Pascal Valentin veut une liaison entre Aime et La Plagne pour réconcilier les habitants d'en bas et ceux d'en haut. Un vieux projet souvent évoqué mais jamais réalisé. Est-ce le moment de l'entreprendre ?

A Aime, haut lieu historique de Tarentaise, on avait perdu l'habitude d'avoir une compétition électorale pour les municipales. L'équipe en place depuis 23 ans s'était en effet vu reconduire aux dernières échéances sans opposition. Mais dimanche prochain, les Aimerains vont avoir le choix entre la continuité et le changement proposé par Pascal Valentin. A la tête d'une liste intitulée « Entreprendre à Aime » (voir ici), ce commerçant de La Plagne veut renforcer le lien qui relie Aime à cette grande station de ski. Et d'abord en défendant un projet de liaison téléportée. Une vieille idée qu'il a remis à l'ordre du jour. Elle pourrait symboliser une politique d'aménagement de la montagne devant aujourd'hui s'adapter à un tourisme qui ne se focalise plus exclusivement sur le ski. Et elle s'intègre dans une tendance où le transport doit trouver des alternatives à la voiture. Alors on a voulu en causer avec Pascal Valentin, à quelques jours de son premier rendez-vous électoral.

Pascal Valentin, à la tête de la liste « Entreprendre pour Aime », vous prônez la construction d'une liaison entre Aime et La Plagne. C'est la principale chose à entreprendre à Aime aujourd'hui ?

Il n'y a pas que ça, mais ce projet renvoie au sens de ma candidature. J'habite au centre d'Aime et je vois le village s'éteindre. Depuis dix ans, trois hôtels ont fermé et les commerces sont en difficultés. Le samedi, on ne voit personne. C'est comme s'il y avait deux dimanche ! Le calme absolu, alors qu'on vit aux pieds d'une des plus grande stations du monde. De là est venue l'idée que cette liaison téléportée station-village pourrait régler pas mal de problèmes. Et d'abord le fait que si 800 000 skieurs viennent à La Plagne chaque année, 200 000 personnes y séjournent aussi sans faire de ski. Or c'est une station totalement faite pour les skieurs, et même elle essaie de s'adapter en proposant d'autres activités, on voit des gens se balader au bord de la route. Si seulement 20 % d'entre eux descendaient dans la vallée, cela serait un changement colossal pour Aime. Mais pour les touristes aussi. Car en gros, à La Plagne, ils trouvent de magasins de ski, des restaurants et des vendeurs de saucisson. En bas, il y aura le fleuriste, le coiffeur, le marchand de chaussure, le genre de commerce qu'on trouve en ville. Ils pourront aussi visiter la Basilique ou se promener dans un environnement très différent de celui d'une station. Cela serait un apport énorme. Y compris pour les skieurs.

Car eux aussi pourront se servir de cette remontée.

Bien sûr. Et on va avoir des gens qui se baladent à Aime en tenue de ski, ce qu'on ne voit jamais aujourd'hui, à la différence de Bourg Saint Maurice ou Brides les Bains. A Aime, on n'a aucun signe extérieur de station de ski visible. Cette liaison permettra également d'éviter d'assister chaque matin au rallye de La Plagne, avec des centaines de voitures qui montent en station, souvent avec un seule personne dedans. Cela pose un vrai problème de pollution et de coût du transport qui pourrait être ainsi résolu. Maintenant, il faut faire ça avec intelligence et cela ne va pas sortir en six mois.

On en parle d'ailleurs depuis très longtemps...

Oui, depuis trente ou quarante ans, notamment du côté de la municipalité sortante. Mais nous disons qu'il ne faut pas seulement en parler mais le faire. D'ailleurs, depuis qu'on a mis ça en avant, d'autres candidats le reprennent et le mettent cette fois au programme, qu'il s'agisse de la liste des sortants ou de celles qui se présentent dans la commune voisine de Macot. Tant mieux, car c'est un projet de canton qui doit tous nous impliquer.

Et c'est vous qui l'avez relancé ?

Nous sommes en tout cas les premiers à en avoir parlé en décembre, et ça a fait bouger tout le monde.

Combien coûterait une telle liaison ?

Aujourd'hui, on ne le sait pas, donner des chiffres serait parler dans le vide. Mais cela aura un coût qui dépasse ce que Aime et Macot pourraient se payer. Un projet similaire réalisé à Flaine récupère des capitaux jusqu'au niveau européen. Car les liaisons urbaines sont à la mode en raison de leur efficacité et de leur intérêt écologique. Il y a un mouvement général, et c'est pour ça qu'on ne parle pas du tout de remontée mécanique mais de liaison. On n'aurait pas de subvention pour une remontée mécanique. Je préfère parler de cordon ombilical véhiculant l'idée de réconcilier les habitants de Aime, ceux d'en bas et ceux d'en haut. Car il y a un vrai décalage. On peut d'ailleurs me reprocher d'être un gars du haut. Il demeure deux monde un peu étranger.

Surtout que les gens en station ne sont bien souvent pas originaires du coin, comme vous d'ailleurs. Vous fait-on ressentir que vous êtes un étranger ?

C'est sûr que c'est mieux d'avoir trois générations au cimetière. Mais je suis là depuis 1976 et on ne me considère pas comme un étranger. Juste comme un mec d'en haut.

Et les gens d'en haut sont vus comme des riches ?

Un peu, surtout les commerçants. Mais il y a beaucoup de personnes de la vallée qui font leur vie en station, et cette liaison pourrait vraiment jouer ce rôle de cordon. Car les gens du village doivent également monter là-haut. C'est aussi leur territoire, avec Aime 2000 et Montalbert.

On peut avoir des réticences sur le fait de créer de nouvelles remontées mécaniques dans une vallée déjà sur-équipée comme la Tarentaise, même si on appelle ça une liaison. Qu'en pensent les associations écolos ?

Il n'y a aucune réaction dans ce sens là. Mais avec 2000 voitures de moins sur la route chaque jour, on pourrait faire le bilan carbone de l'opération. Les transports par cable sont un mode de déplacement en vogue et il y a beaucoup de projet en cours. On incite à aller vers cela, y compris dans le SCOT (schéma de cohérence territorial) de Tarentaise où l'on parle de liaison téléportée pour des raisons écologiques.

Ils ne vous ont pas attendu alors !

Personne n'a le monopole des bonnes idées, mais nous avons la détermination ! En fait, on a découvert récemment que le SCOT envisageait de telles liaisons entre Seez et la Rosière, Bozel et Courchevel, et Aime et la Plagne. Mais on avait déjà fait un document sur ce sujet, en pensant que cela aurait dû être fait depuis bien longtemps. Car même si on peut bien vivre à Aime, on n'est pas loin des soins palliatifs et on craint de devenir une cité dortoir de Bourg Saint Maurice. Je vois bien où filent toujours mes mômes. C'est triste de voir Aime mourir à petit feu, avec ses belles fleurs. Cela nous a incité à remettre sur la table ce projet. On ne l'a pas inventé, mais on veut cette fois vraiment le lancer, en sachant que ça ne prendra pas deux ans.

Combien de temps faudra-t-il ?

Je ne donne pas de date. Cela pourrait prendre cinq ans, dix, on ne sait pas. Mais on s'engage à lancer le truc, à déterminer où devra passer cette liaison, quelles sont les zones à protéger, l'engin le plus pertinent à utiliser. Et à aller chercher l'argent pour le réaliser.

Propos recueillis par Brice Perrier

 

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