En se dorant la pilule au soleil (si si !), Fred se délecte de l’histoire de l’été de Christophe Granger. Le roman d’une saison qui, loin d’être synonyme de se la couler douce, a suscité la peur.

Il est des choses que l’on pense gravées dans le marbre. Ainsi, allongé sur notre serviette made in China, tranquillement en train de lézarder au soleil, l’été s’offre à nous sous une forme que l’on pense exister depuis Vercingétorix… au moins. Comment imaginez alors, le cuir bruni et le cerveau en mode veille, que la saison n’a pas toujours rimé avec plage, glandouille, pétanque, coups de soleil et crustacés. Et de fait, réduire Juillet/Août aux seules vacances c’est oublier que pendant des siècles cette période fut surtout celle du travail aux champs et des moissons, puisque jusqu’à la moitié du 19ème siècle plus de  80 %  des travailleurs européens le sont encore dans le secteur primaire. Sorti en 2009 et signé de la main de l’historien Christophe Granger, Les corps d’été, naissance d’une variation saisonnière, revient en détail sur la véritable histoire de l’été.


L’été meurtrier

L’été des labeurs donc, mais également une saison longtemps accusée de tous les maux et notamment de la propagation de multiples épidémies comme la fièvre typhoïde. Pointée du doigt par le corps scientifique (des médecins aux chimistes en passant par les ingénieurs) pour ses chaleurs déraisonnables, coupables, à leurs yeux, d’être « créatrices» de microbes.     Soucieuses alors d’inculquer à tout prix aux classes populaires « la peur de l’été », les autorités de l’époque iront même jusqu'à parler de « dramaturgie estivale ». On est encore loin du simple « coup de chaleur » d’aujourd’hui. Une peur du microbe qui finira par influer sur le calendrier scolaire du second empire puisque, afin de préserver au mieux les plus faibles et en l’occurrence les plus jeunes de ces terrifiantes chaleurs, les enfants seront invités à partir se reposer quelque temps, souvent à la campagne, histoire de les « ménager » face aux éléments. Ce sera le début des camps de vacances initiés par le clergé. Et c’est la médecine, en ordonnant à tour de bras - cures de soleil (héliothérapie), cures de lumière (actinothérapie) et autres cures de bains de mer (balnéothérapie) -, qui va bientôt généraliser cette « mise au vert » à l’ensemble de la population. L’été peut donc enfin commencer à rimer avec repos. Le front populaire et les congés payés de 1936 ne feront qu’amplifier le phénomène.

L’été en pente douce

Historiquement très riche, l’ouvrage se fait passionnant et ce malgré un style un peu trop soutenu par moment, quand Granger s’intéresse aux évolutions des mœurs, à notre rapport aux corps, à la nudité et à notre façon d’apprivoiser l’été, en pente douce, pour finir par communier totalement avec lui.  Calée entre deux mots fléchés et un sudoku, cette lecture aux parfums délicats de monoï et de lait de coco pourrait, en tout cas, donner à votre glandouille estivale le zeste culturel qui lui fallait… et pourquoi pas devenir votre roman de l’été.

Frédéric Delville

Les corps d’été, naissance d’une variation saisonnière de Christophe Granger (Editions Autrement), 162 pages, 18 Euros.

 

Commentaires  

 
0 #6 le petit marseillais 02-08-2011 22:22
Belle couverture ;0)
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+2 #5 Lou 02-08-2011 14:29
Un livre pour nous rappeler ce qu'est l'été. Car, moi,cette année, je le cherche partout l'été.
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+1 #4 Damien 02-08-2011 14:27
En tout cas, la couverture du livre me plaît...
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0 #3 Fredelville 01-08-2011 20:34
Un peu de lecture pour tes vacances en Corse. Profite bien! Y en a qui ont de la chance quand même...
Arvi Azzedine!
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+3 #2 Azzedine 01-08-2011 15:00
Why not...j'y songerai bien que je ne sois pas adepte de la plage sous le sun brûlant...mais l'idée de se cultiver pendant cette saison plutôt dédié à l'oisiveté me séduit.
Arvi Fred!
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+8 #1 Marie 31-07-2011 14:15
il était un temps pas si lointain où deux mois et demi ne nous semblait pas trop pour passer d'une année scolaire à une autre ,un temps pour apprendre avec les parents éventuellement les grands parents toutes les joies que nous apportent cette saison : les confitures ,les conserves,les veillées tardives avec les cousins parisiens ,le ramassage d'oeufs chez le voisin fermier,au passage on jouait dans les bottes de paille.Parfois nous partions en vacances à la mer :toute une aventurE.Début septembre on ramassait les pommes de terre et enfin on préparait la rentrée qu'on attendait avec impatience .Ces deux mois et demi ne semblait à personne trop long ,c'etait une époque où on prenait le temps et on ne demandait pas aux enseignants du rendement avant tout ,parfois il est bon de s'inspirer du passé.
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