Impossible à financer jusqu'alors, le projet de tunnel sous le Semnoz vient d'être relancé. Area serait prêt à prendre en charge les 300 millions d'euros nécessaire à sa construction. Une fausse bonne nouvelle ?
Cela fait près de quarante ans que le tunnel routier sous le Semnoz revient régulièrement sur le devant de la scène, mais à chaque fois il retourne au placard faute de financement, au grand dam de ses promoteurs. Sauf qu'aujourd'hui la donne a changé et il n'aurait jamais été aussi près de voir le jour. C'est en tout cas ce qu'affirme Christian Monteil, le président du Conseil général de Haute-Savoie, depuis le 10 septembre dernier. Avec Jean-Luc Rigaut, maire d'Annecy et président de la Communauté de l'agglomération d'Annecy (C2A), les députés Lionel Tardy et Bernard Accoyer ainsi que le sénateur Pierre Hérisson, il aurait trouvé un acteur providentiel prêt à payer l'ensemble de l'addition estimée à près de 300 millions d'euros. Un montage financier qui exclurait le recours direct à un financement public. Bref, une solution miracle permettant de passer du rêve à la réalité. Ou de la réalité au cauchemar.
En pratique, ce tunnel débuterait d'un côté au niveau de l'ancienne carrière à Vovray en étant connecté directement à l'échangeur Annecy centre de l'A41, à la limite Seynod / Cran-Gevrier ; et de l'autre à proximité de l'hôtel Riant Port, à 50 m de la RD 1508 sur la commune de Sevrier. Selon les estimations, 10 à 12 000 véhicules pourraient l'emprunter chaque jour. « C'est une ânerie monumentale ! », juge Alain Moysan, président de l'association Lac d'Annecy environnement. « Une fois de plus, les élus raisonnent avec un mode de pensée du siècle dernier », poursuit Jean-Loup Bertez, président de l'association Talloires développement durable. Et Jérémie Marguier, porte-parole de l'association Les Amis de la Terre 74, d'ajouter : « c'est une aberration qui illustre très bien le décalage entre les discours des élus et leurs pratiques sur le terrain. Tout le monde parle de transition énergétique, c'est bien ; mais ne pas remettre en cause le système de déplacement « tout voiture », c'est faire tout l'inverse ».
Délester le trafic ou augmenter la circulation ?
Dans ce nouveau scénario, c'est la société autoroutière Area qui prendrait en charge la totalité de l'investissement. En échange, elle obtiendrait l'exploitation du tunnel – la traversée coûterait entre 1,20 et 1,50 euro par véhicule – mais aussi son adossement au réseau Area ainsi que le prolongement de sa concession sur les 400 km que compte son réseau pour une durée supplémentaire de deux ans. « En plus de ne pas répondre aux besoins de mobilité des Anneciens, ce tunnel va permettre à Area d'augmenter sa rentabilité. C'est l'opposé du service public de transport qu'il faudrait développer », souligne Jean-Loup Bertez. Un diagnostic que partage Jérémie Marguier, tout aussi remonté : « Faire un tel cadeau à une société privée va contre l'intérêt des citoyens qui, eux, ne veulent pas de ce tunnel. D'ailleurs, on ne leur a pas demandé leur avis. Il faut mettre l'argent public ailleurs, car ici c'est bien l'argent public qui va financer le tunnel de façon indirect. »
Pourtant, selon ses promoteurs, ce tunnel sous le Semnoz permettrait de décongestionner le trafic routier pendulaire de la rive gauche du lac d'Annecy et ses 24 000 véhicules par jour. « C'est faux, cela ne va pas du tout délester le trafic pendulaire. Cela va au contraire entraîner une accélération terrible de la circulation automobile dans le secteur, notamment à proximité du rivage du lac. Cela va être épouvantable ! », pronostique Alain Moysan. Son alter-ego de Talloires développement durable ne dit pas autre chose. « Cela va aggraver les problèmes de circulation autour du lac, c'est une certitude. La raison en est simple : toute nouvelle structure routière entraîne une augmentation du trafic automobile. Le tunnel sous le Semnoz ne sera pas une exception. »
Les associations prêtes à faire front
Pour résoudre l'épineuse question du trafic automobile et de ses 40 000 véhicules par jour sur les berges du lac d'Annecy, les trois associations mettent en avant les transports collectifs. « Les alternatives existent et il faudrait sérieusement que les politiques s'y intéressent, remarque Jean-Loup Bertez. Et surtout, il faut arrêter de raisonner uniquement sur une seule rive du lac. » Avec son association, il défend le Mobidou, un système de petites cabines de 4 à 6 personnes sur rail, inspiré des montagnes russes des attractions foraines, sans conducteur et à propulsion électrique embarquée alimentée depuis la voie (voir notre article). Il y a aussi le bus en site propre, le trolleybus, le transport par câble ou encore le tram-train.
Mais pour l'instant, c'est bien l'automobile et le tunnel sous le Semnoz qui restent la priorité des élus anneciens. Christian Monteil sera ainsi à Paris le 24 septembre prochain pour essayer de décrocher l'accord du gouvernement sur le nouveau montage financier. En cas de réponse positive, le tunnel sous le Semnoz pourrait voir le jour d'ici cinq ans. « On réfléchir actuellement à la réponse que nous allons apporter, mais ce qui est sûr, c'est que nous n'allons pas nous laisser faire. On va rencontrer dans les jours à venir les autres associations pour agir ensemble », annonce Les Amis de la Terre 74. Plus offensif, le président de Lac d'Annecy environnement prévient les parlementaires et les élus locaux du bassin annecien : « on s'y opposera par tous les moyens légaux à notre disposition ». La controverse ne fait que (re)commencer.
Mikaël Chambru
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Commentaires
Evidemment, Area ou pas, le tunnel était de toute façon prévu pour être payant.
Ce tunnel n'apporte aucune solution aux problèmes de circulation autour d'Annecy, voir il peut les empirer.
Je vous rappelle d'autre part autre chose : percer le Semnoz de part en part, c'est prendre le risque de traverser le collecteur souterrain naturel qui alimente le lac en eau pour 80%.
1000 excuses pour l'oubli.
Citation en provenance du commentaire précédent de Talloires DD :
Que cela nous soit agréable ou non, les rives du lac ne sont pas extensibles et il est devenu incontournable de proposer quelque chose de confortable, efficace et réellement utilisable à ces Annéciens "extra muros", quelque chose d'assez bien pour qu'ils aient envie de l'utiliser la plupart du temps à la place de la voiture (le remplacement de la voiture à 100% est un leurre, nous sommes d'accord) : il est inutile de se voiler la face, la situation actuelle n'est plus durable.
Des solutions modernes existent qui permettent de relever ce défi, elles sont juste "barrées" par les mêmes éternelles solutions pensées au XXème siècle pour les grandes agglomérations de plaine (tram, etc.), inadaptées à une agglomération moyenne de montagne, au territoire resserré et accidenté : près de 400 personnes ont déjà visionné ceci (http://www.talloiresdd.com/PRT_Mobidou_2012/SCO_0001/default.htm), que les décideurs en place ne se donnent même pas la peine d'évaluer, parce que cela ne rencontre pas leur intérêt et contrarie leur conformisme.
Le débit actuel de la piste cyclable doit être 10fois supérieur à celui d'une ligne ferroviaire à voie unique
Pas de chance Bobet !
D'une part, je ne me suis pas mis un vert moi-même. Donc, ne vous en déplaise, je ne suis pas seul à penser cela !
D'autre part, un enfant qui va en maternelle, ne prend pas le bus...
Encore un discours d'extrémiste. Le bus n'est pas la réponse à tout.
C'est une réponse très très pertinente lorsqu'on habite en ville. C'est tout.
L'enfant il peut prendre le bus, voire bien souvent aller à pied, après tout à notre époque on allait à l'école à pied été comme hiver, sous la pluie, la neige ou la cagnard. Et on faisait des km, c'était pas à côté.
Et on peut aussi prendre le bus pour aller au boulot. Il faut exiger d'avoir des lignes régulières avec des horaires potables.
Lorsqu'on habite sur les bords du lac, qu'on travaille dans l'agglo, et qu'on doit tout simplement déposer son enfant à l'école sur le trajet, on a besoin comme Monsieur tout le monde de sa voiture.
Ras-le-bol de la bonne pensée de ces gens qui ne sont pas confrontés à la réalité !
Oui, c'est galère d'être bloqué tous les jours, notamment quand les services de voirie commencent les travaux à 8h30 !
Oui, on a besoin de vraies solutions pour se déplacer en voiture.
Ce projet de tunnel a un défaut majeur. Il n'est pas assez long, et risque de déplacer le problème dans Sevrier.
Il faut sans doute modifier le projet, mais de grâce, cessez avec vos raisonnements extrémistes, qui ne tiennent pas compte de la réalité de Monsieur et Madame tout le monde qui travaille !
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