Après le rejet par les communes de la nouvelle charte du Parc national de la Vanoise, Yves Paccalet organise la riposte depuis Bozel. Il dénonce la cupidité des bétonneurs et l'aveuglement des élus locaux.
A quelques mois de fêter ses 50 ans, le Parc national de la Vanoise vit actuellement une crise qui rappelle le climat passionnel dans lequel il a vu le jour dans les années soixante. En cause, une nouvelle charte censée fixer le cap pour les quinze prochaines années. Fruit d'un compromis entre les différents protagonistes du dossier, elle vise à mettre en place une « zone d’adhésion » vouée au développement d'une activité économique durable : tourisme, urbanisme, préservation des paysages et maintien de l’agriculture. Sauf que les municipalités tarines et mauriennaises concernées ne veulent pas en entendre parler. Elles viennent presque toute de donner un avis défavorable à ce texte. Un vrai coup dur pour le premier des dix parcs nationaux français. Mais pas question pour notre invité du jour, Yves Paccalet, de rester les bras croisés.
Sans attendre l'ouverture prochaine de l'enquête publique qui va permettre aux habitants de s'exprimer, le philosophe, écrivain et conseiller régional écologiste a lancé depuis Bozel un Appel pour la Vanoise. En quelques jours, l’enfant du pays a été entendu par plus de 8 500 personnes sur internet. C’est qu’il est très remonté…
Yves Paccalet, êtes-vous satisfait de ce début de mobilisation en faveur du Parc national de la Vanoise ?
Ce n'est que le début, ça va continuer d'augmenter ! Il y a beaucoup de signataires qui viennent de Savoie, mais il y en a aussi de toute l'Europe. Cela correspond à ce que je dis sans arrêt au conseil d'administration du parc et aux maires : c'est un parc national et non un parc régional. Cela veut dire que la nation entière, le pays entier, a considéré qu'il fallait protéger la Vanoise.
Mais pourquoi vouloir mettre en place une nouvelle charte pour ce parc ?
Ce n'est pas une idée en l'air, c'est une obligation pour tous les parcs nationaux d'avoir une telle charte. C'est la loi qui le veut. Il doit également y avoir une cartographie sur laquelle sont portées les vocations des différents territoires de la zone d'adhésion : agriculture, tourisme, forêt, pastoralisme, etc.
Les élus locaux et les habitants ont-ils eu leur mot à dire sur le contenu de cette charte ?
Depuis deux ans, la loi Giran (ndlr : portée par le député UMP du même nom en 2006) a voulu faire reprendre en main les destinées des parcs nationaux par les élus locaux et surtout les populations locales. Cela ne concerne pas la zone centrale qui de toute manière restera protégée, mais uniquement la zone périphérique. L'objectif est que l'enthousiasme général l'emporte sur la défiance qui existe sur la Vanoise depuis 50 ans.
N'est-ce donc pas une bonne chose que les parcs soient désormais portés et co-construits sur le territoire plutôt que voulus, décidés et imposés par l'Etat ?
Evidemment que c'est une bonne chose. Cette charte, nous l'avons construite pendant quatre ans avec les représentants des associations de protection de la nature, de l'administration, des maires. Nous avons discuté sur chaque terme, chaque phrase, chaque paragraphe... On est assez rapidement tombé d'accord, sauf en ce qui concerne le développement des stations de ski et l'urbanisme. Ce sont les deux seuls paragraphes qui ont posé des problèmes jusqu'au bout et qui en posent encore aujourd'hui.
Il n'y a pas eu d'accord sur ces deux points ?
On était d'un côté sous la pression des associations de protection de la nature qui demandaient qu'on soit plus attentif à la préservation des espaces naturels, et de l'autre sous celle des maires qui poussaient à l'urbanisation et au bétonnage. Pris entre les deux, on a alors décidé de créer un comité spécial de rédaction de la charte au sein duquel tous les protagonistes figuraient. On a réussi à aboutir à un texte minimal qui était le plus grand commun dénominateur des différentes positions. C'était donc par définition un texte de compromis, un texte qui ne pouvait convenir pleinement ni aux associations de protection de la nature ni aux bétonneurs.
Sauf que les municipalités viennent ces derniers jours de rejeter cette charte la jugeant trop stricte sur la protection de l'environnement, et surtout craignant d'être dépossédées de leurs prérogatives et ainsi de voir leurs projets de développement économique gelés...
Nous avons été surpris de voir ce front commun des municipalités. Cela s'est passé de façon concertée, c'est la même formule qui revient dans chaque avis. Le pire, c'est que c'est de la mauvaise foi. Personnellement, je me suis senti trahi...
Pourquoi ?
Quand nous avons fini la rédaction de la charte, notamment des deux paragraphes litigieux, on m'a reproché d'être trop tendre avec les bétonneurs car nous avions écrit en toutes lettres que la charte ne serait pas opposable. C'est-à-dire qu'elle ne se superposerait pas comme une strate supplémentaire aux réglementations générales de l'urbanisme pour la construction de nouvelles pistes de ski et de remontées mécaniques. J'ai poussé les associations aux compromis, sinon on aurait échoué. Forts de cela, les maires qui représentaient leurs collègues au conseil d'administration du Parc nous ont assuré qu'ils avaient obtenu la neutralité, c'est-à-dire que les conseils municipaux ne voteraient pas contre. Ils devaient s'abstenir.
Comment expliquez-vous alors ce retournement de situation ?
C'est le lobby des stations qui est derrière tout ça, notamment le maire de Val d'Isère qui veut toujours faire passer des remontées mécaniques dans la zone centrale du Parc pour relier son domaine avec celui de Bonneval-sur-Arc. Et les petites stations voudraient être aussi riches que Val d'Isère et Courchevel, elles ont toutes des projets immobiliers. Elles sont d'ailleurs toutes en train de construire... On va avoir le droit d'ici peu à une bulle immobilière en Tarentaise, cela peut faire très mal. Il y actuellement une folie des conseils municipaux qui pensent qu'ils ont encore une chance avec le ski et donc ils ne veulent rien lâcher là-dessus, et chacun de son côté, chacun pour soi. C'est terrifiant !
Mais que vient faire la charte là-dedans vu qu'elle n'est pas opposable ?
Ce que voulaient les gens raisonnables, c'est que grâce à la charte il y ait des orientations plus équilibrées entre tourisme d'hiver et d'été, entre la conservation de l'agriculture et le ski, entre la folie immobilière et la conservation des sites. Les maires ne veulent pas en entendre parler. Ils disent qu'ils veulent faire ce qu'ils veulent chez eux. Ce sont les mêmes arguments qu'il y a cinquante ans : on ne veut pas des parigots et de leurs décisions, les parigots commençant à Chambéry où se situe le siège du Parc.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Avec cette fronde organisée des communes, l'avenir du parc est incertain. Au conseil d'administration, certains voulaient qu'on arrête tout. D'autres ont dit : il y a un processus démocratique qui est lancé, il faut le poursuivre. Il ne peut pas être arrêté au prétexte que les maires ont donné un avis défavorable. L'enquête publique va être ouverte et les commissaires enquêteurs rendront leurs conclusions au mois de février. Ensuite, fin mars début avril, le conseil d'administration du Parc devra pendre une décision quant à l'adoption ou au rejet de cette charte. Mais quel que soit le résultat, il y aura une crise et un conflit ouvert. Je continuerai à me battre pour l'idée que je me fais de la Vanoise.

C'est quoi cette idée ?
C'est la conservation de la biodiversité ! Parmi les grandes menaces qui pèsent sur l'humanité, il y a le réchauffement climatique. On en observe déjà des conséquences dramatiques sur nos montagnes, avec la fonte des glaciers et les chutes de neige moins importantes. L'esprit du parc, c'est de sauver sa splendeur et ses richesses géologiques, aquatiques, botaniques et zoologiques. Nous avons une obligation de protéger la Vanoise pour les gens qui vivent maintenant, mais aussi pour les générations futures. Nous avons une merveille, un monument naturel ; on ne peut pas le bousiller, le saccager et le bétonner sous prétexte qu'on veut faire du fric. C'est une idiotie et une injustice pour nos enfants et nos petits-enfants. Je ne céderai jamais là-dessus.
On a quand même l'impression, quand on regarde l'expansion des stations de sport d'hiver en Tarentaise depuis quarante ans, que la mise sous cloche d'un espace comme celui de la Vanoise a aussi permis de se donner bonne conscience pour bétonner et coloniser les autres espaces vierges de nos montagnes.
Sans le Parc, cela aurait été un désastre ! Il faut en avoir conscience. On aurait colonisé les vallées comme on l'a fait, mais on aurait aussi implanté des stations de ski partout. En plus, la situation s'aggraverait aujourd'hui vu qu'il n'y a plus de neige en bas. On serait en train d'équiper en remontées mécaniques tous les glaciers de la Vanoise. L'idée d'aller polluer les terres vierges pour faire du fric, cela ne s'arrête jamais. Si les bétonneurs n'ont pas des lois en face d'eux, ils sont prêts à aller au sommet des montagnes. Tout le territoire serait saccagé, il ne faut pas se faire d'illusion. Il n'y aurait plus aucun espace vierge où s'évader.
Mais si nous avons aujourd'hui besoin de protéger des espaces pour s'évader, c'est que nous considérons comme inévitable le fait de vivre dans des espaces dégradés. N'est-ce pas contre-productif dans la protection globale de nos montagnes ?
Dans un certains nombre de têtes, il y a encore et toujours une équation développement égale bétonnage inculqué depuis des générations par le lobby de la construction. Pour moi au contraire, développement égale préservation de la beauté, et c'est tout à fait possible avec le tourisme quatre saisons que nous essayons de développer avec la Région. Il ne faut pas croire que le tourisme hivernal peut se développer sans fin. Le mieux qu'on pourra faire, c'est le maintenir, à condition aussi de comprendre que les clients changent. Ce qu'ils veulent maintenant, c'est de la nature. Si on saccage tout, on n’aura plus rien pour faire vivre les habitants de la Vanoise. Il nous faut une vision stratégique, et cela passe par la protection de la zone d'adhésion du Parc.
Mais la sanctuarisation de la nature, c'est aussi souvent le prétexte pour enlever toujours plus de liberté aux pratiquants qui sont les premiers à mettre en oeuvre cette autre approche de la montagne que vous défendez. Il est par exemple interdit de faire du bivouac, de faire du ski de randonnée ou du parapente dans certains secteurs...
Au début, le parc interdisait tout dans la zone centrale excepté la ballade, c'est vrai. Il fallait en passer par là, par cette phase d'interdiction, parce que les gens faisaient n'importe quoi. Mais ces dernières années, il y a eu des évolutions. Par exemple, on vient d'adopter il y a quelques mois au conseil d'administration la possibilité de faire du bivouac dans certaines zones. Ces discussions, nous les avons avec les associations de pratiquants. En revanche, il n'est pas question d'accepter n'importe quoi.
Où se trouve alors le point d'équilibre ?
Cela doit se faire au cas par cas. Il y a là très certainement une nouvelle politique pour le parc à développer, d'autant plus que des activités comme le canyoning ou le ski d'été séduisent les touristes, notamment les jeunes qui redécouvrent la montagne. Mais il ne faut pas que ces activités viennent déranger la quiétude de la faune et de la flore. Il y a un trésor naturel qu'on ne peut pas sacrifier au prétexte d'une activité sportive.
Donc pour vous, il faut programmer et réguler les activités de l'homme dans le parc pour les rendre conciliables avec les systèmes naturels ?
Absolument, il faut réglementer. De même, il y a un projet de la labellisation « Commune du Parc national de la Vanoise », avec la possibilité d'utiliser son nom dans les publicités des stations. C'est un des plus que peut apporter le parc pour le tourisme, tout en protégeant la nature.
Vous restez confiant ?
J'ai défendu l'environnement toute ma vie dans la mer et la montagne, tout le monde sait ce que je pense. J'ai fait tout ce que je pouvais pour qu'on puisse avancer tous ensemble sur cette charte. J'espère que cet engagement de compromis que j'ai pris sera suivi par les communes qui comprendront que leur véritable intérêt est d'avoir une belle montagne et non pas Sarcelles en Tarentaise.
Entretien : Mikaël Chambru
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Commentaires
Ouais on va revenir à l'age de pierre et tuons l'économie.
lol j'aime bien ce genre de commentaire manichéen.
Il y a des excès dans une activité ? supprimons l'activité, c'est plus simple que de travailler à mettre un cadre légal qui préserve les intérêts de tous.
Bien sûr qu'il faut limiter l'immobilier en station.
Bien sûr qu'il faut contraindre les hôtels à étaler dans le temps leur renouvellement de chambres, pour éviter d'avoir un cordon de bagnoles au ralenti qui s'étire des Arcs, ou de Tignes jusqu'à Moutiers.
Mais c'est de la volonté politique qu'il faut, pas des fausses idées mortifères pour l'économie.
Un petit rappel de l'histoire de la liaison val/bonneval, il faut s'avoir qu'en compensation de cette liaison la commune donne en contre partie de cette liaison 4 fois la surperfice de cette liaison en territoire au parc, je pense que le parc à y gagner et bonneval aussi pour sa survie
Que va-t-il se passer dans 10,20 ou 30 ans quand il n'y aura plus de neige ? La même chose que dans le nord lorsque les mines ont fermé ! Il n'y a aucune vision à long terme...
Une chose pourrait être efficace : c'est nommer une commission INDEPENDANTE chargée de surveiller les pots de vin versés au élus. Mettre des peines exemplaires, sans aucune prescription et surtout transmissible aux générations suivantes. Ça en calmerait certains !
De plus il faut faire comme en Suisse en limitant les résidences secondaires a 20% des habitations en station.
TOUT NATURELLEMENT !!!
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