Dans la nouvelle circonscription dévolue à Chambéry, Bernadette Laclais devrait devenir députée. Mais avant de siéger à Paris, elle prêche dans La Voix pour le Lyon-Turin.
Elle est une des rares femmes en France à être maire d’une ville d'une taille conséquente. Du coup, vu qu’elle est aussi socialiste, on a parlé d’elle comme de l’une de celles qui seraient susceptibles de rejoindre le gouvernement Hollande, parité oblige. Bon, le nouveau président a finalement fait sans Bernadette Laclais, mais celle-ci a quand même de très bonnes chances de se retrouver bientôt à Paris. Non pas comme ministre mais comme députée d’une toute nouvelle circonscription, la 4e du 73. Elle rassemble aujourd’hui toute une ville de Chambéry jusqu’alors divisée entre ceux qui votaient avec les Aixois et ceux qui joignaient leur bulletin au vote mauriennais. Alors un mois après que François Hollande a rassemblé une large majorité dans la capitale savoyarde et avec une circonscription faite presque juste pour sa ville, toutes les conditions sont réunies pour que la troisième tentative de rejoindre le palais Bourbon soit la bonne pour Bernadette Laclais.
Prêcheuse du Lyon-Turin
Dans la dernière semaine de cette campagne législative, La Voix est donc allé demander au maire de Chambéry si elle pensait que son heure était venue de devenir députée. Et la discussion a vite tourné sur un sujet qui revient de plus en plus sur la table, le Lyon-Turin. C’est qu’a l’instar de son mentor Louis Besson, Bernadette Laclais est une farouche partisane de ce projet ferroviaire qui suscite aujourd’hui nombres d’interrogations quant à sa faisabilité et son utilité. Un sujet qui est devenu un point de discorde entre les socialistes et leurs alliés écologistes, notamment au sein d’une région Rhône-Alpes où Bernadette Laclais est la 1ère vice-présidente, déléguée au transport. Une situation incompréhensible pour elle qui a fait de la défense du Lyon-Turin une sorte de profession de foi écologiste. Voici donc en prêcheuse de ce grand projet ferroviaire celle que l’on a pu imaginée en ministre des Transports.
Bernadette Laclais, c’est la troisième fois que vous vous présentez à des législatives. Pensez-vous que cette fois sera la bonne avec cette nouvelle circonscription qui couvre toute la ville de Chambéry ?
Il y a effectivement cette donnée nouvelle, et c’est un point positif. C’est la première fois que cela arrive depuis bien longtemps. Mais je ne suis pas candidate en me disant : cette fois c’est la bonne. Je le suis pour porter des valeurs et un projet. Alors si on est élu, tant mieux, mais sinon on recommence. Car on n’est pas candidat pour soi. Même si on n’est pas élu, on a porté des idées. Et ce n’est pas parce qu’on a perdu qu’il ne faut pas recommencer la fois d’après.
Si vous êtes élue, vous serez à la fois être maire et députée. Est-ce vraiment compatible ?
Il y a beaucoup de députés-maires et je ne serais pas la seule. La loi permet d’avoir deux mandats, donc si je suis élue je quitterai, comme je l’ai annoncé, le Conseil régional et je serai dans le respect des textes d’aujourd’hui.
Mais ne faudrait-il pas aller au-delà des textes et mettre en pratique le principe un homme, ou en l’occurrence une femme, un mandat ? La tendance n’est-elle d’ailleurs pas d’aller vers un mandat unique auquel on se consacrerait à 100 % ?
Je ne suis pas sûre que les électeurs n’apprécient pas qu’on cumule plusieurs mandats, mais si les choses évoluaient dans ce sens, on aviserait à ce moment là. Ce que je retiens aujourd’hui, c’est qu’on m’a largement fait confiance aux dernières municipales alors que j’étais élue à la région.
Vous souhaitez donner au nouveau président Hollande les moyens législatifs de mettre en œuvre le changement. Mais espérez-vous une majorité absolue du PS à l’Assemblée ou bien une majorité qui se devrait d’être plurielle en rassemblant différents partenaires ?
Ce terme de majorité plurielle est relativement ancien… Ce qui est sûr, c’est qu’on a un accord électoral et programmatique avec Europe Ecologie Les Verts, avec qui on travaille déjà. Après, la majorité se fera peut-être avec différents partenaires, mais l’idée est quand même d’avoir une majorité PS la plus large possible.
C’est que ça serait plus simple de ne pas avoir besoin du vote écologiste...
L’accord électoral que nous avons avec eux devrait leur permettre d’avoir une forte représentation. Mais le principe même de la majorité, c’est de l’obtenir et d’être majoritaire tout seul, même si cela n’exclue pas d’avoir des partenaires. C’est ce qui permet d’avoir la marge de manœuvre suffisante pour mettre en œuvre son programme.
Le PS a accordé aux écologistes un grand nombre de circonscriptions en raison des résultats électoraux qu’ils ont pu avoir ces dernières années, mais ils n’ont pas pesé grand-chose à la présidentielle. Après coup, regrettez-vous cet accord ?
Il ne faut pas se tromper. Les élections nationales ne sont pas très favorables aux idées écologistes, et même les écolos le disent. D’où l’accord sur les législatives. Reste que le score d’Eva Joly n’est pas représentatif du vote écologiste, on le voit bien aux élections intermédiaires avec des résultats très différents. Ce serait une erreur de considérer le score d’Eva Joly comme une référence, de même que les régionales représentent aussi un contexte particulier. Et puis les écologistes sont des gens avec qui nous travaillons, alors je ne remets pas du tout en cause les conditions de l’accord qui va leur permettre d’avoir une représentation à l’Assemblée nationale. Je soutiens donc Alain Caraco dans la 1ère circonscription et je le suis dans sa campagne sur les transports, notamment le Lyon-Turin.
Sur ce sujet, il n’est pas représentatif d’Europe Ecologie car il défend le Lyon-Turin, ce qui n’est plus le cas d’un grand nombre de militants et surtout du groupe d’élus qui siège à la région Rhône-Alpes.
C’est un sujet un peu complexe, car j’ai constaté que, chez Europe Ecologie, ceux qui connaissent le réseau ferroviaire en Savoie sont favorables au Lyon-Turin, y compris à son volet voyageur. C’est qu’on a un grand problème avec 43 km de voie unique entre Saint-Andre-le-Gaz et Chambéry. Alain Caraco partage cette analyse, mais les élus écologistes de Savoie ont une vision qui n’est pas celles de ceux qui connaissent les difficultés du réseau ferroviaire.
En gros, Alain Caraco (voir notre interview) nous a dit qu’il fallait faire le Lyon-Turin pour qu’il y ait des TER en Savoie. Mais est-ce qu’il faut nécessairement un chantier international coûtant des dizaines de milliards pour arriver à avoir des TER dans nos vallées ?
C’est sûr que pour ça, il n’y a pas besoin d’un terminal pour l’Italie. Mais le projet prévu dans l’enquête d’utilité publique prévoit bien un itinéraire destiné aux marchandises qui a besoin d’un double tunnel, et de l’autre côté un volet voyageur.
Ce projet dépasse largement le sujet des TER savoyards, car il est d’abord international. Est-ce forcément lié ?
Oui, dans la mesure où le projet a toujours été celui-ci, avec deux dimensions marchandises et voyageurs. Et aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi des élus régionaux s’opposeraient à la desserte des deux départements.
Il y en a des raisons de s’interroger sur le Lyon-Turin, et peut-être d’abord parce que ce projet apparaît par les temps qui courent comme pharaonique et infinançable…
Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est qu’on puisse se satisfaire de la situation. Même si l’on me dit que le trafic n’a pas augmenté autant qu’on le dit.
Ça fait un moment que le trafic n’augmente plus…
Peut-être, mais vous parlez d’un projet pharaonique, et moi je vous parle de report modal.
D’autres parlent aussi beaucoup de développer le report modal sur la ligne actuellement sous-utilisée qui passe par le mont Cenis.
Adapter la ligne historique, c’est l’analyse des opposants. Ils croient pouvoir tout faire à l’air libre. Moi, je pense que l’avenir est à des voies en partie couvertes.
Mais au niveau de l’argent, comment ça se passe ?
Ça fait l’objet d’une discussion concernant un plan de relance européen essentiel pour les infrastructures européennes. Il faut essayer d’avoir le maximum. N’oublions pas qu’on a eu à vivre cette année un accident qui a coûté la vie à cinq personnes. Cela traduit un trafic trop important. Alors pourquoi essayer de remettre en cause un projet qu’on défend depuis vingt ans et qui a fait un consensus ? D’ailleurs, l’opposition est plus extérieure que savoyarde. La vallée de la Maurienne n’est pas défavorable au Lyon-Turin.
Il y a des éléments qui ont changé depuis les origines du projet. Là, vous parlez d’un accident bien sûr terrible, mais les chiffres du trafic routier ne sont pas du tout ceux prévu il y a vingt ans quand on annonçait qu’il y aurait deux fois plus de camions. Certains constatent au contraire aujourd’hui que le trafic a plutôt stagné.
Le trafic n’est pas stable depuis vingt ans, mais c’est vrai qu’il y a eu la crise économique. Alors peut-on dire sur la base des chiffres que certains avancent qu’il y a eu stagnation ? Je ne sais pas. Mais quand bien même ça aurait stagné, reste pour la population le risque concernant la santé et l’environnement. Cela justifie une infrastructure dédiée.
En tout cas, c’en est fini du consensus.
Il y a un consensus avec la droite sur la desserte voyageur. Et il n’y a pas de projet où il ne faille se battre au niveau des Etats, alors si à chaque fois qu’il y a une difficulté on arrête… Il faut aller de l’avant. Nous savons très bien que nous sommes dans une période difficile pour le financement, mais on ne peut pas avoir voté le texte du Grenelle et refuser ça. D’autant que l’Europe a repéré le Lyon-Turin comme le maillon manquant et a confirmé qu’il fallait le faire. La question qui est posée au niveau européen, c’est le pourcentage du financement. Alors il faut discuter, mobiliser.
C’est quand même étonnant qu’on ne sache toujours pas comment pourrait être financé ce grand chantier dont on nous parle depuis vingt ans.
Aujourd’hui, il y a un accord France-Italie avec des engagements économiques. C’est déjà pas mal. Sauf qu’il y a beaucoup de méconnaissance et de sottise. On ignore qu’il y a eu cet accord le 30 janvier entre la France et l’Italie. Et hier, nous étions à la région avec toutes les régions de France qui travaillent là-dessus. Je peux vous dire qu’elles attendent le Lyon-Turin.
Dans le Val de Suze, où on est particulièrement concerné par le projet, il y a une opposition très forte comme on l’a vu l’année dernière aux abords du chantier.
C’est une majorité de groupes extrêmes qui sont contre le Lyon-Turin, une grande minorité pour le gouvernement italien.
Dans le Val de Suze, l’opposition n’était pas le fait de groupes extrêmes mais de l’ensemble de la population.
Il y a là-bas des élus qui ont exprimé leur soutien depuis que le projet a été modifié. Et s’il peut toujours y avoir des oppositions ponctuelles, la majorité des partis se sont prononcés pour le Lyon-Turin. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contestations légitimes.
Une des contestations du projet les plus courantes repose sur ce fait que les données ont changé depuis vingt ans, notamment en raison de l’avance prise par la Suisse avec ses tunnels et sa politique ferroviaire. Cela a impacté la répartition du trafic nord-sud et remettrait en cause l’utilité du Lyon-Turin.
Je ne suis pas d’accord. L’évolution climatique comme les accidents qui ont eu lieu doivent nous inviter à être aussi ambitieux que la Suisse pour avoir un nouveau système de transport qui soit moins polluant et qui préserve la vie humaine. Comment des gens qui se revendiquent des mouvements écologistes peuvent-ils contester cela ? Je suis pour une ambition du ferroviaire, comme la Suisse a su le faire.
En insistant sur les accidents ou sur les effets de la pollution, vous vous appuyez davantage sur l’émotion que sur la réalité des chiffres du trafic.
On sait qu’un certain nombre d’accidents surviennent en fonction des risques du trafic. Et aucun scientifique n’a pu remettre en cause l’impact de la pollution sur les Alpes.
La pollution est d’abord et très largement émise par les voitures.
Et alors ? Est-ce qu’il faudrait dire pour autant que le trafic routier n’a pas d’impact ? Ce n’est pas comme ça qu’on va régler le problème. Mais il y a quand même des gens qui se battent depuis vingt ans à tous les niveaux dans tous les pays, et il n’est pas raisonnable de penser qu’il faudrait abandonner ce projet parce que le trafic augmente un peu moins que prévu. J’aimerais qu’on ait la même ambition que nos voisins suisses.
Il aurait fallu que vous soyez ministre des Transports ! Il a d’ailleurs couru le bruit que vous pourriez entrer au gouvernement à ce poste, Thierry Repentin étant lui attendu par la rumeur chambérienne au ministère du Logement. Mais au final, il n’y a pas eu de Chambérien au gouvernement.
Je n’ai jamais sollicité ni été sollicitée pour quoi que ce soit. Il y a beaucoup de rumeurs, mais ce n’est pas du tout d’actualité. On a parlé de Thierry Repentin car il a beaucoup participé à la campagne, mais mon nom n’a pas vraiment été évoqué et je n’en suis pas plus ennuyée. Mais c’est gentil de me dire ça.
Vous n’êtes donc pas au gouvernement, mais vous souhaitez rejoindre l’Assemblée. Quelle sera votre priorité pour ce mandat de député ?
La question de l’emploi, et derrière le redressement économique et la ré-industrialisation du pays. Notre territoire est fortement touché. Il y a une mobilisation autour de Camiva ou de Rio Tinto. Il faut aider à maintenir ces industries sur le territoire savoyard.
Ça sera votre cheval de bataille ?
Oui, car c’est la préoccupation n°1 des Français.
Mais vous n’allez pas forcer Camiva à rester…
Non, mais il y a des choses dans la décision de Camiva qui nous interrogent. Il ne s’agit pas de difficultés de production mais d’un transfert vers un autre site. Il y a donc moyen de discuter avec la direction. Elle propose d’aller ailleurs, mais on ne peut pas dire ça à des gens qui travaillent ici depuis quarante ans. Ce n’est pas qu’une question de choix. Et je me réjouis d’avoir un ministre dédié à ça.
Encore faut-il qu’il ait des résultats et lui-même a dit qu’il y aura beaucoup d’échecs.
Il faut toujours espérer pour entreprendre et ce n’est pas parce que le chemin est difficile qu’il ne faut pas le prendre.
Le chemin est aussi difficile pour l’environnement en ce moment, mais avec le niveau atteint par la crise, l’écologie semble être devenue le cadet des soucis des responsables politiques.
Je ne pense pas. C’est un élément d’appréciation des politiques mais pas l’apanage d’un parti. Chez moi, c’est viscéral. Défendre le Lyon-Turin, c’est défendre l’environnement. Un plan ambitieux en matière de logement, c’est à la fois une dimension humaine et une dimension écologiste. Et quand je parle d’industrie, il y aussi des pistes industrielles et environnementales. Il y a une crise économique, sociale, financière, mais aussi environnementale. On a donc l’intention de mettre en œuvre un projet qui arrive à combiner tout ça.
Finissons avec à la question savoyarde à laquelle personne ne coupe ici, à savoir celle du rapprochement de nos deux départements. Quelle est votre position là-dessus ?
Ça dépend de ce que vous mettez dedans. Je ne suis pas certaine de l’utilité d’une nouvelle structure. Et si c’est une région Savoie, je suis pour ma part persuadée qu’il faut défendre l’identité savoyarde au sein de la région Rhône-Alpes. C’est là qu’est notre avenir, et j’y ai toujours défendu nos produits, notre histoire, notre économie spécifique, avec nos problèmes de transports dus à l’enclavement de la Savoie et de la Haute-Savoie. C’est au sein de Rhône-Alpes qu’il faut défendre ces positions, même si je suis pour un rapprochement avec la Haute-Savoie. Il n’y a d’ailleurs pas une semaine où je ne suis en contact avec mon collègue d’Annecy, et il n’y a pas besoin de structure pour cela.
Entretien : Antoine Foray


Commentaires
Pourquoi contester le TGV ? avec le trottoir Valence Chamonix, des banlieues HQE de kalachnikovistes, qq éoliennes, beaucoup de barrages, un ensemble harmonieux !
l'environnement.
Projet qu'on essaye d'imposer(par la repression)aux populations .
A travers les propos de Laclais le vrai visage des sociaux democrates: oportunistes .
Tav : No Passaran !
Resistance et Determination !
Solidarité internationale aux populations de Val Susa et a la lutte No Tav.
Citation en provenance du commentaire précédent de Aspelle :
Il y a là-bas des élus qui ont exprimé leur soutien depuis que le projet a été modifié. Et s’il peut toujours y avoir des oppositions ponctuelles, la majorité des partis se sont prononcés pour le Lyon-Turin. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contestations légitimes. " Elle rigole j'espere...
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