Anne de Lusignan a vécu des histoires d’amour pas très catholiques, mais elle a aussi apporté au duc Louis le Saint Suaire et l'a fait roi de Jérusalem. Un titre jamais abandonné par les Savoie.
Parmi tous les titres acquis par la Maison de Savoie figure celui de roi de Jérusalem que récolte Louis, fils d’Amédée VIII, lors de son mariage avec Anne de Lusignan. Il faut savoir que c’est d’abord Godefroy de Bouillon qui, ayant conquis Jérusalem, y est élu roi en 1099. A la mort d’un de ses successeurs, Baudouin IV, celui-ci laisse son trône à sa sœur Sybille, qui s’est amourachée d’un chevalier franc d’une grande beauté, Guy de Lusignan, originaire du Poitou. Couronnée au Saint-Sépulcre en 1186, Sybille remet aussitôt sa couronne sur la tête de son bel époux.
Lusignan doit alors conduire la plus formidable armée des barons francs contre Saladin. « Ni âpre ni terrible à la guerre », il est vaincu le 4 juillet 1187 et fait prisonnier durant deux ans. Personne ne songe à libérer ce triste sire, sauf Sybille, qui réussit à remettre son homme en selle grâce à l’aide de Richard Cœur de Lion. A la mort de Sybille, devant l’hostilité des barons francs, le roi d’Angleterre abandonne Lusignan, mais lui remet en compensation le trône de Chypre. Ainsi est fondée la dynastie poitevine qui régnera sur l’île jusqu’en 1489.
Une vie dissolue et seize enfants
C’est en 1431 que l’on propose à Amédée VIII de marier son second fils Louis avec Anne, descendante de Guy de Lusignan. Conclu à Nicosie le 1er janvier 1432, le mariage apporte à la famille de Savoie une dot de 100 000 écus d’or de Venise, mais aussi les titres de roi de Chypre et de Jérusalem. Contrastant fortement avec un Louis minutieux, timoré voire assommant, Anne est très belle. Elle attire donc les hommes et en charmera trois : Jacques de Valbergues, Jean de Saint-Sorlin et Jacques de Compeys. Louis, qui adore sa femme, lutte de son mieux con
tre tant de rivaux et parvient tout de même à lui donner seize enfants... Marguerite de Charny, descendante de Godefroy de Bouillon, donne pour sa part à Anne le Saint Suaire lors d’un passage à Chambéry en 1452. Après avoir transmis à la famille de Savoie le titre de roi de Jérusalem, Anne lui apporte donc le linceul du crucifié du Golgotha. Malgré cela, sa vie plutôt dissolue est peu appréciée. Son cinquième fils, Monsieur Sans Terre, va même faire arrêter à Thonon Valbergues et Saint-Sorlin. Ce dernier est poignardé tandis que Valbergues est mis dans un sac puis jeté dans le Léman. Le duc Louis fait alors comparaître son fils dans la chambre où il veille sur Anne, qui est malade. Sans doute lui est-il reconnaissant d’avoir éliminé ses rivaux, mais il va néanmoins le maudire et le chasser. Après un repentir facilité par la mort de ses amants, Anne va bientôt mourir, suivi de près par son mari en 1465. Mais le titre de roi de Jérusalem, lui, n’est pas mort. Maintenant, allez savoir pourquoi, personne ne réclame aujourd’hui dans la ville sainte le retour d’un roi nommé Savoie.
Henri Dénarié


Commentaires
non coment
vive la savoie, vive le roi!
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.