Une monnaie locale va être créée de toutes pièces dans la cité des ducs. Un moyen de permettre à terme à la Savoie de retrouver une autonomie économique ? Explication.
Des billets de 1, 5 ou 10 allobroges pour acheter son pain, payer son coiffeur ou régler son addition au restaurant : encore une utopie d'écolos bobos, diront certains. Pourtant, cela pourrait devenir une réalité à Chambéry. En fait, cela fait près d'un an que la création d'une monnaie locale cogite dans les têtes de Joris Frere et Yves Macquet, les instigateurs du projet. Ils ont déjà tous les deux participé à la création et/ou au développement du SOL (monnaie complémentaire sociale), le premier à Grenoble et le second à Lille. Mais, cette fois-ci, ils n'entendent pas créer un nouveau SOL comme il en existe déjà un peu partout en France (voir www.sol-reseau.org ). « L'idée est de créer localement une monnaie complémentaire dont les règles du jeu et les finalités émaneront des acteurs locaux », explique Joris Frere. Il n'en fallait pas plus pour la municipalité chambérienne soit séduite et décide de participer à cette démarche sous l'égide de l'élu vert Henri Dupassieux.
Une monnaie locale à construire
Pour le moment, le projet en est à ses débuts. Une première rencontre aura lieu le mercredi 27 janvier (voir ci-dessous). « Il s'agira de jeter les bases qui détermineront la nature de cette monnaie », annonce Joris Frere. Seule certitude, cette future monnaie locale sera complémentaire de l'Euro, monnaie en vigueur en Savoie, et ne pourra être échangée que sur un territoire donné. « Son fonctionnement dépendra des acteurs qui souhaiteront s’investir dans sa création. La monnaie peut être abordée sous l’angle marchand, avec une valeur en euro, et sous l’angle non-marchand avec une valeur en temps ou en bons. A partir de là, tout est imaginable ! » Autrement dit, les Chambériens vont devoir inventer leur propre système, c'est-à-dire définir collectivement comment l'on pourra obtenir et dépenser cette future monnaie locale. Mais y aura-t-il des pièces ? « Pas forcément, certains systèmes fonctionnent avec des billets, mais d’autres utilisent des feuillets, des comptes informatisés, ou encore des cartes à puce », souligne Joris Frere.
De nombreuses expériences similaires existent
Présenté ainsi, ce projet peut paraître un brin utopiste. Sauf qu'il existe déjà des monnaies locales complémentaires qui fonctionnent un peu partout en France et dans le monde. La dernière créée remonte au week-end dernier. Il s'agit de l'abeille, mise en circulation par l'association Agir pour le vivant sur la commune Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) et ses alentours.
Là-bas, les habitants peuvent désormais échanger des abeilles contre des euros pour régler leur facture chez une quarantaine de commerçants participant à l'opération. 2 500 billets ont été édités, d'une valeur de 1, 5 ou 10 abeilles (l'abeille vaut un euro). Quelques jours plus tôt, une autre monnaie locale complémentaire, l'occitan, était lancée à Pézenas (Hérault) sur le même principe : redynamiser l'économie locale et pallier les déficiences du système monétaire actuel devenu incontrôlable. Ces monnaies, qui ne servent qu'à échanger, sont toutes aussi légales que les chèques déjeuners, les bons d'achat des grandes surfaces ou les points des cartes de fidélité.
Retrouver une autonomie économique régionale
« L'objectif principal est de contribuer au développement d'une économie fondée sur des valeurs écologiques sociales », explique Joris Frere. Il s'agit de créer petit à petit une masse monétaire qui sera réinvestie dans l'économie locale, à l'inverse de l'euro déposé sur un compte bancaire classique qui sera spéculé sur les marchés financiers internationaux. « Cela permet aussi de faciliter les échanges et de créer des mécanismes de solidarité et de coopération entre différents acteurs, toujours dans la perspective d'un développement humain soutenable. Plus précisément, ces nouvelles relations monétaires pourront voir le jour en privilégiant les circuits courts et les produits du coin, les initiatives locales, les services locaux et la valorisation du bénévolat. » En d'autres termes, les monnaies locales complémentaires sont l'outil privilégié d'une relocalisation de l'économie, donc par la même occasion d'une réduction des transports de marchandises et de la limitation de l'empreinte écologique. Mais ce n'est pas le seul outil : il y a aussi les coopératives municipales et le revenu garanti (voir http://jeanzin.fr/index.php?post/2009/07/14/Relocalisation-mode-d-emploi ).
Et si on l'appelait allobroge ?
La plus populaire de ses monnaies est en circulation en Allemagne. Il s'agit du Chiemgauer de Bavière. Lors de son lancement en 2003, vingt entreprises participaient au système et quelques dizaines de consommateurs. Aujourd'hui, ils sont plus de 700 consommateurs et 380 entreprises à l'utiliser en complément de l'euro. Un joli succès qui a permis d'encourager le commerce régional tout en finançant des projets associatifs (crèches, orchestres, complexes sportifs), mais aussi de tisser localement les premières mailles de l'utopie écologiste. Les Chambériens vont aussi s'y mettre et c'est plutôt une bonne nouvelle. Consommeront-ils un jour uniquement avec cette nouvelle monnaie ? « A l'aube du projet, tout est imaginable », estime Joris Frere. Rêvons à notre tour que cet autre moyen d'échange que sera cette monnaie par rapport à l'euro (monnaie internationale d'échange) soit l'occasion de démontrer qu'il s'agit d'un moyen d'échange complémentaire, au même titre qu'une culture régionale entretient la diversité face à l’uniformisation française et anglo-saxonne. Alors pourquoi ne pas donner le nom d'allobroge à cette nouvelle monnaie ?
Mikaël Chambru
Pour en savoir plus : Une première rencontre pour « créer ensemble une monnaie locale à Chambéry » est organisée par le comité local SOL 73, le mercredi 27 janvier de 18h30 à 20h30, à la maison des associations de la cité ducale, 67 rue Saint-François-de-Sales. La soirée débutera par une projection du documentaire La double face de la monnaie. Infos au 04 56 77 14 42 (Joris Frere) et au 06 15 31 25 90 (Yves Macquet).


Commentaires
je rêve voir un jour mon enfant compter les génépis que la ptite souris aura glissée sous son oreiller
Je suis volontaire ;)
prononcé lo lyòr !
Et puis pourquoi allobroges? C'est trop long comme nom pour une monnaie.
Il y a certainement un nom savoyard à faire revivre.
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