A Talloires, une association propose un projet original de transport en commun pour faire le tour du lac d'Annecy sans voiture. Un système électrique de petites cabines sur rail. Enfin la solution idéale ?
Depuis quelques années, on assiste périodiquement à un florilège de propositions techniques pour tenter de résoudre l'épineuse question du trafic automobile et de ses 40 000 véhicules sur les berges du lac d'Annecy. Chacun défend son projet : le trolleybus, le transport par câble ou encore le tram-train. Ce dernier a la préférence du maire d'Annecy, Jean-Luc Rigaut. Il irait de Groisy à Saint-Jorioz et de Seynod à Epagny. « Ce projet est complètement utopique et irréalisable avec l'urbanisation acutelle, estime pour sa part Jean-Loup Bertez, président de l'association Talloires développement durable. Il rend surtout indispensable le tunnel automobile du Semnoz, qui, en plus d'être à péage, ne va pas inciter au report modal ». Et d'ajouter : « Pour le seul prix de ce tunnel, nous proposons un système de transport en commun pour faire le tour complet du lac sans voiture ». Explication.
Rendre attractif le report modal
« Il faut prendre le problème à l'envers. Avant de proposer la solution technique comme le font les élus, il faut d'abord se poser les bonnes questions », souligne Jean-Loup Bertez. C'est la démarche que son association a entamée en 2008. « Se déplacer autour du lac d'Annecy, c'est devenu infernal ! Il n'existe aucune offre sérieuse pour faire qu'autrement qu'en voiture. C'est le quotidien de tous les habitants des deux rives du lac », constate Nicole Mathis, la secrétaire. « La seule solution, ce sont les bus... qui sont en fait un service de diligence datant du XIXe siècle. En plus de ne pas être très écolo, cela coûte cher, ne transporte pas beaucoup de monde et l'offre est très rigide », poursuit Jean-Loup Bertez. Dans ces conditions, l'association Talloires développement durable estime impossible de faire du report modal. « Ce qu'il faudrait, c'est un moyen de transport écolo où l'on pourrait ajuster l'offre de service, aussi bien au niveau du nombre que des horaires, et qui ferait le tour du lac dans son intégralité afin de rendre l'offre attractive face à l'automobile, » Fin 2010, ils ont découvert que d'autres avaient raisonné de la même façon qu'eux en Autriche. « Ils ont réalisé ce que nous avions imaginé. » Et voilà le projet Mobidou, « pour MOBIlités DOUces », en route.
Moins cher et plus pratique que le tram-train

Pour faire simple, il s'agit d'un système de petites cabines de 4 à 6 personnes sur rail - inspirées des montagnes russes des attractions foraines - sans conducteur et à propulsion électrique embarquée et alimentée depuis la voie. Développé par la société autrichienne City Coaster, il présenterait de nombreux avantages techniques par rapport au tram-train. « Il peut circuler en site propre, au sol, hors sol ou en sol, et sur une infrastructure légère. Grâce à la modularité du système, la fréquence peur être durant la journée d'une cabine toutes les quinze minutes et le retour peut être garanti dans les mêmes conditions de fréquence. Et surtout, ce procédé a été conçu pour la montagne, c'est-à-dire qu'il peut s’accommoder de n'importe quelles courbes et de n'importe quelles pentes, ce qui est un avantage non négligeable avec le relief compliqué du lac d'Annecy », détaille Jean-Loup Bertez. Avec ce système, le tour du lac se ferait en une cinquantaine de minutes et 2 800 passagers/heure par sens pourrait l'emprunter. Le coût total serait des plus compétitifs, avec 2 à 4 millions d'euro le kilomètre pour une ligne simple. « C'est le même ordre de grandeur qu’un tramway aérien suspendu de type télécabine et surtout beaucoup moins qu'un tramway en site propre où c'est 20 à 30 millions d'euro le kilomètre ».
Un projet similaire en cours à L'Alpe-d'Huez

Un projet similaire de transport est actuellement envisagé à l'Alpe-d'Huez, en Isère. « Ce système de Transport collectif en site propre (TCSP) remplacera à terme les remontées mécaniques vétustes et obsolètes destinées au transport des personnes et des marchandises », dixit le Projet d’aménagement et développement durable (PADD) d'avril 2011 de la commune. Il reliera à terme les axes névralgiques de la commune : Huez village / Le Maona / Virage 2 / Maison de l'Alpe / Quartier de l'Eclose / Quartier des Bergers. Sa mise en place vise à « réduire les flux de déplacements automobiles avec un objectif d'empreinte écologique minimale ». Une mission d’assistance à maîtrise d'ouvrage a été lancé au début de l'année pour un coût de 260 000 euro, via un cabinet d'étude grenoblois, pour lancer la réalisation du projet. Le premier tronçon entre Huez village et la Maison de l'Alpe pourrait être réalisé courant 2013. « Nous sommes convaincu qu'il faut aller aujourd'hui vers ce genre de transport et Annecy aurait tout intérêt à prendre les devants, d'autant plus que cela aurait un attrait touristique indéniable », rappelle Nicole Mathis.
Un système de transport qui fonctionne déjà en Suisse
A Arosa, en Suisse, un transport de ce type fonctionne déjà en exploitation régulière. Baptisé « Tschuggen Express », il permet de relier un hôtel de luxe, le « Tschuggen Grand Hotel », directement au domaine skiable de la station, en moins de deux minutes trente. Soit une distance 528 mètres et 150 mètres de dénivelé parcourue à une vitesse de 4 mètres par seconde. Rien à voir donc avec les 40 kilomètres du tour du lac d'Annecy. « Nous avons discuté avec l'entreprise autrichienne qui a conçu le système. Il n'y a aucun problème de principe pour faire le tour du lac. Si une telle distance n'a pas encore été faite aujourd'hui, c'est une question d'opportunité et de stratégie commerciale », défend Jean-Loup Bertez. A l'heure actuelle, aucune étude détaillée de faisabilité n'a été faite. « La grosse faiblesse de notre projet, c'est qu'il n'est pas porté pas un élu. Il est issu de la réflexion des citoyens. Et aujourd'hui, à Annecy, c'est un gros handicap ».
Arriver à convaincre les élus anneciens
« Les élus raisonnent encore avec un mode de pensée du siècle dernier. Ils ne cherchent pas de solutions nouvelles et préfèrent importer des solutions conçues pour des métropoles de plaine dans une ville moyenne de montagne », regrette Jean-Loup Bertez. Avec son association, il ne désespère pas pour autant d'arriver à les convaincre. « On y croit toujours. La vraie alternative réaliste à l'automobile, c'est notre projet. C'est le seul qui traite globalement la problématique du transport sur l'ensemble du lac ». Alors, prêt pour les montagnes russes autour du lac d'Annecy ?
Mikaël Chambru
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Commentaires
je ne dis pas "il n'y a pas de problèmes" je dis que cette solution est pire que le problème
De chez moi, je vois les 2 berges, ça fait du monde et du bruit ... on ne part pas d'une situation idéale aujourd'hui, mais d'une situation vraiment désagréable.
Les transports en commun, ça ne remplace pas les déplacements à pieds ou à vélo, ce n'est pas le même usage, c'est complémentaire : quel habitant de Doussard va demain aller à pieds à Annecy pour bosser tous les jours ?
C'est ben vrai ça ! Tout le monde circulant déjà à pied ou à vélo, le problème des voitures ne se pose plus depuis longtemps, psr vrai ?
Et puis c'est pas plus ridicule qu'un tunnel sous le Semnoz qui va être un véritable aspirateur à voiture pour le centre-ville d'Annecy.
finissons déja la piste cyclable du tour du lac et une voie piétonne sur les berges.
qu'autour du lac…
et pour l'esthétique, il vaut mieux qu'il soit bien caché…
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