A Tignes, le projet d'un hôtel 4 étoiles au bord du lac fait polémique. Mountain Wilderness demande au Préfet de refuser la construction alors que le maire plaide pour un établissement d’un nouveau type. 

Si toutes les procédures aboutissent, un nouvel hôtel devrait voir le jour d'ici deux ans sur les bords du lac de Tignes, en lieu et place du chalet du CIHM (Chalets internationaux de haute Montagne) sur un terrain municipal. Il s'agit d'un établissement 4 étoiles, présenté comme un « hôtel d'exception » et comptant 100 chambres, sur quatre étages et 200m de long. Ouvert les 3/4 de l'année, il devrait accueillir des séminaires, des stages d'entreprise, un centre de remise en forme pour sportifs de haut niveau, et serait aussi destiné à une clientèle issue des pays émergent et friande de luxe. On espère notamment la venue des Russes. « Ce type d’hôtel n’existe pas encore dans les Alpes françaises et européennes », a déclaré Olivier Zaragoza, le maire de Tignes. Cette Unité touristique nouvelle (UTN) nécessiterait un investissement de 50 millions d'euros pour sortir de terre. Une somme que le groupe de transport routier Charles André - 800 millions de chiffre d'affaires - injecterait.

Les écolos opposés au projet

Ce projet d'hôtel a été présenté pour la première fois le 11 juillet dernier par le maire de Tignes lors d'une séance du conseil municipal. Puis une seconde fois aux habitants de la station le 9 août. « Ce projet nous apparaît comme essentiel dans le développement touristique de Tignes. Un hôtel 4 étoiles ne peut être qu’un atout économique pour notre station », argue Olivier Zaragoza dans le courrier adressé à ses administrés. Une position que ne partage pas du tout l'association Vivre en Tarentaise, pour qui ce projet s'inscrit au contraire dans une fuite en avant de l'immobilier, « où le bétonnage de la montagne fait rage en Tarentaise ». « La principale conséquence est la conquête de toujours plus de foncier, la destruction de toujours plus de paysages, l'imperméabilisation de toujours plus de terrain », ajoute de son côté Mountain Wilderness. Et Vivre en Tarentaise de s'interroger : « Où allons-nous ? Sur quoi pourra s’appuyer le tourisme futur de cette vallée  dans l’hypothèse plausible où le réchauffement climatique viendrait à réduire notablement la pratique du ski ? » Sans doute sur une activité qui ne se cantonnerait pas à l’hiver. Comme celle de cet établissement qui serait ouvert hors saison de ski ?

Depuis l'été, le projet a évolué. Le futur hôtel serait reculé des bords du lac de près de 30m, son architecture devrait être la plus intégrée possible et le bâtiment est présenté comme un modèle d'économies d'énergie. « Ce futur hôtel sera l’un des premiers hôtels bioclimatiques HQE (ndlr : haute qualité environnementale) en stations de ski en respectant le contexte sensible d’un lac de montagne », souligne le maire de Tignes. Pour Vivre en Tarentaise, la construction de ce nouvel hôtel de luxe mettrait surtout à mal un cadre paysager exceptionnel habituellement fréquenté par les promeneurs et les pêcheurs. « Le projet exposé dans le dossier risque de dénaturer le site, couloir naturel entre les deux zones urbanisées des stations de Tignes et de Val Claret. La taille, la forme, le style des bâtiments envisagés n’ont rien à voir avec l’existant qui pourrait sans doute être rénové. »

Une impossibilité réglementaire de réaliser ce projet ?

Malgré les protestations des associations environnementalistes, le projet vient de recevoir l'avis favorable de la Commission départementale des sites et des paysages. Ayant une emprise au sol de 11 000 m2, soit juste en dessous du seuil qui oblige à passer devant la Commission UTN du comité de Massif, c'est maintenant le Préfet de Savoie qui va devoir signer un arrêté qui autorisera ou non ce nouvel aménagement touristique. Reste que, selon Mountain Wilderness. ce projet ne respecterait tout simplement pas la loi. « Le pétitionnaire et la Direction départementale des territoires, qui a instruit le dossier, ont fait le choix de considérer que ce projet n'était pas soumis aux dispositions du Code de l'urbanisme qui interdisent de construire au bord des lacs de montagne. Leur argument est que de petits bâtiments existent et enlèvent aux rives du lac leur caractère naturel. » Or, pour l'association de protection de la montagne, citant l'article R 145-5 du Code de l'urbanisme, la présence d'anciens bâtiments n'enlèvent pas de manière systématique aux rives du lac leur caractère naturel : « c'est l'édification de nouvelles constructions qui est interdite ».  Mountain Wilderness demande ainsi au Préfet de ne pas autoriser la construction du bâtiment. Les Russes pourront-ils finalement venir claquer leurs roubles au bord du lac de Tignes ? Réponse bientôt en préfecture. Après, il faudrait encore qu’ils préfèrent séjourner dans ce nouvel hôtel qu’aller flamber à Courchevel...

Pierre-Emmanuel Desgranges

 

Commentaires  

 
0 #4 M.A.T. 29-02-2012 13:23
@Tigrou, MW est une ONG internationale qui bosse pour la protection de toutes les montagnes du monde.

Ps : Tignes n'est pas partout ni tout le temps une usine
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+1 #3 Michel 21-11-2011 08:11
Il est bizarre ce maire, il ne veut plus que quelques dizaines de 4x4 se ballade sur les chemins ruraux de la commune et il va faire venir par centaines des gros 4x4, sportives et berlines de luxes dans ce petit milieu de montagne !!!
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-2 #2 Tigrou 04-11-2011 18:53
Ouais en même temps l’hôtel ils ne le construisent pas au milieu du parc de la Vanoise. Tigne c'est une usine.
Et puis c'est quoi cette association anglaise?
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+1 #1 RM 04-11-2011 13:57
A Samoëns aussi, un hôtel sera construit avec la volonté de la mairie et contre l'avis de l'opposition sur un espace public.
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