Le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines via le Mont Joly est en passe d'être réalisé. Une nouvelle victoire du business de l'or blanc sur nos montagnes ?

Il y a un an, quasiment jour pour jour, nous vous révélions que le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines par les crêtes du Mont Joly était de nouveau d'actualité après l'échec du projet de 2006 via l'Aiguille Croche. Défendu par les élus dans nos colonnes comme « un atout marketing pour faire venir les touristes », il était fortement contesté par ceux qui refusaient de voir le business de l'or blanc s'emparer du dernier espace vierge d'aménagements touristiques dans le secteur (voir notre article). Un an plus tard, tout semble indiquer que ce projet vieux de trente ans sortira bel et bien de terre d'ici la fin de l'année, au plus tard en 2013, la dynamique contestataire lancée par les opposants n'ayant pas permis de faire reculer les élus. Tout du moins pour l'instant. Résultat, le projet a été présenté publiquement le 20 décembre dernier à Saint-Gervais devant 400 personnes. Etat des lieux sur la situation.



Statut quo entre les pro et les anti

Après avoir fait réaliser des études d'impact sur demande de l'Etat et de la Dréal (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), le Syndicat d’aménagement intercommunal du Mont Joly (SAIMJ) a finalement opté pour la création d'un seul télésiège qui fera la liaison le téléski du Véleray aux Contamines et le télésiège du Mont Joly à Saint-Gervais. L'installation de cette nouvelle infrastructure de 1,3 km de long et ayant un débit de mille personnes par heure nécessitera un investissement de 3,5 M€, et non pas de 6 M€ comme annoncé par les opposants lors de leur manifestation du 18 juin dernier. « C'est la version la plus minimaliste possible de ce qu'on pouvait faire », affirmait le 20 décembre dernier Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais et président du SAIMJ. Et d'ajouter, pour tenter de convaincre une dernière fous les opposants présents dans le public, « c'est un projet particulièrement respectueux de tout ce qu'on peut respecter. La liaison respecte les contraintes environnementales, économiques et sécuritaires ». En vain. Les opposants dénoncent toujours, refusant plus que jamais que « le Mont Joly soit une montagne massacrée sur l’autel du profit et du tout ski », un projet qui « ne servira que quelques intérêts privés au détriment du patrimoine naturel commun et de la sécurité ». Chacun campe donc sur ses positions, en reprenant les mêmes arguments qu'il y a un an. On ne va pas refaire à nouveau le débat. 

Un projet qui ne sera pas sans conséquence

Il est plus en revanche plus étonnant de lire que le Mont Joly est, selon l'annexe 1 du rapport de présentation du projet de Plan local d'urbanisme (PLU) de Saint-Gervais arrêté le 16 février 2011, un site « très sensible ». Et selon les termes du rapport de présentation du PLU approuvé en 2006, il « mérite de ne pas être aménagé ». D'ailleurs, le Commissaire enquêteur le fait lui-même remarquer dans son rapport d'enquête daté du 29 juillet 2011 réalisé dans le cadre de la révision du dit PLU : « la protection du patrimoine et des paysages est une des premières orientations du PADD (ndlr : projet d'aménagement et de développement durable), or certains projets semblent peu compatibles (...) comme la liaison prévue entre le domaine skiable de Saint-Gervais et des Contamines. » Logique, puisque toute nouvelle infrastructure touristique porte, in fine, nécessairement atteinte au paysage, d'autant plus quand ce dernier est resté jusqu'à aujourd'hui tant bien que mal « sauvage ». « La montagne forme un espace sensible et fragile où l'intervention humaine n'est pas sans conséquences », affirme même Jean-Marc Peillex sur le site internet de la commune à propos de sa campagne La Montagne à l'état pur, lancée en 2004 et dont l'objectif affichée est d'empêcher le Mont-Blanc ne devienne un parc d'attractions. En sacrifiant le Mont Joly ? La question n'est pas si stupide qu'elle n'y paraît, puisque pour le maire de Saint-Gervais il n'y a pas de contradiction entre sa campagne « éco-logique » et l'implantation d’un nouveau télésiège dressant des pylônes sur le Mont Joly. Comprendra donc qui voudra.


Les études d'impacts ont été réalisés

Le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines par les crêtes du Mont Joly devrait donc voir le jour d'ici la fin de l'année 2012, avec un début des travaux prévu pour le printemps prochain, « si les gestionnaires des deux domaines souhaitent faire les investissements ». Seule incertitude, la durée que prendront les procédures administratives nécessaires à la réalisation de nouvel aménagement touristique. Car, comme nous vous le révélions en mai dernier (voir notre article), c'est toujours le flou législatif sur le sujet, dans l'attente de l'entrée en vigueur des décrets d'application de la loi Grenelle 2, dont personne n'est en capacité de nous donner une date à ce jour. Actuellement, une simple étude d'impact menée localement – ce qui a été fait – serait donc suffisante selon la loi, évitant ainsi la procédure contraignante d'Unité touristique nouvelle (UTN), et ce même s'il s'agit d'une liaison qui à terme permettra de rejoindre deux grands domaines skiables. Autrement dit, il ne resterait plus qu'à faire signer les permis de construire pour que le télésiège sorte de terre. Pas d'UTN donc. Pourtant, Jean-Marc Peillex affirmait, dans le rapport d'enquête publique de révision du PLU de Saint-Gervais révisé en 2011, que « la liaison Saint-gervais / les Contamines fera l'objet d'une UTN et le public sera alors consulté ». Ce n'est pour le moment plus d'actualité. Logique.

Les opposants toujours remontés

Les opposants au projet, réunis depuis le printemps dernier au sein du collectif du Mont Joly, n'ont pas pour autant dit leur dernier mot. « On va se battre jusqu'au bout, c'est une évidence, nous assure Laurence Mathey de l'Association pour la Sauvegarde du Massif du Mont-Joly (ASMMJ). Mais comme on le craignait, les élus s'appuient sur le vide juridique laissé par la non promulgation et la non entrée en vigueur des décrets d’application du Grenelle 2. » Le collectif va se réunir dans les prochains jours pour mettre sur pied sa nouvelle stratégie afin de faire capoter le projet. « On va certainement prendre un avocat pour nous aider. Si tout n'est pas légal, on ira au tribunal administratif. Il y a plein de possibilités auxquelles on réfléchit actuellement : attaquer les permis de construire une fois signés, attaquer le PLU de Saint-Gervais, attaquer le SCOT des Contamines, mobiliser les lois Grenelle 2... », confie Laurence Mathey. La partie n'est donc pas encore gagnée pour Jean-Marc Peillex et le SAIMJ, même si tout laisse à penser que le business de l'or va remporter une nouvelle victoire sur nos montagnes. Une réalité qui rappelle que les bonnes intentions de l'appel à construire une nouvelle vision pour les espaces montagnards (voir notre reportage vidéo) ne sont pas suffisantes, pour ne pas dire inutiles. Tout du moins pour sauver le Mont Joly du ski-marketing.

Mikaël Chambru


Mise à jour du 9/01/12. 

Plusieurs décrets de la loi Grenelle 2 (loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement) viennent d'être publiés au Journal official. Ils entreront en vigueur à partir du 1er juin prochain et ne concerneront pas les procédures administratives lancées avant cette date, ce qui pourrait sauver le projet de pylônage du Mont Joly conduit par la SAIMJ... et ce qui expliquerait l'empressement de cette dernière à lancer les travaux d'ici le printemps prochain. Pour faire simple, la nouveauté c'est que trois de ces décrets (n°2011-2018, n°2011-2019, n°2011-2021) stipulent que s'il y a étude d'impact - ce qui a été fait par le SAIMJ pour le projet de liaison - il doit obligatoirement y avoir une enquête publique. Résultat, cela rallonge considérablement les procédures administratives d'autorisation des travaux, cela rend obligatoire la consultation du public, et surtout cela peut potentiellement conduire à l'annulation du projet.

 

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