Elle milite pour Gaza, mais Malika Benarab-Attou a le cœur savoyard. C’est que cette députée singulière revendique une culture plurielle. Son thé la menthe aurait-il un parfum d’Apremont ?

Un an après son élection surprise comme députée européenne, Malika Benarab-Attou a invité la presse dans sa permanence chambérienne afin de présenter son action et son équipe d’assistants parlementaires. Une équipe rejointe depuis peu par Renée Alice Poussard, conseillère régionale verte sortante et militante de la région Savoie. Elle sera notamment chargée d’apporter comme une touche de Malika au débat sur la fusion savoyarde qui devrait se tenir à l’occasion la réforme des collectivités locales. Le moment semblait donc opportun pour faire le point sur un an de vie d’élu avec cette députée atypique qui a donné un autre visage au régionalisme savoyard. Voici donc Malika Benarab-Attou en interview.

Malika, vous avez été élue avec l’idée d’incarner un nouveau rapport à la politique. Un an plus tard, êtes-vous satisfaite du chemin parcouru et estimez-vous avoir servi à quelque chose ?

Oui, quand même. Alors il ne faut surtout pas être dans l’illusion de la toute puissance, mais je suis persuadée que le mouvement lancé par Europe Ecologie et les Verts est constructif. Il démontre une volonté de faire de la politique autrement en défendant les valeurs de la parité, de la diversité, avec une large ouverture sur les citoyens et les acteurs de la société civile. Et ceci au sein d’un groupe, Vert-ALE, qui est le quatrième du Parlement européen, avec 58 députés dont 14 Français. Sur 760, ça fait encore peu, mais c’est un groupe constitué de gens qui bossent et qui réussissent à faire bouger les lignes.

Lesquelles ?

Par exemple sur la question de l’écologie et de la biodiversité. Plusieurs résolutions ont été prises et nous avons réussi à rassembler sur ces sujets une majorité, alors que nous sommes loin d’être majoritaires.

Ce sont des sujets qui font aujourd’hui consensus, du moins au niveau des principes et des grandes déclarations. En revanche, certains reprochent aux élus d’Europe Ecologie d’avoir tous voté, sauf José Bové, pour une résolution estimant que le nucléaire faisait partie des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Or on n’attend pas vraiment des écologistes qu’ils défendent le nucléaire…

Il fallait que le Parlement adopte une position commune pour avancer sur le dossier du réchauffement climatique, et le nucléaire en faisait partie. Les membres de la commission énergie nous ont dit que ce n’était pas l’idéal, mais qu’il fallait accepter cette position assez mitigée vis-à-vis du nucléaire pour pouvoir avancer. J’ai donc suivi la politique du groupe.

Une fois élue, il faut accepter de faire des compromis…

Oui, si cela peut permettre d’avancer et d’arriver à des points d’accords. Il faut aussi trouver des alliés. Pour la régulation financière, par exemple, nous sommes arrivés avec les socialistes à une position commune établissant que les banques ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent.

Quel est le poids de ce type de résolution ? On n’a pas vraiment l’impression que les banques sont aujourd’hui beaucoup plus contrôlées qu’avant la crise financière…

Certaines résolutions deviennent des directives, car la Commission est obligée de les mettre en œuvre. Cela devrait être le cas pour celle concernant la régulation financière. Nous avons par ailleurs empêché le transfert de données bancaires que réclamaient les Etats-Unis sous couvert de lutte contre le terrorisme. La Commission était favorable à ce transfert, mais le Parlement a pu éviter cela en adoptant une résolution interdisant ce transfert pour défendre la vie privée.

Maintenant que vous êtes à Bruxelles, n’êtes-vous pas incitée à oublier la Savoie ?

Pas du tout. J’en parle dès que je peux et j’ai une permanence à Chambéry qui montre mon attachement à cette région. On y trouve d’ailleurs deux grosses affiches du Mouvement Région Savoie attestant du fait que nous défendons une position commune. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile d’agir là-dessus à Bruxelles, car, pour la Savoie, ce sont d’avantage les enjeux nationaux qui posent problème.

Bruxelles ne pourrait-il pas être le lieu où se développerait une nouvelle approche de la région, européenne et fédérale ?

Si, et les libéraux (ndlr : groupe qui compte notamment parmi ses membres les élus MODEM) sont d’accord avec nous sur l’idée qu’il faut une Europe fédérale. En étant alliés avec l’ALE, les élus d’Europe Ecologie font aussi tout un travail au niveau de la reconnaissance des langues minoritaires ou de la protection de la diversité culturelle. J’agis personnellement à ce niveau au sein de la commission éducation. Mais les états restent néanmoins dominants sur ces sujets, et force est de constater que les Français ont encore un problème avec l’impensé colonial. Cela se révèle notamment par le fait que la France n’a pas suffisamment réfléchi à sa relation avec l’Islam.

Est-ce en tant que musulmane que vous défendez fortement les Palestiniens ?

Non, c’est en tant que démocrate et pro-européenne défendant une Europe qui ne soit pas un supplétif des Etats-Unis. L’Europe doit aussi penser autrement son rapport à la rive sud de la Méditerranée. On ne doit pas se louper là-dessus et s’aligner sur les positions américaines, car c’est notre espace. Or le gros nœud actuel, c’est la politique d’Israël qui symbolise en fait la colonisation. Alors comment avancer sans défendre notre vision de la démocratie ? Quand tu penses ça, tu ne peux pas fermer les yeux sur des violations des droits de l’homme.

On peut vous rétorquer que, au Proche-Orient, la Libye ou la Syrie ne sont pas vraiment des modèles de démocratie…

Mais on le dit aussi ! Et la commission des droits de l’homme prend des résolutions pour ces pays. Mais il n’y a que quand on s’occupe d’Israël que l’on a tout de suite un chantage à l’antisémitisme. On nous dit : « Nous avons vécu la Shoa, donc c’est nous les victimes. » Pourtant, là, c’est eux qui en font des victimes. Et alors que nous sommes dans une période de décolonisation, ils continuent de coloniser.

On pourrait croire que vous êtes plus portée à défendre Gaza que la Savoie…

Non, on peut très bien combattre pour les deux. En fait, je me bats surtout pour une société plus juste et une culture d’avantage respectée.  Si je m’occupe de Gaza, c’est dans le cadre de ma participation à la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Agir pour l’évolution d’une entité administrative savoyarde, ce n’est pas évident d’aborder ça à Bruxelles, même si c’est sûr que la Savoie a une cohérence historique, géographique et culturelle. C’est une région de lacs et de montagnes. Rhône-Alpes, ce n’est pas la même chose.

Nous, c’est surtout en Savoie qu’on voudrait voir les gens se bouger. Et les régionales auraient pu être l’occasion pour Europe Ecologie de se positionner clairement. Or il suffisait de lire les professions de foi pour constater que le sujet de la région Savoie avait été mis de côté.

Europe Ecologie est en pleine construction. Lors des Européennes, une voix singulière a été portée, notamment par François Alfonsi et moi-même qui avons beaucoup défendu cette région Savoie. Mais ensuite, plein de nouveaux sont arrivés et ils n’avaient pas notre vision du régionalisme différencié. Un travail éducatif a du être fait, y compris avec Philippe Meirieu, notre « tête de gondole » qui craignait que régionalisme soit synonyme de fermeture. Il fallait donc d’abord agir en interne, et on ne pouvait pas en même temps porter cela politiquement à l’extérieur. Et puis il faut aussi bien voir que cela n’a pas intéressé les Rhônalpins, car la Savoie est un enjeu de pouvoir pour Rhône-Alpes. Ils ne veulent pas la lâcher. Ils devront pourtant bien le faire.

Mais c’est déjà ici que, au sein d’Europe Ecologie, on a constaté une opposition. Les Savoyards n’ont pas été clairs et unis sur le sujet de la région Savoie.

Je crois que le vote aux Européennes, quand on regarde les résultats que l’on a fait dans des petits villages de Savoie, montrent clairement que les Savoyards veulent une région.

Là, je ne vous parlais pas de la population mais de ceux qui se présentaient aux élections lors des régionales. Malgré les bons résultats obtenus en Savoie et la place d’élu qu’a obtenue Noël Communod, on peut penser qu’ils sont passés à côté de l’enjeu de cette élection en éludant dans leur programme la vision régionale qu’ils sont censés défendre. Or si on ne défend pas sa vision de la région lors d’élections régionales, qui plus est à la veille d’une réforme des collectivités locales, on est un peu à côté de la plaque. En Savoie, où les Verts sont organisés depuis plus de 20 ans en région Savoie, cela aurait même du aller de soi. Mais au lieu de voir porter ces idées, on a assisté à des rivalités personnelles et à des manœuvres qui montrent surtout que les travers de la politique à l’ancienne sont toujours bien présents.

Je ne suis pas tout à fait d’accord, mais c’est sûr qu’il faut arrêter ce genre de pratiques. Europe Ecologie, c’est un enjeu historique qui doit permettre de créer un nouveau mouvement politique. On a une grosse responsabilité, car on ne peut pas continuer avec cette société folle qui conduit la France, cinquième pays le plus riche du monde, à avoir huit millions de pauvres. Alors c’est vrai que, au sein d’Europe Ecologie, on tâtonne tous, personne ne sait vraiment où il va. Les Verts vont-ils se désintégrer, doit-on s’associer avec le PS, avec cap 21 ? C’est très complexe, mais il faut accepter l’expérimentation, avec le risque de l’échec. Les universités d’été qui vont se tenir à Nantes seront un moment important pour mieux définir notre projet et structurer le mouvement. Je vous invite à y venir.

Ben nous, on vous invite à participer au colloque que La Voix organisera le 4 décembre à Chambéry. Il s’intitulera : Dessine moi une Savoie. Car alors que l’on parle de fusion et de réforme des collectivités, il sera bon de mieux savoir ce qu’on veut en faire de cette Savoie. Nous inviterons donc des membres de la société civile et des responsables des différentes formations politiques de nos deux départements à venir débattre du sujet afin de tenter de dessiner une Savoie pour demain.

Eh bien j’y serai. La réforme territoriale, c’est important, car, ce qui se joue, c’est le problème de la gouvernance, au niveau du pays et des collectivités locales qui ont depuis des années de plus en plus de compétence et de moins de moins de moyens. Cette réforme doit donc permettre aux collectivités d’avoir les moyens de mettre en œuvre leur politique. Et là, on est face à pleins de questions. Qui va gouverner ? Comment ? Qui va faire quoi ? Quel sera le rôle des conseillers territoriaux ? Que va-t-il advenir de la compétence générale ? Si on veut avancer, il faut d’abord arriver à un accord sur ces questions de compétence. On ne peut pas juste dire qu’on va fusionner les deux départements.

Entretien : Brice Perrier

 

Commentaires  

 
-3 #5 Elodie 29-09-2010 09:01
Ah ! NOTRE culture. Parce que y en a encore qui croient que la culture, y compris la notre, est un objet figé. Et ben non. La culture, c'est les gens vivant sur un territoire qui la construisent. Alors oui, les langues régionales font parties de notre culture... au même titre que la langue arabe couramment parlé dans certaines de NOS cités.

Encore un détail : cet article ne parle pas de religion... il parle (pendant quelques lignes seulement) de Gaza et de droits de l'Homme. Alors pourquoi faut-il que vous embrayez direct sur "les musulmans ceci et les chrétiens cela" ? Seriez vous islamophobe mes amis ?
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+3 #4 le grand roc 21-08-2010 08:31
notre culture, c'est le saucisson. Pas le ramadan. L' islam c'est la tolérence zéro avec ce qui est différent, c'est à dire avec nous. Voyez la vie de Mahommet qui tuait tous ceux qui ne voulaient pas croire. (Jésus n'a jamais tué personne). Les musulmans d'Egypte, de Turquie ou du Pakistan ont donc tous les droits de maltraiter les chrétiens. Quant aux athées, il n'est même pas imaginable de ne pas être croyant sur les terres musulmanes.
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+10 #3 Savoisienne 10-08-2010 14:48
Gaza - Savoie Solidarité
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0 #2 septante-quatre 02-08-2010 20:57
il est grave ce michel "savoisien"...
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+2 #1 Savoisien 01-08-2010 20:03
Malika on a pas besoin de toi, si ça te plais de jouer a la kamikaze fait le a gaza mais pas ici ! gaza n'est pas le centre du monde que pense tu de ces chrétiens qui sont traités comme de la merde en pays musulmans voir condamné a mort pour avoir simplement feter noel !! meme a gaza les chrétiens sont chassés et persecutés et le Dafour ? etc.... pour ceux la tu t'en occupe quand ? c'est peut etre plus urgent et plus proche de la réalité parce que les morts chrétiens tués par les musulmans c'est dix fois pire qu'a gaza !!
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