En Bretagne, en Corse ou en Savoie, des autonomistes sont devenus conseillers régionaux. Sommes-nous du coup entrés dans le printemps des régions ?

« Le Printemps des régions et des peuples de France ». C’est ainsi qu’est intitulé le communiqué de presse envoyé hier par la fédération Régions et Peuples Solidaires, qui rassemble une dizaine de formations régionalistes françaises. Printemps des peuples, carrément ? Comme en 1848 avec la région qui remplacerait la nation ? Ça ne saute pas vraiment aux yeux quand on regarde les résultats de ces élections régionales. C’est qu’elles ont d’abord consacré le fait que le premier parti de France reste, et haut la main, celui des abstentionnistes. On a aussi assisté  au retour d’un Front National. Et puis, comme à chaque fois, ou presque, on a sanctionné ceux qui ont le pouvoir en votant pour une opposition qui, quand elle se retrouve aux manettes, ne change finalement pas grand-chose. Bref, à première vue, cela ressemble à une élection comme on en a vu bien souvent.

Arrivée historique d’élus autonomistes

Alors qu’est-ce qui fait dire à RPS qu’on assiste à un nouveau printemps des peuples dans nos régions ? Un phénomène qui semble avoir échappé à l’ensemble des commentateurs politiques. Une vague électorale qui n’est pas rose, mais multicolore, véhiculant les étendards de peuples dont la capitale ne se trouve pas aux bords de la Seine. En effet, RPS se réjouit que ces élections aient permis à 22 (un bon chiffre) élus autonomistes de devenir conseillers régionaux. La fédération déclare ainsi que « l’arrivée historique d’autant d’autonomistes dans les exécutifs régionaux démontre, sans l’ombre d’un doute, non seulement l’attachement des Français à l’échelon régional mais aussi la volonté affirmée de renforcer les compétences et les moyens financiers de la Région. » Estimant que cette véritable déconvenue du « gouvernement Sarkozy » (la plus lourde, quand même, de toute la 5ème République) symbolise le rejet massif de sa politique, RPS voit aussi dans ce résultat une opposition populaire à la réforme des collectivités locales. Pourtant, on ne peut pas dire que ce sujet ait été au cœur de la campagne. Du moins chez nous ou dans les grands médias nationaux. Reste que les élus RPS sont maintenant là en Bretagne (quatre), en Occitanie (cinq), en Corse (quatre) ou bien sûr en Savoie où Noël Communod est devenu dimanche conseiller régional.

Faire enfin de la politique autrement

C’est son accord avec Europe Ecologie qui permet à RPS d’avoir cette brochette d’élus se retrouvant aujourd’hui au sein des majorités régionales de gauche, notamment en Rhône-Alpes. Europe Ecologie qui, par la voix de Philippe Meirieu, annonçait hier soir sur France 2 vouloir « faire de la politique autrement », « en dehors des appareils traditionnels ». Cela ne va pas être évident, car ces appareils ne souhaitent évidemment pas lâcher le morceau, même s’ils sont aujourd’hui complètement dépassés. Ne nous leurrons pas non plus avec Europe Ecologie, qui n’est pas dénuée de tous les défauts de la politicaillerie… Mais cette formation apporte néanmoins incontestablement du neuf et il sera intéressant de voir comment ses nouveaux élus vont tenter de mettre en pratique ces beaux principes de renouvellement de la politique. D’autant que ça urge et qu’il vraiment temps de mettre en œuvre une authentique alternance, non plus partisane mais systémique, pour faire enfin et véritablement de la politique autrement, en dehors des appareils traditionnels, comme le dit Meirieu. Maintenant, il ne s’agit plus de le dire mais de la faire. Il s’agit aussi d’impliquer la population qui doit prendre conscience que c’est à elle qu’il revient de s’occuper de son destin, qu’il ne s’agit plus de signer des blancs-seings tous les quatre ou cinq ans en se rendant au bureau de vote. Cette implication, elle doit passer par la région, et donc par une réforme de la région. La Savoie devrait d’ailleurs être en première ligne dans cette réforme en commençant par se réunifier dans une collectivité nouvelle que nous annoncent depuis peu les boss de nos départements, sans d’ailleurs nous demander notre avis.

Les prémisses du printemps ?

Noël Communod vient donc de réclamer que toute modification de statut pour la Savoie se fasse de façon transparente dans le cadre de « la plus grande démocratie de proximité » alors que, pour l’instant, « tout cela reste une affaire entre élus ». Mais pour que Gaymard, Monteil et consort ne s’arrangent pas entre eux et que la nouvelle Savoie soit demain le reflet d’un peuple prenant en main sa destinée régionale, aux Savoyards de s’impliquer. Ne croyons surtout pas que le porte voix Communod arrivera à faire émerger une Savoie nouvelle du seul fait de son élection. Les élus régionalistes ne suffiront pas à provoquer un printemps des régions. Ce sont les peuples qui doivent directement manifester leurs aspirations pour que notre démocratie cesse d’être un simulacre. Espérons quand même que ces élections auront été les prémisses de ce printemps.

Brice Perrier

 

Commentaires  

 
+3 #14 04-04-2010 13:57
Ouais bon je vois, vous aussi vous mélangez l'état et le peuple.

La Savoie dans les états de Savoie est à voir comme le pays de Galles ou l'Ecosse dans le royaume britannique.

Encore une fois vous raisonnez d'un point de vue politico-politique qui n'a aucun sens quand on parle du peuple.
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-1 #13 02-04-2010 07:09
Teilhard de Chardin n'était ni d'extrême-gauche, ni d'extrême-droite, et personnellement, je ne pense pas que c'était un crétin, non plus ; je partage sa philosophie, et c'est à peu près celle que j'ai essayé de définir. Ensuite, si on lit les Savoyards d'autrefois et ceux qui les fréquentaient, on voit souvent revenir l'idée qu'ils auraient été bridés et assujettis non pas seulement au Duc ou au Roi, mais aussi à son entourage, constamment jugé trop piémontais depuis l'érection de Turin comme capitale. Joseph de Maistre y fait par exemple allusion. Mais l'ambassadeur vénitien Morosini, à la fin du XVIe siècle, aussi : il en parle déjà. Les Savoyards ont commencé à se plaindre dès que Turin est devenue la capitale générale des Etats de Savoie.
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+3 #12 01-04-2010 20:32
Rémi la Nation ne doit pas vouloir un état souverain mais une souveraineté de ses affaires intérieures.
Et oui la Savoie a été un état souverain, autant que la France l'est aujourd'hui dans l'Europe, elle l'était dans le Saint-Empire, puis dans le royaume de Sardaigne dans une forme plus proche de l'autonomie tout en possédant ses organes souverains comme le sénat.

L'universalisme c'est bon pour certains crétins d'extrême droite ou gauche, je suis surpris que vous évoquiez de ce type d'idéologie dangereuse.
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+3 #11 01-04-2010 20:30
Rémi la Nation ne doit pas vouloir un état souverain mais une souveraineté de ses affaires intérieures.
Et oui la Savoie a été un état souverain, vous qui avez ouverts quelques livres, je trouve bizarre que vous en doutiez. La Savoie était souveraine autant que la France l'est aujourd'hui dans l'Europe, elle l'était dans le Saint-Empire, puis dans le royaume de Sardaigne dans une forme plus proche de l'autonomie tout en possédant ses organes souverains comme le sénat.
Les autres entités du Saint empire sont aujourd'hui dans l'Europe sous une forme indépendante ou autonome.

L'universalisme c'est bon pour certains crétins d'extrême gauche ou droite, laissez tomber ce genre d'idéologie.
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+3 #10 01-04-2010 20:22
Mais Brice vous pouvez considérer ce que vous voulez, seulement dites le que vous n'êtes pas d'accord tout seul, avec la sémantique générale et l'histoire. Ce n'est pas à la réalité à s'adapter à vous. La nation ne s'oppose pas à la région comme vous voulez le croire à tort. La Nation c'est le peuple et la région, c'est le territoire.
Ce que vous faites, c'est comme de dire que la race canine et le chenil c'est la même chose, tout en essayant de les opposer.
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-1 #9 31-03-2010 11:25
(En tout cas, le royaume de Piémont-Sardaigne était souverain ; mais la Savoie en son sein, ce n'est pas sûr : elle apparaît plutôt comme une subdivision d'un royaume à tendance multiethnique, comme celui des Habsbourg, ou la Suisse.)
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-2 #8 31-03-2010 11:09
(La Suisse correspond à la 3e définition, remarquez. Mais le duché de Savoie a-t-il en soi été souverain, je ne suis pas sûr ; peut-être tant que le duc demeurait à Chambéry, d'Amédée VIII à Charles II (ou III selon les historiens). Cela se discute.)
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-2 #7 31-03-2010 11:06
J'ai le sentiment que le débat est un peu politique, car on présuppose que toute nation doit avoir son Etat souverain. Mais pour moi, déjà, je le reconnais, cela ne va pas de soi. Je suis plutôt pournune fédération mondiale des nations, en fait. Pour moi, l'échelon de la souveraineté doit être l'humanité tout entière, et non la nation.

A partir de là, je ne suis pas trop gêné, je crois, pour étudier la question, en ce qui concerne les Savoyards, non d'un point de vue politique, mais du point de vue des définitions du Petit Robert.

La n° 1, pour "nation", est "groupe d'hommes auxquels on suppose une origine commune" ; or, les Savoyards ont été assimilés tantôt aux Allobroges, tantôt aux anciens Bourguignons, lesquels avaient au fond rconstitué le royaume alloboge.

Le deuxième sens : "goupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun". Le sentiment patriotique, en 1860, a bien eu pour effet de contraindre les Savoyards du nord à demeurer avec les autres, par souci d'unité : il y avait bien la conscience d'une unité. Ensuite, la Savoie n'était ni assez vaste ni assez puissante pour créer un Etat souverain, c'est à dire pour prendre le choix non seulement de vivre ensemble, mais également seuls, à l'exclusion des autres communautés. Cela dit, dans "Alpage de mon enfance" de Guy Chatiliez, il y a bien l'idée, chez les Savoyards de la Vallée verte autrefois, que la Savoie était un petit pays entre la France, la Suisse et l'Italie. C'est mal compris à l'extérieur, car on présuppose que les Savoyards se rattachaient tantôt à la France, tantôt à l'Italie, tantôt à la Suisse, mais la réalité est qu'ils se rattachaient en premier lieu à la Savoie elle-même. Que cela crée spontanément un Etat souverain ou non n'est pas mon problème : c'est une question juridique. Sur le plan historique, les Savoyards se forgeaient ou tendaient à se forger des références propres, mais dans le cadre, il faut l'avouer, de la langue française, en général. C'était donc un peu ambigu. Pas plus cependant que pour la Suisse, qui n'a pas non plus de langue propre : on pourrait aussi bien dire que la Suisse n'est pas une nation ; cela n'empêche pas l'existence de son Etat, parce que ses dirigeants étaient puissants et étaient situés au croisement des Italiens, des Français et des Allemands. Les Savoyards étaient pareillement entre l'Italie et la France. La Savoie est une sorte de Suisse du sud, de Suisse latine.

Il y a maintenant le 3e sens : "groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini, et personnifiée par une autorité souveraine" ; or, il faut reconnaître qu'en soi, le duché de Savoie ne s'est pas recoupé avec cette définition : les Savoyards étaient soumis à une autorité qui régnait aussi sur les Piémontais, et donc, leur souveraineté était conditionnée par les besoins du Piémont, et ensuite de Nice et de la Sardaigne.
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-2 #6 30-03-2010 08:22
aymon, c'est bien de continuer à s'insurger.
maintenant, je vous ai expliqué ici pourquoi je ne défends pas la nation, car c'est une notion qui représente ce qui s'est fait au 19ème siècle. après avoir lu hier le dernier livre d'hervé gaymard, "nation et engagement", je n'ai pas changé d'avis. je vous ai aussi dit pourquoi je ne crois pas qu'on puisse qualifier la savoie de nation. je ne crois pas avoir été trop flou, mais vous avez bien sur le droit de ne pas d'accord.
comme ce sujet semble vous intéresser, vous apprécierez sans doute de bientôt pouvoir lire sur ce site une longue interview d'un grand sociologue qui pourrait permettre de concilier nos deux positions, car son contenu a de quoi rendre tout le monde content !
quant au printemps des régions, je n'ai fait que citer le titre du communiqué de RPS, que je trouve bien d'ailleurs, même si ce printemps ne semble pas encore vraiment là. la région est un échelon d'avenir, mais un échelon qui est encore à inventer, ou qui peut-être se fera naturellement. mais il ne se ressemblera évidemment pas à la région administrative française actuelle.
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+3 #5 29-03-2010 19:03
Oui je suis d'accord Rémi, mais je m'insurge contre la propension de Brice à opposer les termes "région" et "nation".

La nation ne désigne pas le territoire mais un peuple avec une histoire une culture et des liens.
Le fait de vivre dans la même région ne fait pas un peuple pour autant.

on assiste plus à un printemps de la diversité des peuples d'Europe.
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