Les écolos doivent-ils forcément s’allier avec les socialistes ? Le régionalisme a-t-il sa place dans l’union de la gauche ? Réponse de Bernard Juillet, rx le meilleur représentant du MRS aux cantonales.

Dimanche dernier, order Bernard Juillet a été le régionaliste qui a réalisé le meilleur score aux cantonales avec 18% recueillis dans le canton d’Alby sur Chéran. Pas suffisant néanmoins pour se retrouver au deuxième tour. L’homme a pourtant bénéficié du soutien du parti socialiste local qui n’a pas présenté de candidat dans ce canton où les sans-étiquettes, order plutôt de droite quand même, ont raflé la mise. Le signe que le report de voix socialiste/écologiste n’est pas automatique, car s’il avait pu additionner les voix écolos et socialos des dernières élections, Bernard Juillet aurait fait un bien meilleur score. Cela invite à s’interroger sur la pertinence des alliances à la veille du second tour, si ce n’est à la veille d’un renouveau savoyard écolo…

Bernard Juillet, vous qui avez été soutenu par le PS, que pouvez-vous nous dire sur la situation entre Europe Ecologie et les socialistes avant le deuxième tour des cantonales ?

Dans mon canton, on m’avait proposé de me soutenir dès  le premier tour et je l’ai accepté. Mais c’était vraiment un soutien local. Au niveau du département, ce n’est pas la même chose. Il faut dire que sur la Haute-Savoie, Europe Ecologie est devant le PS, qui le supporte assez mal. Il n’y a donc pas eu d’accord avec eux pour le deuxième tour.

Qui a refusé l’accord ?

Le PS était demandeur et se prévalait de l’accord national. Ils estimaient ainsi qu’ils pouvaient se passer de notre avis et annonçaient avoir le soutien d’Europe Ecologie, ce qui était faux. Il y a eu des accords in extremis à Annecy et Faverges, mais, que je sache, il n’y en a pas à Thonon.

Pourquoi ?

Il n’y a pas de soutien quand nous ne sommes pas d’accord avec les positions défendues par les candidats socialistes. Cela concerne leur position sur les JO ou, à Thonon, sur la 2x2 voies et le stade de foot. C’est vraiment des problématiques locales.

Du coup, c’est assez compliqué…

Oui, et ce n’est pas du tout la même configuration dans le 73 où ils sont arrivés à un accord sur le programme. Mais nous restons attachés au principe de subsidiarité et au droit de décider au plus près du terrain. Paris n’a pas à nous imposer ses choix.

La différence de position entre les deux départements peut aussi s’expliquer par une situation politique et des enjeux différents.

En Haute-Savoie, il est vrai qu’on est nettement devant le PS. En Savoie, c’est très différent. Et puis là-bas, il y a peut-être une possibilité de prise de contrôle du conseil général, ce qui n’est pas le cas en Haute-Savoie. Mais pour nous, au MRS, la question du basculement à gauche du conseil général n’est pas un enjeu primordial. Cela pourrait même être dangereux pour la région Savoie car les socialistes n’ont pas du tout les mêmes idées que nous sur le sujet. A mon avis, s’associer automatiquement avec PS est à éviter. Pour qu’ils nous respectent, on doit négocier avec eux au cas par cas.

On peut se dire que, du côté d’Europe Ecologie, l’optique de la prise de pouvoir invite à mettre ses divergences avec les socialistes de côté, par exemple sur la question du régionalisme…

Il est tout de même intéressant de voir que l’on a vraiment réussi à imposer un point de vue régionaliste sur la ligne politique locale d’Europe Ecologie. Chez les Verts, cette vision était déjà présente, mais de nouveaux membres d’Europe Ecologie n’étaient pas du tout sensibles à cela. Certains essaient d’ailleurs de supprimer la structure région Savoie pour rentrer dans Rhône-Alpes. Mais la grande majorité des membres d’Europe Ecologie en Haute-Savoie est néanmoins régionaliste. Maintenant, je crains qu’avec la présidentielle et les législatives qui arrivent l’année prochaine, tout ceci soit balayé. Avec un retour fort au clivage droite gauche et le barrage au Front National, que restera-t-il du régionalisme ?

Faudrait-il en fait se démarquer nettement de la droite et de la gauche et ne pas chercher d’alliance ? Finalement un peu comme le FN, qui s’impose comme une force indépendante, mais en défendant une position écologiste et régionaliste.

L’alliance demeure valable si elle s’appuie sur une vision et des projets communs. Nous attendons donc d’alliés une vraie prise en compte de nos propositions. Reste que des écolos qui se rallient systématiquement au PS au deuxième tour, ce n’est pas bon pour l’électorat, qui peut avoir envie de voter écologiste mais pas pour le PS. Tous les candidats du MRS étaient sur cette logique, mais ce n’est pas le cas de tout le monde à Europe Ecologie et il faut faire avec cette réalité.

Propos recueillis par Brice Perrier

 

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