Adon s-efan, no fau fare la crui u cümâclo ! Le vote de Charbonière pour la reconaissance du franco provençal institionnalise notre langue savoyarde.
C'est un événement auquel on ne croyait presque plus. En français, on dirait donc que c’est à marquer d’une pierre blanche. « Adon s-efan, no fau fare la crui u cümâclo ! », auraient pu s’écrier nos aînées commentant le vote de lô monchu de Charbonnières du 9 juillet 2009, décidant de « Reconnaître, valoriser, promouvoir l’occitan et le francoprovençal, langues régionales de Rhône-Alpes ».
Quelles que soient les intentions plus ou moins électoralistes des différents partis favorables, cette décision n’en reste pas moins une véritable avancée pour notre langue séculaire, désormais reconnue (comme le breton, le catalan, l’alsacien et l’occitan) par une instance de la République française.
Ce que nos conseillers généraux n’ont jamais voulu ou oser faire, ceux de la Région Rhône-Alpes l’ont fait ! Gramessi à lû et onta vargonye à lo s-autro lû que no s-ant assalâ avoué de brâve parôle e balyi la bocca u beut ! Soit, en VF, merci à eux et honte aux autres qui nous ont amadoués avec des bonnes paroles et trompés à la fin !
« Fau afanâ e pa se marcorâ » (il faut mériter et pas se décourager) ! Les efforts des Savoyards (et des autres) engagés dans ce combat pour la reconnaissance se voient ainsi récompensés. L’Institù d’la lingua Savoiârda (ILS) mis en place dans cette intention par Marc Bron il y a quelques années, et présidé depuis peu (et pour six mois) par Pierre Grasset (chô qu’at ècrezu « lo Contye Bârbe d’Arvelâ »), se retrouve ainsi investi d’une nouvelle responsabilité : organiser la reconquête de ce trésor dont « l’intérêt social, culturel et patrimonial » est enfin reconnu politiquement. En espérant que ce nouvel élan fédérera encore plus les actions des différentes sociétés, associations (lo rebiolon, le Centre de la Culture Savoyarde de Conflans, l'Alliance culturelle arpitane…), sans oublier les initiatives locales et individuelles pour la (sur)vie de cette langue que çhi no avoué fiartâ , no balyem à nom patué (que nous appelons fièrement patois), « particulièrement vivace en Savoie et Haute-Savoie », comme le souligne le communiqué de presse du Conseil Régional.

Si l’usage décline dramatiquement en Savoie comme ailleurs, l’attachement désintéressé des Savoyards à cet héritage ne se dément pas. En témoignent les nombreux dictionnaires parus ces dernières années (dictionnaire de Billième, de la Motte Servolex, de la Bâthie…) et, dernière contribution à la préservation, un livre dictionnaire dü patué de Pêjê (accompagné d’un enregistrement audio et DVD), qui sera présenté le vendredi 7 août à la salle polyvalente de Peisey-Nancroix, à 15 h et à 20 h. « Ce travail initialement entrepris par mon grand-père Donat Silvin (qu’écriyéve dien Dava Rossan-Na), puis continuer, à sa mort, par mon père, soutenu lui-même par deux chercheurs du CNRS, voit enfin le jour », nous précise Laurent Silvin, le petit-fils, illustrant ainsi notre ténacité de Savoyards à consarvâ cen-noutro. (conserver notre bien). Cette œuvre sera également mis en valeur à La Féta dü Patué que se tint poué sti an à Bôrc (Bourg-Saint-Maurice) lo 12 e 13 settembro ! (1) L’occasion pour tous les patoisans de langue, d’oreille ou de cœur de faire vivre cette culture.
Alors on pourrait épiloguer sur les stratégies de chacun dans ce vote de Roun-Arp : celle des socialistes (résolument contre la Région Savoie), de l’UMP (qui n’a pas pris part au vote pour cause de crise ! cen qu’é fare de gônye !), sur la ringardise avouée des troupes de Mélenchon qui ont voté contre, comme le FN… E capoué, comme diraient lô pasnalyù ! Cen que contye, i qu’u l-ant votâ oua !
Dom Vuillerot
(1) Ce livre fait partie de la sélection retenue par l'organisateur du festival de Patois de
Bourg-St-Maurice les 12 et 13 septembre. Il sera en avant-première à la médiathèque de
Bourg-St-Maurice à partir du 28 août.

