/syntheses/lettre_analyses/01101/img/01101_RA_densite.gif
http://www.contribuables.org/wp-content/uploads/2008/03/monographie14_le_cout_reel_de_limmigration.pdf
"Digère l' hostie et tu seras délivré" Stirner
a condicion qu'i vriyisse dens lo bon sens/ à condition que ça tourne (l'évolution) dans le bon sens;
per jô i ressemblerèt a cen : l'ecologia poletëca/pour moi ça ressemblerait à ça : l'écologie politique;
http://jeanzin.fr/public/pdf/alterecolo.pdf
Pour certain il est trop tard...
pour certain c est dur
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