Vous aussi, vous voulez changer les choses ? Alors présentez-vous ! Tel est le message de l’ONG Colibris qui a présenté la campagne « Tous candidats 2012 ! » le mois dernier à Chambéry.

Depuis le 20 octobre 2011, 19 597 personnes se sont déjà déclarées candidates, dont 78 en Savoie. Faut-il en conclure que nous aurons 20 000 candidats à l’élection présidentielle de 2012 ? Heureusement non. Car même si la petite ONG Colibris a un site internet digne de celui des « vrais » candidats à la présidentielle, la démarche de la campagne « Tous candidat 2012 » n’a rien à voir avec celle des prétendants à l’Elysée. « Dans cette campagne, il n’y aura pas de candidat officiel puisque nous serons tous candidats, apprend-on sur le site de Colibris. On ne vote pas pour un programme, on ne délègue pas le pouvoir et la responsabilité de l’appliquer à un gouvernement. Nous proposons une vision et les moyens d’amorcer un changement, là où nous vivons. » D’accord, mais que faire ? Comment faire ? Et puis, par quoi commencer ?

Personnellement, je pourrais déjà m’attacher à finir cet article que je traîne depuis bientôt un mois, à hésiter entre l’enthousiasme le plus sincère et le scepticisme le moins constructif pour les battements d’ailes de ces Colibris atypiques dans la course à la présidentielle « classique ». Des oiseaux d’un genre nouveau rencontrés le 25 janvier à la Maison des associations de Chambéry.

Candidats à quoi ?

Retour donc à cette journée où Colibris organise sa première réunion savoyarde. Avec un succès certain, car environ 80 personnes ont fait le déplacement, ce qui nécessite d’ailleurs un changement de salle pour pouvoir accueillir tout ce monde. Autant d’apprentis candidats venus se présenter, mais à quoi ? C’est bien la question qui se pose, y compris dans l’assistance. « C’est à vous de me le dire », répond d’emblée l’animateur du réseau Colibris au public venu pour écouter la bonne parole. Déroutante, surprenante, fraîche… La campagne « Tous candidats 2012 ! » se pose véritablement hors du schéma politique traditionnel. Créée à l’initiative de Pierre Rabhi, philosophe agriculteur qui fut lui-même candidat à l’élection présidentielle de 2002, elle repose sur l’idée formulée sur le site de Colibris selon laquelle « la politique, dans sa forme actuelle, est incapable de résoudre seule les problèmes immenses que nous rencontrons. Le poids des structures, des lobbys, la difficulté à sortir d’un schéma de pensée unique, font que nous ne pouvons plus attendre des seuls responsables politiques un changement en profondeur. Ils ont besoin de nous et de notre engagement au quotidien ». Le message semble être passé quand on voit cette salle comble, si ce n’est que les gens semblent tout étonnés quand on les invite à s’impliquer concrètement.

Transformer son territoire

Lançons nos projets, « transformons nos territoires », tel est en effet le thème des forums qui s’ouvrent un peu partout en France en ce moment sous l’initiative des Colibris. « Mais quels projets exactement ? », redemande quelqu’un dans la salle. « C’est à VOUS de le décider », répète invariablement Alain Aubry, coordinateur national du mouvement. Minute de flottement entre d’un côté un public venu pour qu’on lui dise quoi faire et l’animateur qui tente d’expliquer que c’est justement aux citoyens de se prendre en main de façon responsable. Alain Aubry s’adresse alors à l’assemblée : « Quels projets concrets avez-vous envie de mettre en place sur votre territoire ? » Une femme lève la main. Elle est sage-femme. Elle souhaite permettre aux femmes qui le souhaitent d’accoucher à domicile. Alors que le nombre de naissance a tendance à augmenter, les effectifs stagnent tandis que les maternités de proximité sont en train de fermer une par une. Elle demande donc à Colibris de soutenir son action. Mais l’association n’est pas là pour mener un projet ou une cause en particulier, rappelle le coordinateur. Colibris a plutôt pour ambition de donner à ceux qui le souhaitent des moyens ou des outils pour développer « leur » projet de façon autonome.

Des solutions locales pour des problèmes locaux

Déroutante dans son discours, la soirée de présentation de la campagne l’est également dans sa forme. Au lieu d’écouter passivement la conférence, chacun est appelé à participer. « Comment décririez-vous cette campagne ? », demande Alain Aubry, responsable Réseau de Colibris. D’abord timides, les réponses se mettent à fuser. Un climat de détente et d’écoute se crée peu à peu. L’émulsion créative commence à bouillonner, illustrant sous nos yeux la réalité de la pratique du forum dit ouvert, un mode de fonctionnement mis en avant par Colibris. Comme l’explique son représentant parisien venu inculquer la bonne méthode, « le forum ouvert est une méthode qui permet la réalisation de réunions créatives destinées à des groupes de 5 à 2 000 personnes, pour traiter d’importantes questions, parfois complexes ou même conflictuelles. Il favorise la transformation positive au sein des organismes, augmente la productivité, inspire des solutions innovantes, améliore la communication et accroît la coopération. Cette approche a été développée il y a plus de vingt ans par Harrison Owen et a depuis été utilisée plus de 60 000 fois dans 120 pays. Avec cette méthode, les participants déterminent eux-mêmes leur programme de travail à leur arrivée ». Une sorte de brainstorming général en période de crise. Et pourquoi pas ? C’est qu’il semblerait que cette méthode de gouvernance de type coopératif soit réellement efficace, et dans de nombreux domaines.

2012, année internationale des coopératives

Colibris s’inscrit résolument dans la mouvance coopérative mettant en pratique un certain mode de gouvernance. Une façon de faire fonctionner le collectif qui a cette année les honneurs des Nations-Unies, puisqu’elles ont proclamé 2012 « année internationale des coopératives ». Et sur le site de l’ONU, on peut lire qu’ « à travers cette initiative et dans un contexte où le monde connaît l’une des crises les plus difficiles de son histoire, la communauté internationale reconnaît l’efficacité du modèle coopératif, sa pertinence face aux excès du capitalisme et son apport en termes de pratiques économiques et sociales : gouvernance démocratique, partage des décisions, répartition équitable des bénéfices, innovation… » Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes seraient membres de coopératives à travers le monde. La France, avec 23 millions de membres, serait même le pays européen qui compte le plus grand nombre de coopérateurs. Et pourtant, la plupart des entreprises, des associations et des partis politiques continuent de fonctionner de façon traditionnelle et hiérarchique.


Faire « sa part »

Mais revenons à nos Colibris. Et d’ailleurs, pourquoi s’appellent-ils ainsi ? Au départ, c’est l’histoire d’un petit colibri qui vit dans la forêt. Un jour, la forêt prend feu et se transforme peu à peu en gigantesque incendie, sous le regard impuissant des animaux pétrifiés de peur. Seul un petit colibri s’active pour amener goutte-à-goutte un peu d’eau sur les flammes. Excédé par ces va-et-vient incessants, un tatou lui demande s’il compte éteindre un incendie avec une goutte d’eau. « Non, lui répond l’oiseau, mais je fais ma part. » Bref, si chacun donnait un coup de main pour lancer ou soutenir des initiatives locales, si chacun faisait sa part, l’horizon apparaîtrait peut-être moins enfumé. Le conte africain de Pierre Rabhi semble déjà porter ses fruits à Chambéry. En quelques jours, un réseau local s’est mis en place, un forum Internet a été créé avec 78 personnes qui se sont inscrites pour participer. Et au-delà des clivages politiques et socioculturels, les personnes présentes ce 25 janvier sont bien là pour savoir comment elles pourraient la faire cette part qui leur revient.

Humanisme et écologie

Ainsi, par exemple, Véronique, commerçante à Chambéry, venue pour participer, à sa manière, à la réalisation de projets « humanistes, éthiques et écologiques dans sa region ». Ne disposant que de peu de temps, entre sa boutique et d’autres engagements, elle a décidé de soutenir la campagne à son échelle : en devenant candidate et en affichant son poster de femme en campagne dans son magasin de la rue du Faubourg Montmélian. Adhérente de Biodiverscité, « une association de particuliers et d’entreprises, engagés dans une démarche éco responsable », les objets qu’elle commercialise sont principalement issus de pratiques « éthiques et équitables ». En devenant candidate, elle souhaite participer aux actions d’un groupe porteurs des mêmes valeurs qu’elle. « On a tous quelque chose à offrir à l’ensemble, chacun avec ses qualités différentes, afin de restaurer un rapport plus respectueux entre les individus et Mère Nature », estime Véronique.

D’autres modèles de fonctionnement

On peut dire que les femmes sont à l’honneur chez les Colibris. Mais plus largement, dans la démarche du forum ouvert, c’est le point de vue et l’action de chacun qui deviennent potentiellement précieux. Surtout si les initiatives se multiplient, d’après ce que nous dit le site de Colibris. « À partir du moment où une part significative de la population se met à penser ou à agir d’une certaine façon, l’ensemble de la société est susceptible de basculer. Nous espérons donc susciter ce phénomène de masse critique en proposant au plus grand nombre de mettre en œuvre des modèles plus écologiques et plus humains que nous considérons comme pionniers. » Que ce soit dans le domaine de l’agriculture, de l’économie, de l’énergie, de l’habitat, de l’éducation ou de la santé, d’autres modèles de fonctionnement existent et sont à la portée de chacun. Les exemples cités par Colibris sont nombreux : mettre en place un système de covoiturage, créer une SCOP* ou une SCIC**, ouvrir un lieu d'éducation alternatif, monter un habitat groupé, convertir une cantine à l’alimentation biologique, instaurer une monnaie locale, mettre en place un Pédibus, produire soi-même de l’électricité, lancer une AMAP***… L’objectif du mouvement est de permettre aux personnes de bonne volonté de se rencontrer et de s’associer pour mener à bien des actions concrètes sur leur territoire.

Des stars pour soutenir la campagne

La campagne des Colibris a de quoi séduire. Les actrices Marion Cotillard  (déjà engagée auprès de Greenpeace depuis 2001) et Mélanie Laurent ont même mis leur notoriété à son service. Espérons que tout cela fera naître de belles rencontres et de beaux projets. En tout cas, l’initiative de Pierre Rabhi nous aura au moins fait découvrir les  cafés « bonnes nouvelles », qui ont lieu une fois par mois à Chambéry afin de donner la parole aux citoyens, ainsi que les cercles de femmes qui se tiennent aussi une fois par mois dans notre capitale pour permettre aux femmes de partager leur expérience. Cela nous a également permis d’apprendre l’existence de l’Université du Nous, une initiative pour le moins originale basée à Chambéry. Elle propose justement de l’accompagnement sur les problèmes de gouvernance du collectif et des outils qui permettent de mieux communiquer au sein d’un groupe afin de prendre des décisions. On y reviendra prochainement dans nos colonnes. En attendant, j’ai bien envie de prendre part à cette belle effervescence citoyenne en participant au forum ouvert des 17 et 18 mars qui va se tenir à Barberaz. Pas vous ?

Joëlle Fernandes


*La Scop
Juridiquement, une Scop est une société coopérative de forme SA ou SARL dont les salariés sont les associés majoritaires. Dans une Scop, il y a un dirigeant comme dans n’importe quelle entreprise, mais celui-ci est élu par les salariés associés.

**La Scic

Dans une Scic, les mécanismes coopératifs et participatifs sont identiques à ceux de la Scop. Toutefois, les membres associés au capital sont par définition de toutes natures, à savoir les salariés mais aussi celles et ceux qui souhaitent s’impliquer dans le projet : clients, bénévoles, collectivités territoriales, partenaires privés, etc.

***Les AMAP - Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne - sont destinées à favoriser l'agriculture paysanne et biologique qui a du mal à subsister face à l'agro-industrie. Le principe est de créer un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s'engagent à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance.


Plus d’infos

Tous candidats, éloge du génie créateur de la société civile, éditions Actes Sud. Dans cet opuscule de 48 pages (au prix de 5 €), Pierre Rabhi expose les motivations profondes qui l’ont poussé, avec ses amis, collaborateurs et collaboratrices, à lancer cette campagne parallèle lors de l’échéance électorale française de 2012.

http://www.touscandidats2012.fr/
www.colibris-lemouvement.org

http://colibris.ning.com/group/colibris-73 (forum ouvert les 17 et 18 mars à Barberaz)

http://www.universite-du-nous.org/

http://fr.ekopedia.org/Accueil (encyclopédie pratique des techniques alternatives de vie)

http://www.habitatgroupe.org/spip.php?article817 (café « Bonnes nouvelles »)

http://biodiverscite.org/ réseau des entreprises locales éco-responsables à Chambéry

Cercles de femmes : rens. Ailleurs & ici , 15 Fbg Montmélian, Chambéry 04 79 33 78 55

 

Commentaires  

 
+1 #1 Denis 21-02-2012 14:01
Bel article, beau programme, belle utopie.
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