Hervé Gaymard lance un nouveau concept : un Musée Savoisien qui parlerait de… l’avenir. Aurait-il honte de notre passé ?
Quel monde vivons nous ! De quoi voulez-vous parler avec quiconque ? La religion n'intéresse plus grand monde (encore faudrait-il qu'"ils" y comprennent quelque chose, ou même qu'"ils" pensent à quelque chose, ce qui n'est guère évident vu le poids des medias qui vous disent tout ce qu'il faut penser). La politique ? Il est de bon ton de ne pas en parler ouvertement. Les autres ? On ne va s'ennuyer à en dire du bien et on en a déjà tellement dit du mal. Le passé ? Mais il est irrémédiablement mort ! Le présent ? Ne nous attachons pas à la conjoncture trop fragile et éphémère...
Alors, une seule solution : l'avenir. Du moins, c'est l'avis de Monsieur Gaymard, qui vient d'annoncer dans le Dauphiné Libéré qu'il souhaitait un musée où l'on parlerait aussi de l'avenir, alors que, manifestement, on n'a jamais bien présenté le passé de cette pauvre Savoie. Voilà qui nous promet bien des perspectives sur le Musée Savoisien, qui, paraît-il, va changer de patron en passant de la ville de Chambéry au Conseil Général. Notons d’ailleurs, une fois de plus, que la discrétion l'a emporté, puisque aucun media n'en a parlé jusqu’ici...

Il y aurait tant à faire sur le passé que l'on comprend très bien que l'on préfère parler d'avenir, ou plutôt on a tellement peu réussi à parler du passé que l'on est maintenant tenté par l'inverse. Cela ne fera pas l'affaire des touristes mais, bien sûr, plutôt celle de nos conseillers généraux autrement plus intéressés, surtout qu'ils pourront alors passer par le biais de leurs techniciens d'autant plus spécialisés qu'ils ne sont en rien liés au pays et, de ce fait, garantis contre toute partialité ou même contre tout intérêt profond.
Qui, au conseil général, est allé visiter le nouveau musée des Alpes au fort de Bard en vallée d'Aoste, chef d'oeuvre de muséographie, de pluridisciplinarité et de pédagogie ? Nos amis valdotains ont mis le temps, mais quelle réussite ! Ne soyons pas jaloux, mais quand même, puisque, anti-racisme aidant, nous ne sommes pas plus bêtes qu'eux et, cependant, ils l'ont fait et pas nous ! Et sans orgueil nous ne pouvons pas nous plaindre ou même les envier, ce qui nous permet de continuer à dormir gentiment...
Il y a quelques mois, on parlait beaucoup au Conseil Général d'un musée de Savoie au château rénové et restauré. Mais avec le projet du Musée Savoisien, on n'en parle plus. Alors en effet que reste-t-il ? Rien ou presque, et dans l'ignorance générale, qui, au château, a connu et se rappelle l'exposition (bilingue) présentée l'an passé aux archives d'Etat de Turin sur le Saint Suaire et qui a laissé les rares Savoyards visiteurs dans une totale indifférence ? A défaut de grande histoire, parlons au moins de la "petite", mais encore faut-il trouver des volontaires.
Bref, on en arrive toujours la même conclusion. Les autorités nous disent qu'il n'y a aucun spécialiste local valable, d'où la nécessité d'en "importer". Et l'opinion de se plaindre en privé et toujours dans une totale ignorance de l'absence de toute référence culturelle locale valable... Alors que le vrai problème est celui d'une province qui a perdu le sens de ses origines et de ses particularités, faute d'une politique culturelle "bien tournée". On le voit avec l'indifférence de l'opinion vis-à-vis de l'anniversaire de 1860. On n'est pas prêt d'y renoncer avec les perspectives muséographiques actuelles.
André Palluel Guillard

