Saviez-vous que la Savoie comptait près de 800 mines ? Robert Durand nous le rappelle alors qu’Arnaud Montebourg veut maintenant que la France redevienne un pays minier. Comme au siècle dernier.
Le 16 octobre dernier, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, surprenait tout le monde. Non pas en venant soutenir les salariés de Camiva à Saint-Alban-en-Leysse qui voyait quelques jours plus tard leur usine déménagée par leur direction (voir le reportage de France 3), mais pour annoncer son souhait de voir la France redevenir un pays minier. Quatre permis de recherche ont déjà été déposés. Aucun pour le moment ne concerne la Savoie. Pourtant, elle a une histoire commune avec l'exploitation minière, un patrimoine qui a tendance à tomber dans l'oubli. Il y a bien le Grand Filon à Saint-Georges-d'Hurtières, des vestiges à Peisey-Nancroix, ou encore le sentiers des ardoisiers à Saint-Julien-Mont-Denis, mais pour Robert Durand, auteur du livre Un siècle dans les mines de Savoie. Sites d'extraction – Patrimoine – Histoires vécues, ce n'est pas suffisant. Petite séance de rattrapage.
Arnaud Montebourg a expliqué qu'il était possible de développer de nouveaux projets miniers en France. Qu'en pensez-vous ?
C'est une bonne idée à la base, mais elle va se heurter à beaucoup de problèmes. D'une part, il faut que cela soit rentable économiquement, donc cela ne peut se faire que sur des matériaux semi-précieux ou stratégiques comme les terres rares ; d'autre part, en France et surtout en Savoie, cela a déjà été pas mal exploité.
Donc, ce n'est pas demain que l'on va voir l'exploitation minière reprendre ?
Une mine ne se construit pas en un coup de baguette magique. Il faut mener la prospection, puis avoir les autorisations administratives, ensuite faire les travaux de reconnaissance, mettre les chantiers en route... Il faut compter au moins une dizaine d'années avant qu'une mine produise. En plus, on a perdu tout notre savoir-faire minier en France. C'est logique, il n'y a presque plus de mines exploitées. En Rhône-Alpes, il n'y a en plus qu'une qui fonctionne et il y a seulement quatre mineurs à l'intérieur. A titre de comparaison, on a répertorié 800 mines en Savoie.
Autant que ça ?
Il y en avait absolument partout, que ce soit dans la cluse de Chambéry, en Maurienne, en Tarentaise ou dans le Beaufortain. C'est qu'en Savoie nous avons une très longue histoire minière. Cela a commencé à l'époque préhistorique où il y avait des petites exploitations pour le cuivre. Les premières traces historiques écrites, nous les avons retrouvées à la fin du XIVe siècle. Il faut savoir que tant que la Savoie était un état indépendant, les souverains tenaient à être autonome, donc il exploitait vraiment tout en local : cuivre, plomb, fer, etc. Mais au moment du rattachement à la France en 1860, toutes ces exploitations cessent car elles ne sont alors plus compétitives. Ensuite, c'est le charbon qui va prendre le relais jusqu'en 1970. Le dernier grand pôle minier en Savoie se trouvait à Macôt-La-Plagne, une mine de plomb argentifère, et il a fonctionné jusqu'en 1973. Cela a marqué la fin d'une histoire, celle d'une génération de Savoyards mineurs.
Justement, qui étaient ces mineurs ?
Il y a deux grandes époques. La première, ce sont les paysans mineurs, c'est-à-dire des gens qui sont cultivateurs l'été et mineurs l'hiver. Puis, cette main d'œuvre locale ne va pas suffire, notamment dans la grande mine de Macôt-La-Plagne. On fait alors venir des immigrés, d'abord des Piémontais après le rattachement et ensuite des Algériens et des Marocains. C'était un métier très difficile.
Particulièrement en Savoie ?
C'est un territoire montagnard, donc cela rendait encore plus difficile le travail de mineurs, c'est une évidence. Pour aller travailler, les mineurs devaient effectuer des marches d'approches, parfois de plusieurs heures, quelles que soient les conditions météorologiques. Même s'il y avait de la neige, du verglas ou du brouillard, il fallait y aller. C'était notamment le cas des ardoisiers de Maurienne, dont certaines étaient perchées à flan de falaise, donc avec des risques de chutes de bloc et d'avalanches. Ensuite, ils enchaînaient avec des journées de travail de neuf heures dans l'obscurité et la poussière, et après il fallait redescendre à la maison. C'était un contexte très dur, très rude qu'il est difficile à comprendre aujourd'hui.
On retrouve l'imaginaire véhiculé par la première révolution industrielle... ce qui fait dire à Arnaud Montebourg qu'il faut travailler sur l'acceptabilité sociale pour faire de l'exploitation minière « une forme de technologie moderne, nouvelle, à taille humaine ».
Même s'il y a encore des réserves importantes identifiées, on ne va pas re-ouvrir de mines de charbon en Savoie. C'est une certitude. Cela serait plutôt des matériaux rares et précieux, et on en trouve dans nos montagnes. Après, le travail dans les mines en activité en France a bien changé. Les conditions de travail n'ont plus rien à voir.
Ne restent-elles quand même pas difficile ?
Vous avez raison. Par exemple, contrairement à ce que l'on croit, si les ardoisiers de Maurienne ont cessé d'être exploités en 1980, ce n’est pas parce que ce n'était pas assez rentable mais parce qu'il n’y avait plus personne qui voulait venir travailler.
Et depuis, cette histoire minière de la Savoie a un peu disparu de la mémoire des Savoyards...
C'est vrai que c'est complètement occulté de notre mémoire. Peu de Savoyards savent que la Savoie était une région minière, sauf peut-être pour le charbon et les ardoises où des gens ayant travaillé dans les mines sont encore vivants dans les villages. Mais il ne faut pas se le cacher, cela sombre dans l'oubli.
Pourquoi ?
J'ai une explication toute simple : en Tarentaise par exemple, mettre en valeur le patrimoine minier ne correspond pas du tout à l'image donnée aujourd'hui : le fun, les vacances, le ski... Et puis les gens veulent l'oublier. C'est dommage, car cela a existé, cela fait partie de notre histoire. Il faut donc en témoigner pour éviter que les mines ne deviennent une curiosité préhistorique.
Entretien : Mikaël Chambru
Robert Durand est l'auteur du livre Un siècle dans les mines de Savoie. Sites d'extraction – Patrimoine – Histoires vécues (éditions GAP, 2010)


Commentaires
Mais bon, ca fait plaisir de parler de not'histoire, aussi dure soit elle parfois !
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