Parti le 28 février 2007, Henri Dénarié restera une figure incontournable du régionalisme savoyard. Radical et libertaire, il est le père de la Savoie libre.

En 1968, à Annecy, du côté de la rue Royale, un homme commence à diffuser des tracts aux titres provocateurs. Du genre : « Qu’est-ce que 400 000 Savoyards ont à faire des républicains français ? » C’est Henri Dénarié. « Par sa pensée, il était en avance sur son temps, se rappelle Josyane Fleuret, pionnière du Mouvement région Savoie. Alors il affolait les gens. » Il faut dire que, pour Henri, le MRS était le « mouvement savoyard pour la kollaboration. De par ma formation libertaire et ma mentalité conflictuelle, je n’y ai jamais participé. » Son organisation, c’était Savoie libre, qui, d’après un tract paru dans les années 1970, n’était « ni un rassemblement, ni un mouvement, ni un groupement, ni un parti, mais l’expression écrite, libre et sans concession d’une certaine idée de la Savoie reposant sur deux principes fondamentaux : la légitimité savoyarde et la convivialité à la savoyarde. »

 

Si Henri était assurément convivial, il était aussi radical. Et pour lui, la Savoie, pays annexé, n’avait plus rien à faire en France depuis 1870, date de la chute de Napoléon III et de l’avènement de la République. « Une annexion ne dure que le temps du régime annexant », affirmait-il dans un autre tract, publié il y a trente-cinq ans, où il pariait sur la désannexion des pays baltes lors d’une prochaine chute du régime des soviets. Plutôt visionnaire.

« Savoyard, c’est pour les tocards »

Se fondant sur la légitimité historique de la Savoie, Henri Dénarié estimait qu’elle devait retrouver son indépendance pour ne plus subir le jacobinisme français « ethnocideur » et s’inscrire dans l’Europe des régions prônée par Denis de Rougemont. Dès 1972, il se rend donc au palais des Nations à Genève pour se documenter sur le droit international. La même année, il décrète que le 19 février doit être la fête nationale savoyarde, en souvenir du 19 février 1416, le jour où la Savoie passa du statut de comté à celui de duché dans le Saint Empire, devenant ainsi un territoire autonome sous le règne d’Amédée VIII. Cette fête est immédiatement reprise par le Cercle de l’Annonciade, mais Henri parvient aussi à convaincre la municipalité d’Annecy de pavoiser l’hôtel de ville, le 19 février, du seul drapeau savoyard. Aujourd’hui, les Savoisiens célèbrent le 19 février, sans forcément connaître l’origine de cette fête. Et savent-ils qu’Henri Dénarié est celui qui a le premier revendiqué de ne plus être un Savoyard ? A la fin des années 1970, à une dame de bonne compagnie à qui il est présenté comme « un vrai Savoyard », il réplique en effet du tac au tac. « Non, je suis savoisien, car je suis un mec bien. Savoyard, c’est pour les tocards. » Lancé comme une boutade, le bon mot restera. En 1986, avec son ami Pierre Ratinaud et Paul Rebotton, président de l’Annonciade, Henri crée le conseil consultatif des Etats de Savoie. Ensemble, ils déposent une pétition à l’ONU pour que la Savoie, « une des plus vieilles nations d’Europe », bénéficie du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais aussi pour que la neutralité de la Savoie nord, instaurée par le congrès de Vienne de 1815 et réaffirmée par le traité d’annexion de 1860, soit respectée.

Ecarté par des Savoichiens

Cinq ans plus tard, Henri Dénarié rencontre par hasard Jean de Pingon. Il lui refait le coup du Savoisien qui n’est pas un tocard, alors que de Pingon lui aurait affirmer être « un vrai Savoyard » après qu’Henri ait relevé qu’il avait une croix de Savoie sur sa voiture. Jean de Pingon va lui confier que la vision de l’un des 150 panneaux Savoie Libre, plantés aux quatre coins du territoire savoyard par Henri en 1972, a contribué à attiser son désir d’en savoir plus sur la Savoie. Dénarié va conforter de Pingon dans son idée de lancer un mouvement indépendantiste. Il lui suggère de faire une ligue, et quelque temps plus tard naîtra la Ligue savoisienne, dans laquelle Henri Dénarié deviendra membre du conseil consultatif, l’organe de contrôle du mouvement. Le 19 février 1997, à l’occasion de cette fête nationale qu’il a inventée et que la Ligue célèbre chaque hiver, Dénarié, dans le langage cru qui est le sien, tient des propos à connotations racistes lors d’une conversation avec un étudiant qui réalise un mémoire. Ce dérapage verbal ne lui sera pas pardonné et le père de la Savoie libre sera écarté sans égard pour son apport à la cause savoisienne. Il considèrera dès lors les dirigeants de la Ligue non plus comme des Savoisiens, mais comme des Savoichiens, des ingrats prêts se compromettre avec la « puissance occupante ». « A-t-on vu les chrétiens, les insurgés américains ou ceux de la France libre kollaborer avec leurs oppresseurs ? », s’interroge-il dans un de ses fameux tracts publié alors que Patrice Abeille siège à la région Rhône-Alpes. Alors, bien sûr, on était loin d’être toujours d’accord avec lui, mais on aimait beaucoup Henri Dénarié. Et à La Voix, on appréciait particulièrement ses chroniques relatant l’histoire de Savoie. Selon Henri. Elles nous manquent. Lui aussi.

Brice Perrier

Article publié dans le numéro 13 de la VDA (été 2007)

Retrouvez la première partie de l'hommage à Henri Dénarié ici

 

Commentaires  

 
+4 #1 23-12-2012 12:48
Bonjour,
depuis une année ma maman m'enseigne sur ma famille, elle s'appelle Andrée Dénérié,
votre lecture me passionne, et je ne savais pas que mon grand oncle Henri avec tant passé ça vie à défendre les Savoisiens
j'habite Toulon mais maintenant je deviens un savoisien libre, merci Henri
il faut continuer cette quête.
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