Dans des écrits contemporains ou datant de l’époque romantique, Rémi découvre que de prétendus Sarrasins étaient en réalité originaires de nos montagnes. En fait, au commencement étaient les Ligures.

Dans son livre Nos ancêtres les Sarrasins des Alpes, le Valdôtain Joseph Henriet démontre que ceux que l’histoire a nommés des Sarrasins n’étaient pas toujours, en réalité, des Arabes. Il pouvait s’agir, plus généralement, de païens, de peuples non convertis au christianisme, et assimilés à des Sarrasins (qui étaient musulmans) par une confusion due à l’idée, partagée autrefois, que l’islam reprenait certains traits estimés antérieurs au christianisme. Une hérésie était globalement regardée comme un vêtement superficiel donné à de vieilles croyances ; c’était aussi le cas de l’arianisme, qu’avaient adopté les Burgondes. Au cœur des Alpes, selon Henriet, pouvaient se côtoyer des hérétiques et des païens, mais le fond n’en était pas étranger : il s’agissait d’un peuple premier, installé dans les lieux depuis toujours, ceux qu’on appelle aujourd’hui des Ligures, dont la langue était sans doute proche du basque. Distincts des Allobroges, ils demeuraient au sommet des montagnes ou dans les profondeurs des vallées.

Ligures ou Ceutrons ?

Parmi ces peuplades alpines primitives qui sont probablement celles qui ont attaqué Hannibal, avec lequel s’étaient pourtant alliés les Allobroges, on mentionne souvent, en Savoie, les Ceutrons, qui occupaient, notamment, la Tarentaise et la haute vallée de l’Arve. Les Romains mirent longtemps à les soumettre ; leur conversion au christianisme fut tardive. Dès l’époque romantique, les écrivains en parlèrent. Le Siège de Briançon (1836) de Jacques Replat raconte comment Humbert, comte de Maurienne, père des comtes de Savoie, s’en prit aux Ceutrons, vers l’an mille, à la demande de l’archevêque de Moûtiers (il s’agit en effet du Briançon de Tarentaise). Certes, Replat n’utilise pas le mot de Ligure. Pour lui, conformément aux idées de son temps, les Ceutrons étaient une sorte de Celtes. Par ailleurs, il fait du seigneur de Briançon un descendant de la noblesse burgonde resté fidèle à l’arianisme de ses aïeux. Ses troupes seules étaient ceutronnes. Et la voix de sa conscience était réellement sarrasine : son père avait eu pour maîtresse une enchanteresse d’Orient et avait donné naissance à une fille dont la magie aidait son demi-frère à faire régner la terreur.

Alliance du nouveau et de l'ancien

Replat reprend la doctrine du catholicisme romain. Les chrétiens y apparaissent comme plus justes vis-à-vis de la population que les autres. Cependant, ce n’est pas en tant que lignée spécifique que son roman rejette les païens : à la fin, des mariages unissent tout le monde, font fusionner les courants allobroge-latin du comté de Genève et ceutron-gothique de la Tarentaise. Cela se fait sous l’autorité du comte de Maurienne, bras armé de l’Eglise et représentant du Saint Empire. Pour Replat, la Savoie fut créée par l’alliance du nouveau et de l’ancien sous l’égide de la foi chrétienne, qui surmonte les différences en se posant comme universelle. Bien sûr, il n’était pas naïf. C’est pour protéger ses revenus que l’archevêque de Moûtiers fait appel au comte Humbert. Cela restait une question de pouvoir. Le christianisme pensait juste que celui-ci change de main en fonction d’une légitimité spirituelle, et la tradition voulait que le plus anciennement installé eût le plus grand droit à régner. Néanmoins, pour Replat, ce qui comptait, c’est qu’une solution créant l’unité eût été trouvée. Il chantait les origines de la Savoie, à une époque, celle de Charles-Albert, où on essayait de la définir, après la période française de la Révolution et de l’Empire.

L'humanité de chacun

Le positivisme moderne relativise ces conceptions religieuses, et même l’idée nationale propre à la “Patrie de Savoie”, comme on disait alors. On tendra plutôt, aujourd’hui, à donner raison aux premiers installés : les suivants sont venus les envahir. Joseph Henriet partage ce point de vue. C’est qu’à partir d’une vision de faits comparables on peut avoir une appréciation différente. L’important, néanmoins, est que la vérité historique soit établie. Et qu’elle le soit aussi dans les idées, sentiments, imaginations, croyances des peuples anciens. Ensuite, on espère que l’humanité de chacun pourra être perçue, avec la vision du monde qui lui est propre. Ainsi, l’homme moderne pourra profiter de l’expérience passée de tous.    

Rémi Mogenet

Article publié dans le numéro 8 de la VDA, été 2006

 

Commentaires  

 
0 #3 Stéphane 01-09-2011 22:49
M. Ghislain Garlatti
Cette question des Sarrasins des Alpes me passionne. Je serais très heureux d'en discuter avec vous. Stéphane ARRAMI
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-2 #2 ghislain garlatti 24-05-2011 07:45
si Joseph Henriet est historien , moi je suis curé! si vous voulez de la vérité historique lisez "le Sarrasin des Alpes" (tome 1: le combat des Savants et tome2: les vérités de l'histoire)écrit par moi-même en réaction aux délires aériens d'Henriet. UN PEU DE METHODE TOUT DE MEME!
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+1 #1 sarasin 26-11-2010 11:57
et même dans les glaciers du mont-blanc
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