En Savoie, deux associations de l'agglomération chambérienne, proches du Modem, viennent de rejoindre le camp des opposants au Lyon-Turin. Elles défendent le plan B par la ligne historique.
« Nous ne sommes pas des opposants pur et dur au projet, nous voulons simplement améliorer le trafic ferroviaire en Savoie. Et cette attitude pragmatique nous conduit aujourd'hui à dire fermement non au Lyon-Turin », précise d'emblée Cédric Richard – conseiller départemental du Modem et vice-président de l'association Défendre et servir La Motte. « Nous ne sommes pas les anti-CAC du Lyon-Turin, nous défendons le plan B par la ligne historique », ajoute son homologue Michel Gachet – conseiller municipal Modem à Cognin et vice-président de l'association Vivre Cognin autrement. Epaulés par Michel Martin – ingénieur en infrastructures ferroviaires et concepteur du plan B – et Alain Tamburini – ancien président de l'association La Motte Nature et Vie, un des opposants savoyards de la première heure au projet de TGV Lyon-Turin -, ils veulent « rétablir la vérité face à l'intoxication médiatique de Louis Besson qui manipule les gens pour imposer son projet ».
« Où est la démocratie ? »
Les récents appels au respect de la démocratie du président de Chambéry Métropole (voir sa tribune) et d'Antoine Fatiga (voir notre interview), suite aux mobilisations récentes dans le Val di Susa, font bondir les deux militants du Modem. « Eux, la démocratie, c'est quand ça les arrange ! », ironise Michel Gachet. Et Cédric Richard de développer : « Quand le gouvernement fait des réformes, sur les retraites par exemple, ce sont les premiers à manifester contre au nom de la démocratie. Et comme par hasard, il y aurait une exception pour le Tav parce que c'est leur projet. Quand il y a un rejet populaire massif qui, en plus, transcende les frontières politiques, il faut savoir l'écouter ! C'est cela la démocratie. Sinon, c'est l'autocratie ! » En fait, ils n'ont toujours pas digéré l'attitude des forces de l'ordre italiennes lors de la manifestation monstre qui visait à prendre pacifiquement d'assaut le site de la Maddalena le 3 juillet dernier (voir notre reportage). « Quand on gaze des enfants et des personnes âgés pour imposer un projet mafieux, c'est une drôle de conception de la démocratie », fait remarquer Alain Tamburini.

« Face à ce simulacre de démocratie », tous les trois réfutent en bloc l'idée selon laquelle ils défendraient leur intérêt particulier de riverains contre l'intérêt général. « Le Lyon-Turin ne sert pas les Savoyards », souligne l'ancien président de l'association La Motte Nature et Vie. Pendant près de trois heures, ils ont voulu nous en convaincre, n'hésitant pas à retourner l'argument au promoteur du TGV Lyon-Turin. « Le coût global du projet est chiffré à 25 milliards d'euros. Moi, j’appelle cela jouer avec l'argent public. Quand on fait mumuse avec les milliards comme des gamins avec des billes, on ne défend pas l'intérêt général », lâche le conseiller départemental. Et son acolyte de l'association Vivre Cognin autrement d'ajouter : « Ce n'est pas simplement que l'on ne veut pas que cela se passe chez nous, on veut surtout que ces milliards profitent à tous et aux générations futures ».
« Le trafic actuel ne justifie pas le projet »
Pour eux, le tonnage de 40 millions de tonnes de marchandises à transporter par le fret qui justifierait la construction du Lyon-Turin n'existe tout simplement pas. « Ce chiffre est bidon, mais ils nous font croire l'inverse car en dessous le projet est menacé. Si l'on additionne le trafic du Fréjus, du Mont-Cenis et du Mont-Blanc, on arrive aujourd'hui à environ 28 millions de tonnes, bien loin donc des 40 millions. Donc le trafic actuel ne justifie pas le projet, d'autant plus qu’une partie non négligeable de ces 28 millions de tonnes va être capté par les nouveaux tunnels ferroviaires suisses », assure l'ingénieur en infrastructures ferroviaires. « Mettre alors en concurrence les tunnels européens pour essayer de capter le trafic international vers la Maurienne afin de justifier le Lyon-Turin, c'est complètement absurde ! », ajoute Cédric Richard.

Alain Tamburini va plus loin. Il ne croit pas à la volonté de l'Etat de mettre les camions sur les rails pour traverser la frontière entre la Savoie et le Piémont. « Aujourd'hui, il y a 2 100 camions par jours qui traversent le tunnel du Fréjus alors qu'il en faudrait 5 000 pour atteindre l'équilibre financier. L'Etat, qui est rappelons-le aussi propriétaire du Fréjus, ne va pas se tirer une balle dans le pied... car si on prend les 2 100 camions pour les mettre sur le Lyon-Turin, cela signifie que l'on ferme le tunnel routier. Et aujourd'hui si l'Etat construit le deuxième tube dit sécuritaire, ce n'est pas pour fermer le tunnel, mais au contraire pour le booster. Il faut dire la vérité aux Savoyards : l'argument des poids lourds et du Fréjus, c'est de l'intox ! » Dès lors, pour le vice-président de l'association Défendre et servir La Motte, « en Maurienne, on fait croire aux gens qu'on va les sauver des camions. C'est ni plus ni moins que de la manipulation. Que Louis Besson ne viennent pas nous parler de démocratie ! ».
« Le Lyon-Turin est une montagne d'incohérences »
Alain Tamburini, Cédric Richard et Michel Gachet défendent le plan B mis en place par Michel Martin. Pour faire simple, ce projet alternatif vise à transformer les infrastructures actuelles – la ligne historique – pour faire du ferroutage au même niveau que celui proposé dans le projet Lyon-Turin, avec les problèmes d'impacts liés au chantier en moins et un coût bien moins important. « Le point de départ, c'est que le projet officiel ne répond pas aux besoins des Savoyards, rappelle l'ingénieur en infrastructures ferroviaires. Il est surdimensionné, incohérent en interne et surtout en externe du fait du déni total de la ligne historique qui a pour conséquence la non-diminution des nuisances du fret pour les riverains et l'impossibilité de faire fonctionner le cadencement ferroviaire pour le trafic voyageur ».
C'est que pour Michel Martin, Lyon-Turin ou non, le fret continuera de passer par la ligne historique. « En 2003, RFF a réinvesti des millions d'euros dessus, entre autres avec le pont métallique au dessus du Rhône, afin que puisse y transiter 17 millions de tonnes de marchandises. Ils ne l'ont pas fait pour rien. Et en plus, la réalité du réseau ferroviaire fait que le report géographique sur le Tav une fois construit ne serait que très marginal. C'est mathématique et logique ! C'est une évidence quand on connaît les infrastructures ferroviaires françaises ». Et d'ajouter : « le gros problème du projet officiel, c'est que c'est une montagne d'incohérence. Il n'y a aucune analyse technico-économique. On a déjà perdu dix ans et 100 millions d'euros. Il est temps d'arrêter. »
« Le plan B, moins cher et plus efficace »
« Ce plan B s'inscrit dans une approche intégrée globale et propose des solutions techniques concrètes environnementales moins chères et plus efficaces », souligne Michel Martin. Il est favorable au tunnel sous l'Epine, « le seul ouvrage rentable de tous ceux du projet officiel », pour mettre Chambéry à 45 minutes de Lyon en TER au lieu de 1h15, « une nécessité pour concurrencer l'A43 ». Pour le fret, il privilégie la réalisation de plusieurs shunts et de petits tunnels sur la ligne historique pour contourner Aix-les-Bains et Chambéry et libérer une partie des berges du lac du Bourget. « A Brison, par exemple, on ferrait passer le fret dans un shunt, ce qui permet de réduire les nuisances et les risques... puis la route dans l'actuel tunnel ferroviaire. On pourrait ainsi faire une voie verte à sa place actuelle. C'est ça l'approche intégrée globale ! »

Autre avantage du projet de Michel Martin selon ses partisans, c'est qu'en plus d'être moins onéreux que le projet officiel, il est phasable. « On peut commencer très vite les travaux et les faire en fonction des urgences. Pas besoin d'attendre 20 ans pour voir les premiers résultats », indique-t-il. Alain Tamburini voit un autre avantage dans ce découpage par tranche du projet : privilégier l'emploi local et la captation des marchés par les entrepreneurs savoyards. « Avec le Lyon-Turin, il y aura un appel d'offre international et ce seront forcément de grosses multinationales, comme Bouygues, Eiffage ou Vinci, qui vont l'emporter. Et au mieux, ils sous-traiteront une partie, quand ils ne préféreront pas avoir recours à la main-d'oeuvre bon marchée des pays de l'Europe de l'Est plutôt qu’à des entreprises savoyardes. Donc le Lyon-Turin ne créera que très peu d'emploi localement... et si l'on fait comme avec les JO d'Albertville en 1992, les entreprises savoyardes finiront par mettre la clé sous la porte et les salariés se retrouveront au chômage ».
« Soyons pragmatique, laissons la porte ouverte à toutes les solutions »
Ce plan B, Cédric Richard le juge aussi beaucoup plus écolo que le projet officiel, contrairement à ce qu'affirment les promoteurs de ce dernier, dont un certain nombre d'élus savoyards d'Europe-Ecologie Les Verts (voir notre article). « Je répète, nous sommes aussi pour mettre les camions sur les trains. Mais si l'on regarde le cycle de vie complet de l'infrastructure, la construction du Lyon-Turin va dépenser l'équivalent d'un siècle de gaz à effet de serre que l'on aura économisé si l'on met les camions sur les trains ». Selon Michel Gachet, « c'est bien le chantier du Lyon-Turin qui va augmenter le nombre de camions en Savoie pendant vingt ans ». « Que l'on ne vienne pas nous dire ensuite que c'est nous qui sommes pour les camions et la pollution », renchérit le conseiller départemental.
« Aujourd'hui, ce dont les Savoyards ont besoin, ce sont des TER, entre Chambéry et Lyon, Chambéry et Annecy, Chambéry et Grenoble, en Maurienne et en Tarentaise », soulignent Cédric Richard et Michel Gachet. « Ils n'ont pas besoin d'une infrastructure non rentable et pharaonique dont, en plus, ils ne subiront que les contraintes », poursuit Alain Tamburini. « Nous ne sommes plus dans les années quatre-vingt. Aujourd'hui, les caisses sont vides et nous devons faire du durable. Soyons pragmatiques, laissons la porte ouverte à toutes les solutions », conclu les deux militants du Modem. Le 21 août prochain, ils manifesteront aux côtés du Mouvement des citoyens de Savoie (MCSE), au col du Mont-Cenis.
Mikaël Chambru


Commentaires
Voyant que les seuls flux TGV ne pouvaient justifier le projet, la dimension fret est venue se rajouter.
L'argumentaire de l'époque (2000) était le suivant:
capacité potentielle moyennant travaux de la ligne actuelle (20M tonnes contre 12M tonnes transportées)
Potentiel de marchandises:50 millions de tonnes:Il fallait donc doubler la ligne historique
10 ans plus tard, le trafic fret s'est effondré sur la ligne historique passant de 12 à 6 millions de tonnes. On pourrait donc déjà tripler le trafic fret actuel sur la ligne historique
Le MODEM a raison: Les savoyards ont d'abord besoin de bonnes dessertes locales et régionales entre Chambéry,Lyon,Annecy,Genè ve et une bonne desserte des vallées. Tout cela coûterait 20 fois moins cher que le projet Lyon-Turin....
projet funeste qu'est le Tav.
Ce projet outre son cout sera également
la défiguration de toute une vallée.
Solidarité internationale aux populations de Val Susa et a tous les opposants victiment de la repression.
N'ésiter pas a aller en Italie apporter
votre soutien actif.
Tav : No Pasaran !
Resistance / Sarà Dura !
Pour le Mouvement Citoyen de Savoie, le Secrétaire Général, Fabrice DUGERDIL
Alain Marçais
Adjoint délégué au commerce à Albertville
VP communauté de communes (CoRAL), développement économique
Le projet Lyon-Turin est basé sur une analyse économique complètement hors de propos: prix du brut de 20$/baril, trafic camions en croissance exponentielle, absence de problèmes de dette, etc.
La stratégie choisie en particulier par Besson est celle de Plogoff (étudiée au-delà de nos frontières): marginalisons nos opposants, présentons les comme hostiles à tout progrès, il en restera toujours quelque chose... Çà aurait pu marcher, mais c'est probalement cuit.
Mr Mithieux, Merci pour votre prise de position
: La Démocratie est le système politique dans lequel le pouvoir appartient à l'ensemble des citoyens.
Selon la Constitution de 1958, c'est "le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.
Louis besson c’est précipité au lendemain de cette manifestation en arrogant partout que la démocratie a vaincu non monsieur Besson je condamne toutes violences autour des manifestation quelque soit son thème c’est le seul moyen très souvent que le peuple a pour s’exprimer surtout quand les politiques pensent qu’il ont forcément raisons .Vous este des élus mis en place démocratiquement on ne vous a pas accorder le pouvoir de régner en maître absolu dans vos décisions je met au défi Louis Besson de nous aider a porter le plan b au ministère ou de faire un referendum initiative populaire très prisé par la gauche !
les argumentaires relevés sont très pragmatiques et montrent bien qu'un grand débat savoyard devrait avoir lieu entre toutes les personnes qui s'intéressent au sujet. j'en étais persuadé et je le suis encore plus.
Lionel Mithieux*
Conseiller général
Vice-président du CG
tout le monde raconte ce qu'il veut.
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