Président du Mouvement région Savoie, look Noël Communod est candidat Europe-Ecologie Les Verts sur le canton de Montmélian. Pour une Savoie écolo, il se dresse face au PS. Interview.

Europe-Ecologie Les Verts (EELV) partira à nouveau de façon autonome au premier tour des élections cantonales du 20 mars prochain. Forts de leur succès aux dernières régionales, les écologistes espèrent arriver devant le PS dans un maximum de cantons, en 73 et en 74. Six de leurs candidats sont issus des rangs du Mouvement région Savoie, et notamment son président et conseiller régional Noël Communod sur le canton de Montmélian. Nous l’avons rencontré en face de la mairie de Chambéry où il nous a confié qu’EELV défendra une Savoie autonome porteuse d’un modèle de développement qui ne soit plus l’obsession de la croissance. Une position qu'est loin de partager le PS, leur principal allié potentiel dans l'hémicycle départemental. Après les dissensions de ces derniers jours au Conseil régional (voir notre article), la campagne s'annonce donc mouvementée. Communod y prêche pour une Savoie écolo, et clairement pas pour le PS.

Pourquoi est ce que les écologistes ne présentent-ils pas des listes d'union avec les socialistes pour battre la droite dans ces élections cantonales ?

C'est tout simple. Il y a eu une tentative de négociation, mais lors de la première réunion, le PS a eu son comportement habituel dominateur. Il acceptait éventuellement quelques suppléantes pour ses candidats. Pour nous, ce n'était pas admissible et nous avons donc décidé de partir seul. Cette attitude de suffisance du PS, nous ne l'acceptons plus. Surtout qu'en Haute-Savoie, par exemple, nous étions aux dernières élections devant le PS dans plus de la moitié des cantons. Mais il n'arrive pas à intégrer cette réalité.

Vous n'avez donc pas discuté ensemble du projet politique ?

Non. Les négociations avec le PS se sont arrêtées avant. Par leur comportement, ils ne nous ont pas laissé la possibilité d'arriver à confronter nos projets pour les pays de Savoie afin d'en dégager des compromis pour que nous pussions gérer ensemble le Conseil général.

Au niveau du projet politique, vous avez quelles divergences ?

Dans ces élections cantonales, il y a eu association Europe-Ecologie / MRS. Simplement, l'idée de région Savoie est quelque chose qui n'est pas accepté par le PS, qui l'a même mis comme un élément négatif dans son programme. Le deuxième point d'achoppement, c'est qu'en termes de méthode démocratique, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde. Nous le voyons d'ailleurs tous les jours à la Région aujourd'hui.

Que propose EELV de si différent du PS ?

Nous avions un certain nombre de propositions fortes que nous retrouvons aujourd'hui comme par hasard dans le programme du PS. Si vous l'avez lu, vous verrez qu'il y a la moitié des mesures qui figuraient dans notre programme des régionales. Avec un petit peu d'habitude, on  s'aperçoit que ce sont des mots et que quand l'on veut passer aux réalités concrètes et faire voter des textes sur ces mesures là, ça ne passe pas. Je parle de la Région, mais au Conseil général, le PS aura la même démarche. Pour nous c'était clair, il n'y a pas plus de possibilité d'accord sur le programme que sur la méthode.

Et au deuxième tour, quelle attitude va adopter EELV ?

Nous avons refusé de signer un accord de désistement systématique, parce que ce terme de désistement républicain pour battre la droite n'a pas vraiment de sens. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment ce que cela veut dire. Ainsi, si nous arrivons second derrière le PS dans un canton, nous nous maintiendrons. C'est une certitude !

Quitte à ce que cela donne des triangulaires avec la droite ?

Compte tenu du mode de scrutin qui nécessite 25% des votants pour passer au second tour, il est quasiment impossible qu'on ait une triangulaire en Savoie.

Et si l'UMP arrive en second position derrière le PS, mais qu'EELV peut tout de même se maintenir au second tour...

Là, nous aurons des discussions au cas par cas avec le PS. Et, logiquement, à ce moment là, nous nous désisterons pour la gauche.

Dans l'hémicycle départemental, les élus EELV seront-ils alliés avec le PS au sein de Savoie pour tous comme c'est le cas aujourd'hui ?

Pas exactement. L'idée serait de se retrouver dans le même type de fonctionnement qu'à la Région avec une majorité, ou une opposition si nous ne remportons pas les élections, composée de différents groupes autonomes. Mais là, avec l'expérience de la Région, nous prendrons un certain nombre de précautions supplémentaires. Cette fois-ci, nous ne négocierons pas simplement une feuille de route, mais un accord politique. Après, tout dépendra du rapport de force au lendemain des élections, et c'est sûr que le scrutin uninominal ne nous avantage pas.

Vous avez été membre du Modem. Pensez-vous que des convergences sont possibles entre EELV et les centristes qui partent eux aussi de façon autonome vis-à-vis de l'UMP au premier tour ?

Nous pouvons faire un pari : ils ont déjà signé un accord afin de voter pour Hervé Gaymard. Au moment du vote du nouveau président, c'est là que les choses se dévoileront. Donc aucune convergence possible avec les centristes qui se sont d'ores et déjà ralliés à l'UMP.

Mais sur le plan politique, un accord est-il vraiment possible avec le PS quand on voit aujourd'hui les points d'achoppement entre les écologistes et les socialistes à la Région ?

C'est sûr que d'un point de vue économique, nous sommes sur des positions très différentes avec le PS. Nous, nous souhaitons mettre en place des politiques locales favorisant une transition de notre modèle de développement et rompant avec l'idéologie de la croissance comme solution à tous les problèmes. Le PS, lui, préfère continuer la fuite en avant et nous mener droit dans le mur. C'est effectivement un sérieux point d'achoppement, c'est même notre point de divergence le plus important. A la Région par exemple, le PS finance des projets qui visent à toujours plus de consommation et d’autres qui ne sont plus possibles aujourd'hui. Notre raisonnement, qui est pourtant discuté dans les instances internationales, les socialistes ont du mal à l'accepter. Ils sont encore dans une logique productiviste pure.

Cette remise en cause du dogme de la croissance, c'est aussi un point qui est au coeur du projet politique du MRS ?

Si le MRS est avec Europe-Ecologie, ce n'est pas hasard. La majorité des membres du MRS partage le désir d'un tel mode de fonctionnement dans un territoire plus autonome, plus respectueux de ce qu'est la Savoie aujourd'hui... autant sur le plan environnemental que sur le plan du développement économique. On ne veut plus de stations de sports d'hiver à tout prix et à toute vitesse. Cela ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui.

Avec ce que vous venez de nous expliquer, vous pensez tout de même pouvoir mener avec le PS des politiques départementales ?

En fait, les conseils généraux vont perdre une partie de leur compétence économique. L'agence économique de Savoie risque de ne pas subsister dans les mois qui viennent. Donc, je ne sais pas trop quelle marge de manoeuvre pourra encore avoir un conseil général...

Dans ces élections cantonales, il y a un enjeu central que nous n'avons pas encore évoqué : la réforme des collectivités territoriales.

Ce n'est pas au coeur de la campagne, parce que malheureusement les citoyens sont mis de côté de cette réforme. Et c'est d'autant plus regrettable que ses premières conséquences sont déjà une réalité. La première, c'est la constitution cette semaine des commissions départementales qui vont être chargées de recharcuter le découpage administratif des collectivités territoriales. Mais c'est le préfet qui aura le dernier mot en proposant d'ici fin avril un redécoupage des intercommunalités qui va préfigurer celui des cantons dans trois ans. Ensuite, ces intercommunalités grossies vont être regroupées dans des pôles métropolitains. Tout cela se fait dans l'opacité complète ! Et le plus scandaleux, ce sont les élus PS qui se réunissent actuellement pour se partager le gâteau du territoire. C'est contraire à tout ce que l'on peut imaginer d'un point de vue démocratie et d'implication des gens dans le processus de décision. Cette attitude n'est pas la nôtre à Europe-Ecologie.

Pourtant, le PS s'oppose à ce projet de réforme des collectivités territoriales...

Complètement dans le discours, mais pas du tout dans la pratique. Ce sont les élus PS qui ont le plus poussé pour la mise en place des pôles métropolitains, ils sont pour l'intercommunalité, ils sont pour le mode de scrutin – même s'ils le contestent – qui favorise les deux grands partis. Finalement, pourquoi seraient-il contre ? Et de toute manière une bonne partie de cette réforme sera mise en application avant 2012, et, vu qu'ils y contribuent, ils ne l'annuleront pas dans son ensemble... au mieux 5%. Voilà une hypocrisie de plus du PS !

Et contrairement à EELV, le PS n'entend pas se saisir de cette réforme pour prendre le contre-pied du système centralisé jacobin d'une république française une et indivisible...

Effectivement, le PS s'oppose à la région Savoie par principe. Il propose autre chose, c'est le sillon alpin. Ils reprennent cette vieille idée qui a fait capoter en 2002 la région Savoie à quelques voix près. En fait, les élus PS préfèrent s'allier avec Grenoble.

Comment alors dans ces conditions trouver un accord avec les socialistes savoyards ?

Ça paraît très difficile, surtout qu'ils ne sont pas pour donner plus d'autonomie... alors qu'à Europe-Ecologie nous sommes pour la subsidiarité pour davantage de démocratie et d'autonomie à la base. Le PS, pas du tout. Et les manoeuvres politiques des socialistes pour mettre en place le pôle métropolitain lémanique afin de diviser les élus UMP met en cause l'idée même de région Savoie.

Les futurs élus EELV soutiendront-ils alors l'UMP qui veut profiter de cette réforme pour réunir les deux départements en une entité commune expérimentale aux contours et aux compétences encore floues ?

Nous avons toujours le même discours depuis 2002. En tout cas, moi et le MRS, à savoir faire la région Savoie. Et ce que propose Hervé Gaymard est une première étape importante. Il veut créer quelque chose qui ne sera pas tout à fait une région mais qui aura des compétences autonomes dûes au transfert de ces dernières par les départements et la région. Après, le gros soucis démocratique avec ça, c'est que, actuellement, il y a un mercato pour se partager les compétences. Il se déroule lui aussi dans les couloirs et dans des réunions secrètes, sans que les citoyens n'y soient associés. De même que les élus de bases.

Ce projet de l'UMP ne va-t-il donc pas au contraire contre l'idée d'une Savoie autonome où la démocratie serait renforcée ?

Hervé Gaymard est de plus en plus flou. Il était clair il y a quelques mois, mais beaucoup moins maintenant avec tous les problèmes de la Haute-Savoie avec Annecy 2018 et avec le pôle métropolitain autour de Genève. C'est leur grosse épine dans le pied. Mais tout va se décider après ces élections cantonales. De toute manière, la mise en place de cette nouvelle entité expérimentale ne pourra se faire que dans un créneau qui sera entre juin 2012 et février 2013, compte tenu de l'organisation nécessaire d’un référendum. Et le problème, c'est que l'on ne prépare pas les Savoyards à tout ça. Je trouve cela inadmissible.

Donc sur ce sujet, EELV, qui s'allie traditionnellement avec les socialistes, peut se retrouver sur la même position que la droite...

Oui, sur les questions démocratiques, nous pouvons avoir des points d'accord. Après, sur le social, c'est plus difficile. A la Région, par exemple, et même si nous faisons partie de la majorité avec les socialistes, nous votons parfois quelques amendements avec l'UMP. Nous ne nous présentons pas pour être le vassal du PS, cela n'a pas d'intérêt. Cette position est ancrée dans la majorité des gens d'Europe-Ecologie. Et toujours revenir à la question gauche / droite, c'est un truc de journaliste. Demandez aux Français, droite / gauche, cela n'a plus la même signification... encore plus pour les Savoyards.

Cette idée de Région Savoie que vous défendez avec conviction, est-elle vraiment présente à EELV ?

En Savoie, Europe-Ecologie s'est battu pendant des mois pour faire reconnaître à l'intérieur du mouvement écologiste l'existence d'une région qui n'existe pas administrativement, ce que contestaient beaucoup de militants parisiens et rhônalpins. Nous les avons convaincus et, désormais, nous nous appelons Europe-Ecologie Région Savoie, ce qui est une particularité. Pourtant, et c'est vrai, cela ne veut pas dire que la totalité des gens d'Europe-Ecologie, y compris chez les candidats aux cantonales, partage cette position. Il y en a qui refusent toujours la présence de la croix de Savoie dans notre logo. Nous avons laissé cette liberté-là au sein d'Europe-Ecologie, car nous ne sommes pas au PS, nous ne sommes pas hégémoniques, y compris à l'intérieur.

Si EELV inclut aujourd'hui cette problématique du régionalisme dans son discours, n'est-ce pas une stratégie élaborée dans l'optique de favoriser sa conquête du pouvoir ?

Je pense que la majorité des écologistes qui portent aujourd'hui la Région Savoie la portait depuis longtemps. Avant, Les Verts étaient déjà organisés en région Savoie, donc c'est pas nouveau. Ils sont vraiment porteurs de cela, je vous le garantis. La question ne se pose donc pas. Mais expliquer aujourd'hui en France le pertinence du régionalisme pour renforcer la démocratie et mettre en oeuvre une transition de notre modèle de développement, ce n'est pas facile. Cela fait 35 ans que l'on se bat pour ça au MRS et ça finira bien par devenir une évidence d'ici quelques années.

Plus globalement, n'est-ce pas une illusion de confier la mis en place d'une Savoie autonome  à des partis politiques qui ont toujours empêché sa mise en place ?

Même au sein de l'UMP, il y a un certain nombre de gens favorables à la Région Savoie. A l'intérieur du PS aussi, sauf qu'en ce moment, ils n'ont plus le droit à la parole. Au FN, c'est sûr qu'ils doivent être encore moins nombreux. Dans les autres partis politiques, je connais plein de gens qui y sont également favorables, sans pour autant le dire haut et fort. Mais un jour viendra où les partis régionaux reprendront du pouvoir.

Vous y croyez vraiment ?

Nous sommes dans cet état d’esprit et c'est notre objectif.

Entretien : Mikaël Chambru

 

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