Le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines par les crêtes du Mont Joly se précise... mais il pourrait tourner court avec la mise en application imminente de la loi Grenelle 2.

Souvenez-vous, le 4 janvier dernier, nous vous révélions que le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines par les crêtes du Mont Joly avançait pour de bon et pourrait bien aboutir d'ici 2012 (voir notre article). Ces derniers semaines, il s'est encore précisé puisque que le Syndicat d’aménagement intercommunal du Mont Joly (SAIM) vient de déposer un dossier à la Préfecture de Haute-Savoie... et ce, alors que le projet n'était, il y a quatre mois, selon les dire de Jean-Marc Peillex – maire de Saint-Gervais et directeur du SAIM depuis 2008 - que dans sa phase administrative. Rien n'était encore décidé : « nous en sommes encore au stade de l'étude », nous affirmait-il. Les associations locales opposées au projet ne décolèrent pas depuis qu'elles ont appris la nouvelle : « les élus avancent en catimini et le plus rapidement possible avant que la réglementation ne change ».

Un collectif s'est même constitué il y a quelques jours, regroupant l'Association pour la Sauvegarde du Massif du Mont-Joly (ASMMJ), l'Association des Amis de Saint-Gervais (AASG), le Groupement d'intérêt cynégétique du Mont-Joly, le Club Alpin Français de Chedde/Passy, l'Association des usagers et propriétaires de la Montagne, Dominique Méridol (éleveur) et Pascal Payot (alpagiste et naturaliste).

Faut-il passer par une procédure UTN ?

Au cours de l'hiver, différentes associations, aujourd'hui réunies au sein du collectif « Mont Joly », ont écrit aux différents protagonistes du dossier pour exprimer leurs inquiétudes vis-à-vis de ce projet, tant sur le plan environnemental, social et économique. Nous en avions déjà longuement parlé dans notre précédent article et Jean-Marc Peillex y avait répondu. A l'époque, Laurence Mathey, de l'ASMMJ, craignait surtout que les aménageurs tentent d'éviter la procédure contraignante d'Unité touristique nouvelle (UTN). Le 1er février, Michel Bernard, de l'AASG, interpellait par courrier à ce sujet Jean-Marc Peillex, qui lui répondit, treize jours plus tard, que « la commune de Saint-Gervais, depuis que je suis maire, a toujours respecté les procédures administratives contenues dans les différents textes. Ce dossier fera bien entendu l'objet de la même application ».

Car l'une des questions essentielles dans ce dossier est bien là : quand il s'agit d'une petite liaison inférieure à ces fameux dix hectares mais qui, une fois réalisée, permet de rejoindre deux grands domaines skiables, faut-il passer par la procédure UTN – obligatoire dès lors qu’il s’agit d’aménager un domaine skiable supérieur à dix hectares – ou une simple « étude d’impact » menée localement suffit-elle ? L'antenne haut-savoyarde de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna 74) décide alors d'interpeller le Préfet du département à ce sujet. « Il m'a répété plusieurs fois qu'il avait recommandé aux élus de solliciter une procédure UTN », nous assure son président, Fabien Perriollat. En fait, c'est actuellement le flou législatif sur le sujet, dans l'attente de l'entrée en vigueur prochaine des décrets d'application de la loi Grenelle 2.

Le Mont Joly au ministère de l'Environnement

« Les élus ont décidé d'en profiter et ont déposé à toute vitesse leur dossier à la Préfecture en espérant qu'il passe avant... car ils savent très bien qu'en cas de demande d'UTN, le projet n'a aucune chance de passer », fait remarquer Laurence Mathey. « Cette manoeuvre nous semble limite », ajoute Fabien Perriollat. Ce dernier sait de quoi il parle, puisqu'il y a quelques jours, il faisait partie de la délégation d'associations environnementalistes reçue au ministère de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement pour discuter de ces décrets d'application. « Nous avons longuement discuté du cas particulier du Mont Joly avec le directeur de cabinet et le conseiller politique de Nathalie Kosciusko-Morizet. Nous sommes sur la même position », assure-t-il une nouvelle fois. Autrement dit, le Mont Joly serait sauvé par la loi Grenelle 2. Ces décrets d'applications devraient entrer en vigueur d'ici quelques semaines, « deux mois tout au plus », dixit Fabien Perriollat, « il faut attendre les arbitrages du Premier ministre ».

D'ici là, le collectif « Mont Joly » a décidé de rester vigilant et de tout faire pour faire capoter juridiquement le projet. « Pour nous, l'idéal est d'obtenir à terme son abandon. Mais dans un premier temps, nous voulons au minimum qu'une procédure d'UTN soit mise en place », explique Laurence Mathey. Le 28 avril, le collectif a écrit au Préfet de Haute-Savoie pour attirer son attention sur les limites du projet. Dans les prochains jours, ils envisagent d'intervenir dans les différents conseils municipaux des communes concernées, « pour faire de l'information ». Et dans le cas où une procédure d'UTN ne serait pas mise en place et que le Préfet de Haute-Savoie ne bloquerait pas le projet, Laurence Mathey annonce que le collectif déposerait immédiatement un recours au tribunal administratif.

Mikaël Chambru

 

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