Seize antennes relais du réseau GSM ferroviaire sont en cours d'implantation en bordure de la voie ferrée qui dessert la Tarentaise. Dans la vallée, about it la mobilisation contre leur installation s'organise.

Nous vous l'annoncions en décembre dernier via notre fil twitter, treatment seize antennes de près de trente mètres de haut sont en cours d'implantation le long de la voie ferrée entre Albertville et Bourg-Saint-Maurice. A Bellentre, Aime, Montgirod, Moutiers, etc. Il s'agit de la partie tarine du futur réseau GSM ferroviaire, dont la gestion a été confiée le 18 février 2010 par Réseau Ferré de France (RFF) à une entreprise privée – Synérail – via un contrat de partenariat public-privé (PPP) d'un montant de 1,4 milliard d'euro. Leur mise en service est annoncée pour la fin de l'année 2013. Sauf qu'en Tarentaise, la population locale n'en veut pas et entend bien faire capoter ce projet afin de préserver le paysage et leur santé. Une association – Antenne Tarentaise Pollution (ATP) – vient d'être créée pour amplifier et organiser la contestation dans la vallée.


Deux études d'impacts vont être réalisées

« On est là pour informer les gens, par pour leur faire peur, explique son vice-président, Daniel Buffart-Moret. Et nous voulons simplement des explications. C'est inadmissible d'avoir été mis devant le fait accompli. » Les travaux d'implantation de ces antennes GSM ont commencé dans la plus grande discrétion à l'automne dernier. « Personne n'était au courant. Ce sont les habitants résidant près des lieux d'implantations des antennes qui nous ont donné l'alerte quand ils ont découvert les fondations en béton sortir de terre, poursuit Daniel Buffart-Moret. Mais il était déjà trop tard pour faire quelque chose, les délais étaient dépassés pour attaquer les permis de construire au tribunal administratif ». Entre temps, la municipalité de Bourg-Saint-Maurice avait bien voté un avis défavorable au permis de construire, sauf que la Préfecture de Savoie est passée outre. « Aujourd'hui, nous n'avons pas le choix : nous sommes obligés de laisser les antennes se construire », acte Daniel Buffart-Moret. L'ATP n'entend pas pour autant en rester là : «  nous avons demandé aux pouvoirs publics de mettre en place une étude sur les impacts sanitaires de ces antennes relais afin de connaître précisément les risques pour notre santé. » Une demande reprise par la municipalité de Bourg-Saint-Maurice. Cette enquête va être réalisé par l'Agence régionale de santé (ARS) et les résultats devraient être connus au printemps prochain. « On va également demandé une contre-expertise au Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants (CRIIREM). On a des doutes sur l'indépendance de l'ARS », ajoute Daniel Buffart-Moret.

La France plus laxiste que l'Europe 

Tout n'est effectivement pas si simple dès que l'on parle d'impact sanitaire des champs électromagnétiques. D'un côté la norme française a comme valeur maximale d'exposition 61 V/m ; de l'autre, le Conseil de l'Europe préconise, dans sa résolution 1815 du 27 mai 2011, une limitation d’une valeur de 0,6 V/m. C'est donc 100 fois moins que la norme française actuelle. « C'est à tomber à la renverse ! On nous refait le coût de Tchernobyl. C'est dangereux chez nos voisins, mais pas chez nous. Ça recommence ! », commente le vice-président de l'ATP. Et Jean-Loic Mafayon, le président de l'association de poursuivre : « les choses bougent eu Europe, mais, comme a son habitude, la France est à la traîne. C'est le futur scandale sanitaire mondial étant donné le développement des techniques GSM. L'OMS a classé les ondes électromagnétiques dans la catégorie 2B  concernant les risques cancérigènes. Cette catégorie comprend entre autre l'amiante, le plomb, le bisphénole A... » Du côté du Conseil de l'Europe, on prend la situation très au sérieux : « il faut appliquer le principe de précaution et revoir les valeurs seuils actuelles, car le fait d’attendre d’avoir des preuves scientifiques et cliniques solides avant d’intervenir peut entraîner des coûts  sanitaires et économiques très élevés, comme ce fut le cas dans le passé avec l’amiante, l’essence au plomb et le tabac. » Pour ne rien arranger, la Tarentaise se situe, selon l'ATP, sur un territoire atypique en matière d'exposition aux champs électromagnétiques, avec une exposition moyenne de 5 V/m.

Des antennes pour offrir le wifi dans les TGV 

Au-delà de cette question de l'impact sanitaire, un autre point interroge l'ATP : à quoi et à qui vont servir ces antennes ? A remplacer l'actuel système de télécommunications analogiques Radio Sol Train (RST) qui permet la communication entre les conducteurs de trains, selon RFF. Or, Synerail regroupe comme actionnaires Vinci (30%), SFR (30%), Axa Private Equity (fonds infrastructure) et TDF (10%). « Quand on a découvert la présence d'opérateurs téléphoniques, on a bien compris que ces antennes n'auraient pas qu'un usage interne à la SNCF. Il est quasi-sûr qu'elles vont aussi être utilisées pour renforcer la puissance du réseau dans la vallée », pronostique Daniel Buffart-Moret. Et Jean-Loic Mafayon d'apporter quelques précisions : « Synerail, qui sera propriétaire des antennes relais, va louer à la SNCF ses communications... puis, dans un deuxième temps, elle pourra les louer pour la téléphonie mobile et peut être même pour le WIFI dans les trains. » En fait, Synerail assure depuis le 4 mars 201 la gestion du réseau de télécommunication ferroviaire numérique de RFF pour une durée de 14 ans. C'est la première fois qu'une exploitation-maintenance est transférée au secteur privé. « Tout porte donc à croire que l'argent du contribuable – puisque  la dette de la SNCF et de RFF est évaluée à environ 35 milliards – va  permettre au consortium Synerail de se créer un joli patrimoine... », présage le président de l'ATP.

Des antennes bientôt devant le tribunal ? 

« Nous ne sommes pas contre le progrès technique et technologique. Par contre, nous voulons simplement la preuve de l'inoculté de ces installations. Mais le problème de Synerail, c'est qu'ils ne peuvent pas nous la donner, ils ne l'ont pas », rappelle Daniel Buffart-Moret. Une fois la contre-expertise de la CRIIREM en main, l'ATP devrait se tourner vers la justice pour nettoyer la vallée de ces pylônes de trente mètres de haut et de leurs champs électromagnétiques. « Nous aurons selon toute vraisemblance la preuve que ces antennes dépassent les normes de l'OMS et de l'Europe. Nous serons alors en droit de demander qu'il se passe quelque chose », stipule le vice-président de l'ATP. Et d'annoncer : « on se prépare dès aujourd'hui à aller au tribunal. On ne va pas lâcher l'affaire aussi facilement. » Une nouvelle fois, seule la mobilisation des Savoyards permettra de préserver des montagnes trop souvent sacrifiées pour les intérêts financiers de quelques-uns au détriment de l'intérêt de ceux qui y vivent. D'ailleurs, nos montagnes ne sont-elles pas, y compris pour les touristes qui viennent y passer leurs vacances, l'endroit idéal pour lutter contre l'emprise des ces appareils technologiques toujours plus envahissants sur nos vies ? Sommes-nous si nombreux à avoir besoin d’être connecté sur Internet dans le train ? N'y a-t-il pas d'autres investissements plus urgent à effectuer, comme augmenter la desserte régionale des trains pour la Tarentaise ?

Mikaël Chambru 

Antenne Tarentaise Pollution organise une réunion publique le 21 janvier prochain à Bourg-Saint-Maurice, à 19h45, à la salle des fêtes sur le thème « Antennes relais et les ondes chez soit : faut-il s'inquiéter ? ».

 

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière