Philippe Deparis bat la campagne depuis des mois en rassembleur pour devenir le 1er député de la 6e circonscription de la Yaute. Entretien avant que La Place du village ne soit à l’Assemblée.
Dimanche dernier, il a fait partie de ces quelques deux millions d’électeurs qui se sont rendus aux urnes pour refuser de choisir entre Sarkozy et Hollande. Ceux qui ont peut-être finalement fait pencher la balance côté changement de président en votant blanc, en ce jour d’élection fait pour « donner la parole au peuple », comme le souligne Philippe Deparis. La parole, lui, il l’a beaucoup donnée, en tendant le micro à des milliers de Savoyards dans l’émission emblématique de 8 Mont-Blanc qu’il anime avec son frère Jean-Noël. Mais depuis quelques années, Philippe a lui aussi des choses à nous dire, et il est devenu un acteur politique de la Savoie. En s’impliquant dans le monde associatif et en participant à des élections, il trace un sentier citoyen (voir notre article) après fait un constat de blocage de la société. Et apporte comme solution un message humaniste porté par l’amour d’un territoire qu’il veut faire vivre.
En 2008, Philippe Deparis a fait un très un beau score aux cantonales : 30% au premier tour et 43% au deuxième, battu par le maire de Sallanches, Georges Morand. Il le retrouvera en juin aux législatives, mais dans une toute nouvelle circonscription, la 6e de la Yaute. Martial Saddier ayant choisi la 3e, il n’y a pas de sortant, mais toute une ribambelles de candidats dont une belle brochette de l’ex-majorité présidentielle. Maintenant, s’il y en a un qui ratisse le terrain, c’est bien Philippe, lui qui se dit aujourd’hui « en fin de campagne » après avoir depuis janvier multiplié les réunions publiques et les séances de tractage avec sa suppléante Angélique Périnet - qui faisait une apparition de centriste devant l'éternel dans notre feuilleton Miss paradis part en campagne. Encore un mois, et qui sait si de ce plateau garni de candidats ne va pas s’en extraire un, à la fois médiatique et tout à fait atypique, qui prône une union nationale et un nouveau rapport à notre territoire montagnard. Imaginez un peu, La Place du village à l’Assemblée. En attendant, voilà déjà dans La Voix un candidat qui veut réoxygéner la politique.

Philippe Deparis, vous voilà lancé dans une campagne de niveau national avec cette candidature aux élections législatives. Après votre première expérience aux cantonales, qu’est-ce qui vous fait franchir ce pas ?
C’est national, car il y a une destination parisienne à la clé si ça marche. Mais c’est d’abord une question de territoire. Ces trente-deux communes, je les connais par cœur, de même que leurs maires. Je suis celui qui connaît le mieux la circonscription et c’est pour ça que je pars. Il y a un enjeu national fort, mais j’ai la conviction qu’il faut un retour à des valeurs de proximité, d’écoute, des valeurs humanistes pour simplifier. C’est dans mon ADN, et c’est le cœur de notre projet.
Aux cantonales, vous vous présentiez en indépendant. Là, vous avez rejoint un parti.
Je suis encarté au Parti radical valoisien de Borloo, et ma suppléante est au Modem. Aux législatives, il faut être identifié. Je suis au centre, mais on devrait pouvoir traiter sans cliver des problèmes tels que l’immigration ou l’environnement. Il faut faire travailler les gens ensemble, et le centre est un point à partir duquel on peut élargir à droite et à gauche. J’ai voté Bayrou au premier tour car j’étais persuadé que ces valeurs avaient de l’avenir. Je crois vraiment que, dans la période difficile que nous allons traverser, il va falloir dépasser ces clivages. D’ailleurs, un Français sur trois seulement se situe aujourd’hui à droite ou à gauche.
On vient pourtant d’assister à une présidentielle bien clivante…
Beaucoup trop, alors que le Français moyen n’en veut plus de ce clivage. Si je suis élu à l’Assemblée, je choisirais le groupe centriste qui va forcément se créer. Peut-être aurons-nous des alliances de circonstance à droite ou à gauche, mais on sait que ce groupe va renaître et enfin fonctionner.
Pensez-vous qu’en tant élu au Parlement vous pourrez réellement contribuer à changer la donne dans le fonctionnement du politique ?
Je suis convaincu qu’un député peut changer la donne. Il n’y a que le politique pour nous sortir d’une situation qui va être extrêmement difficile. On en parle relativement peu, mais trouver 100 milliards d’économies sur un budget de 1 800 milliards, ça va être très dur. Et c’est ce genre d’économie qu’il va falloir faire, pas des 15 milliards comme à l’automne dernier. Les temps vont être tellement difficiles qu’on ne pourra pas éviter des mouvements sociaux violents en France. Il faudra trouver un consensus, une union nationale pour prendre des décisions sur trois ou quatre points.
Lesquels ?
D’abord la dette, en sachant bien qu’il s’agit soit d’augmenter les impôts soit de baisser les dépenses. Je suis favorable à une augmentation des impôts pour les très favorisés. Les grands groupes du CAC 40 qui font d’énormes bénéfices doivent être taxés d’avantage.
Faut-il se résoudre à payer éternellement cette dette qui va demander tant de sacrifices ?
Il faut la payer, on ne pourra jamais s’asseoir dessus. Sinon c’est le syndrome grec. Et puis la Grèce, c’est encore pas grand-chose, comme une région française, mais si c’est la France qui arrive à cette situation, on fera plonger tout le monde.
On doit donc se résigner à acheter de l’argent à des banques qui, elles, empruntent à taux réduit à la Banque centrale européenne. C’est devenu le moyen d’émission incontournable.
Les eurobounds pourraient présenter un intérêt, mais ce n’est pas une solution durable pour la dette. La solution durable, c’est l’inflation. Avec ça, on tue la dette. Mais tu risques une crise qui tue aussi la classe moyenne comme en 1923 en Allemagne.
Bref, c’est pas encore gagné pour régler tous ensemble le problème de la dette. Mais à part ça, qu’est-ce qui nécessiterait une union nationale ?
L’immigration. Pour tuer le FN, il faut arriver à se mettre d’accord là-dessus. Moi, je dis immigration choisie, en fonction des besoins. Le seul exemple de pays où ça fonctionne bien, c’est le Canada. Ils choisissent les immigrés, et ils les aiment. En France, deux personnes sur trois n’aiment pas les immigrés. Il faudra aussi se mettre d’accord sur des problèmes qui touchent la vie quotidienne, et en premier lieu celui du logement. Il faut un Grenelle du logement afin que tout le monde cherche une solution. Ici, c’est un problème majeur avec des communes comme Megève qui perdent des habitants faute de logement. Là encore, il n’y a pas une solution de droite ou de gauche. C’est comme pour les problèmes de pollution. Eva Joly a été une catastrophe parce qu’elle a défendu des intérêts très à gauche et pas ceux de tout le monde. Elle a adopté une position très minoritaire, pas loin d’ailleurs de celle de Mélenchon, alors que tout le monde est écolo aujourd’hui. L’écologie ne devrait surtout pas avoir de couleur politique.
Et dans cette optique, comment régler la question de la pollution dans votre vallée de l’Arve ? En ce moment, on reparle beaucoup du Lyon Turin comme d’une solution au problème du trafic routier…
Mon problème, c’est bien plus les soixante jours par an où on a un dépassement de seuil de pollution dans la vallée de l’Arve que le Lyon-Turin. On sait qu’on est pollué en gros un jour sur trois, alors que la loi interdit que cela dépasse trente-cinq jours par ans. Je veux qu’on mette tout de suite en place l’autoroute ferroviaire d’Aiton. Là, on a 20 000 camions qui l’utilisent chaque année. Cela fait quatre ou cinq jours de passages au tunnel du Mont-Blanc. On pourrait en mettre 300 000.
Sans attendre le Lyon-Turin.
Oui, sans attendre. Une pétition vient d’être signée par quarante médecins de la vallée qui dénoncent les effets de cette pollution. Ça ne peut plus durer. C’est une question prioritaire, que l’on soit de droite ou de gauche. D’autant que développer le ferroviaire va être nécessaire avec le pic du pétrole qui arrive. Il faut vraiment penser la société différemment pour les vingt ans qui viennent. C’est pour ça que je suis aussi pour le Lyon-Turin.
Malgré un débat relancé en Savoie et l’opposition du Val de Suze ?
Oui, malgré ces réticences, car si on ne peut pas faire de choix nouveaux, on ne s’en sortira pas.
Mais le Lyon Turin n’est pas vraiment un choix nouveau. Il a été pensé il y a plus de vingt ans. Le projet n’apparaît plus aussi adapté ou pertinent qu’il l’était à l’époque, notamment du fait des Suisses qui ont pris beaucoup d’avance avec leurs tunnels au niveau du trafic fret.
L’exemple suisse est extraordinaire, et c’est vrai qu’on a perdu du temps. Mais il ne faut pas non plus copier les Suisses et plutôt chercher des solutions nouvelles.
Un autre problème dont on a beaucoup parlé dans la vallée de l’Arve, c’est celui de l’influence des fonds de pension qui investissent dans les sociétés de décolletage avec une approche purement financière qui a pu nuire aux entreprises.
Les fonds de pension dans la vallée de l’Arve, c’est terminé ! Ces types qui s’en vont quand ça rapporte moins de 10 %, ils ont été remplacés par de l’entreprenariat familial. C’est la grande chance de la crise : les locaux ont récupéré leurs entreprises. Les fonds de pension, il n’y a rien de pire, c’est l’incertitude la plus complète. Mais on est reparti avec des gens qui connaissent bien leur métier et qui ne cherchent pas forcément à avoir une rentabilité de 10 %. La fin de l’ère des fonds de pension, c’est une belle perspective pour la vallée de l’Arve.
Et pour la Savoie, c’est quoi votre perspective ?
Je me sens un peu en porte-parole de la Savoie. Et le projet que je défends dans chacune de mes réunions, c’est la collectivité territoriale savoyarde, en gros une région Savoie. Ce qui me plait aussi beaucoup, c’est l’idée du rapprochement avec le Val d’Aoste et le Valais. J’aimerais une confédération alpine où chacun des élus de ce territoire devrait se rencontrer. Je suis le seul candidat à avoir une vision de ce territoire transfrontalier que je connais bien. Et si j’étais élu, cela serait pour moi une priorité.
Vous vous attaquerez à la République une et indivisible !
Elle le restera. L’Alsace va bientôt former une région en fusionnant ses départements. Pourquoi elle et pas nous ? On doit pouvoir le faire. On n’aura plus la Haute-Savoie qui différerait de la Savoie, ce qui est un non-sens. Comme les Savoie ! C’est impensable, il n’y a qu’une Savoie.
Mais là vous parlez de confédération regroupant des territoires aujourd’hui français, suisses et italiens. Ce n’est pas très républicain…
Confédération est sans doute un mot trop fort. Ce dont je parle, c’est de liens plus forts que ceux qu’on a avec le département du Rhône ou celui de l’Ardêche, qui sont pourtant aujourd’hui dans la même région que nous. Moi, je veux des liens plus forts. Il y a d’ailleurs une vraie demande au Val d’Aoste et au Valais, mais pas chez nous car tout est très centralisé. Mais on peut y arriver, et même si je ne suis pas élu, je tacherai de travailler à cela.
Pour arriver concrètement à quoi ?
Tout est possible ! Il ne s’agit pas de refaire un pays, la Savoie historique, mais il y a dix milles moyens de développer des liens agricoles, scolaires, écologiques, économiques, touristiques… Sauf que le président du Valais n’a jamais rencontré Christian Monteil. Il faudrait déjà commencer par se parler. Mais si on ne le fait pas maintenant, nos liens seront perdus définitivement, car on est en train de perdre notre identité commune. C’est très grave.
Entretien: Antoine Foray


Commentaires
Sinon, beau projet de rapprocher les territoires de la Savoie historique!
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