Valère Novarina et Paul Desalmand parlent de la langue de chez nous et les éditeurs parisiens publient. Rémi en est évidemment ravi.
Tout récemment, deux écrivains savoyards reconnus jusqu’à Paris, Valère Novarina et Paul Desalmand, ont fait paraître, chez des éditeurs de cette noble capitale (P.O.L. et Arcadia), des ouvrages au sein desquels ils n’hésitent pas à faire l’éloge de la langue savoyarde.
Valère Novarina est né (en 1947) à Chêne-Bougeries, dans le canton de Genève, mais il est fondamentalement originaire de Thonon ; dans L’Envers de l’esprit, paru en juin de cette année, il fait du “très-très beau patois savoyard” l’une de ses “langues nourricières”, faisant d’elle une “langue humiliée et victorieuse, langue qui se venge, qui invente et qui rit :
langue idiote et idiome de la vengeance poétique qui renverse qui se sort par la vie de toute situation ; langue non pas des manuels, mais des mains, de ceux qui ont des mains et des outils dont ils changent selon la saison, langue des marcheurs et arpenteurs, langue portant les pas, langue qui sait chaque point du sol et connaît le paysage par cœur, le pourquoi de chaque nom”. Bref, il aime le caractère organique, physique, de cette langue rythmée par la vie même, ainsi que sa capacité à expliquer le nom des lieux, et donc à en dévoiler l’âme.
Quant à Paul Desalmand, né à Bonneville (en 1937) mais originaire d’Arenthon, il est l’auteur d’un roman intitulé Les Fils d’Ariane (paru au printemps dernier), au sein duquel, ayant contesté l’apport de l’Église et de ses prêtres en Savoie, il affirme que “les instituteurs ont fait beaucoup plus pour une amélioration de la vie de ce peuple” ; et néanmoins, il reconnaît que “leur seul défaut était leur mépris pour la culture locale.” D’ailleurs, dans certaines régions de France, la religion se faisait en langue vernaculaire : c’était le cas en Bretagne, ou au Pays basque, et la République a imposé le français aussi pour cette raison, les langues régionales étant fréquemment assimilées par les philosophes à la “superstition” : les Bretons et les Basques étaient connus pour leur ferveur religieuse.

Quoi qu’il en soit, Paul Desalmand alimente ensuite son livre de quantité de mots savoyards, issus du souvenir des conversations animées des adultes côtoyés durant son enfance au bord de l’Arve. Notons qu’il fait de cette noble rivière le réceptacle de l’âme des habitants, comme d’autres ont pu le faire pour la Loire ; c’est très prometteur !
On peut dire que la perception des langues régionales change, à Paris. La modification de la Constitution a en partie provoqué cette évolution. Cela couvait, et cette réforme a ouvert une digue. Mais il faut dès lors remarquer à quel point l’édition française est liée à l’État, plus qu’on ne le croit en général. La reconnaissance éditoriale de l’histoire et de la littérature de la Savoie passe aussi par une reconnaissance administrative : on ne peut probablement pas y échapper.
Rémi Mogenet


Commentaires
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.