En Savoie, ampoule au sein d'Europe-Ecologie Les Verts, ce n'est pas facile de s'y retrouver entre ceux qui défendent bec et ongle le projet Lyon-Turin, ceux qui s'y opposent fermement… et les autres.

Le 3 juillet dernier se déroulait dans le Val di Susa la plus grande manifestation populaire d'opposition à un chantier public de l'histoire de la République italienne (voir notre reportage). Depuis, la mobilisation ne faiblit pas au Piémont. Bien au contraire. Ce sont à nouveau plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont participé le 8 juillet à la marche nocturne aux flambeaux, « contre une oeuvre pharaonique, fille d'un modèle de développement énergivore et démesuré (…) et pour le bien commun ». Cette farouche opposition, qui dure depuis plus de vingt ans, interpelle certains écologistes savoyards qui veulent ouvrir le débat de notre côté de la frontière. En Italie, I Verdi (le parti vert italien) est clairement contre le TAV. En Savoie, ils sont historiquement pour. Mais est-ce si simple que cela ?


Initialement, le projet de liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin ne privilégiait que la liaison voyageur TGV. Ce n'est qu'à partir de 1995 avec l’entrée des élus Verts au Conseil régional que la question du fret a réellement été prise en compte. Benoît Leclair – vice-président savoyard EELV au Conseil régional – nous rappelle la position des Verts prise en 2006. « Il faut d'abord bénéficier des infrastructures existantes. Ensuite, il faut privilégier la question du fret. Et enfin, il faut se poser la question d'une nouvelle infrastructure si besoin. » Et d'ajouter : « ce besoin, c'est si l'on décide aujourd'hui de faire un vrai transport modal de la route vers le rail et de mener une vraie politique dans ce sens. » D'où le soutien jusqu'à aujourd'hui de la formation écologiste au projet de TGV Lyon-Turin... à condition toutefois que « l'infrastructure soit essentiellement dédié au fret et permettent de développer les dessertes régionales voyageurs » et qu'elle soit « accompagnée de mesures réglementaires et fiscales permettant de rétablir l'avantage global du fret sur la route et le paiement du transports a son vrai coût ». Cette position, un certain nombre d'élus savoyards EELV la défendent toujours. « On a jamais cru ni trouvé très intéressant de réduire la distance pour les voyageurs entre Lyon et Turin », tient à préciser Gérard Blanc, secrétaire régional d'EELV Savoie.

Réouverture du débat sur le TAV chez les écologistes

La donne a semble-t-il quelque peu changé depuis. « Dans les coulisses et au sein d'Europe-Ecologie, il y a actuellement beaucoup de discussions et d'interrogations », nous confie plusieurs militants. C'est que « ces derniers années il y a des éléments nouveaux lourd et fort qui sont arrivés. Ils font que l’on doit revisiter notre soutien critique à ce projet, puisqu'ils changent profondément la donne », indique quant à lui Gérard Blanc. Pour Noël Communod – conseiller régional savoyard EELV et président du Mouvement région Savoie (MRS) -, la mobilisation croissante des populations dans le Val de Suse fait qu'« il est temps que nous prenions une nouvelle position » (voir la vidéo).

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D'autres militants savoyards d'EELV sont déjà convaincus par les arguments des No-Tav et s'opposent clairement au projet du TGV Lyon-Turin. Emmanuel Coux – candidat EELV à Seyssel à l'occasion des dernières élections cantonales – fait parti de ceux là. Le 3 juillet, il manifestait même, avec drapeau EELV sur l'épaule, dans le Val di Susa au côté du Parti vert italien, estimant que « ce projet ne sert à rien si ce n'est à gaspiller énormément d'argent public ». Thierry Dupassieux est aussi sur la même position. Ce militant EELV, fortement impliqué au sein du Comité anti-olympique ces derniers mois, considère que ce projet de TGV Lyon-Turin est « une infrastructure inadaptée » et incompatible « avec le monde qu'on souhaite et qu'on défend à travers Europe-Ecologie » (voir la vidéo).

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Cet avis, Nicole Guilhaudin ne le partage pas du tout. Conseillère générale EELV et adjointe au maire de Chambéry, elle estime au contraire, comme elle l'a rappelé le 6 mai dernier lors du débat public de La-Motte-Servolex (voir le reportage de la TVNetCitoyenne), que « les projets comme le Lyon-Turin sont indispensables » pour lutter contre la production des gaz à effet de serre et de la pollution de l'air. Henri Dupassieux – son alter-égo de la ville de Chambéry, également vice-président chargé des transports à Chambéry métropole – est lui aussi sur la même position. « Pour le 21ème siècle, le train doit être le mode de transport prioritaire pour le transport des marchandises à travers les Alpes, et pour les déplacements intercités pour les voyageurs. Si nous voulons porter cette ambition, les infrastructures actuelles qui datent de 150 ans doivent évoluer fortement. La Tansalpine, avec sa composante voyageurs pour la desserte du sillon Alpin, est de mon point de vue nécessaire. » « Nous allons bientôt nous retrouver avec le seul passage tout autoroutier de traversée des Alpes. Cela veut dire que nous aurons des camions, la pollution, le contournement autoroutier de Chambéry et le doublement du tunnel autoroutier du Fréjus », poursuit Nicole Guilhaudin qui considère « comme totalement irresponsable » le possible abandon de cette nouvelle liaison ferroviaire transalpine. Alain Caraco – candidat EELV à Chambéry à l'occasion des dernières élections cantonales – défend lui une position plus nuancée : « Entre Lyon et la Combe de Savoie, une ligne nouvelle ligne mixte (fret + voyageurs) est indispensable. Au-delà de Montmélian, une rénovation de la ligne actuelle, à double voie, combinée à l'utilisation du tunnel actuel, paraît suffisante en l'état actuel du trafic ferroviaire, tant pour le fret que pour les voyageurs. »

Des alternatives pas si déconnectées de la réalité 

De son côté, Emmanuel Coux attire l'attention des Savoyards sur les risques sanitaires liés à la pollution à l'uranium et à l'amiante présents selon lui en nombre sous le massif d'Ambin où doit être percé le tunnel de 50 km entre la Savoie et le Piémont. « Il y a des risques de cancers à Saint-Michel de Maurienne, Saint-Jean-de-Maurienne, La Chambre et Modane », nous assure le candidat EELV à Seyssel à l'occasion des dernières élections cantonales. Et pour lui, c'est au contraire le chantier du TGV Lyon-Turin qui va être « très polluant » et qui va augmenter le nombre de camions dans la vallée de la Maurienne (voir la vidéo).

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Emmanuel Coux défend le plan alternatif porté par la coordination Ain Dauphiné Savoie face aux liaisons ferroviaires et son co-président, l'ancien militant Vert Olivier Cabanel (voir notre article). Ce plan B met en avant le fait que l'on pourrait aujourd'hui avec les infrastructures actuelles et quelques rénovations bien moins onéreuses faire du ferroutage au même niveau que celui proposé dans le projet de TGV Lyon-Turin, avec les problèmes d'impacts liés au chantier en moins. « Je trouve pour ma part que ce que vous nous proposez est assez déconnecté des réalités », estime Nicole Guilhaudin. « Face à un projet de report modal, il faut se poser toutes les questions. Les alternatives, il faut aussi les regarder », tempère Benoît Leclair. Pour le vice-président savoyard EELV au Conseil régional, « on n'est pas dans une logique où on a un besoin immédiat d'une nouvelle structure (…). il faut faire le transfert modal dès aujourd'hui et se poser ensuite la question » (voir la vidéo).

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Pour le secrétaire régional d'EELV Savoie, la question centrale est avant tout politique. « C'est la question du type de société et du type d'économie dans laquelle les humains vont devoir vivre en se respectant les uns les autres et en respectant les milieux naturels. La crise économique et financière de l'Europe, l'aggravation de la crise écologique et l'épuisement annoncé des ressources rendent cette question politique d'autant plus urgente. » A partir de là, l'infrastructure du Lyon-Turin, en plus de ne pas être suffisante, ne serait plus aussi nécessaire qu'en 2006. « Il faut réévaluer les capacités d'utilisation des lignes existantes en les améliorant et en allant au bout de ce que l'on peut faire en terme de capacité » (voir la vidéo).

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Pour Henri Dupassieux, il faudrait aussi « réviser les estimations de trafic avec une approche de sobriété (suppression des transports inutiles) et de relocalisation des productions », mais toujours dans l'objectif de mettre en place une nouvelle liaison ferroviaire transalpine visant « le zéro camions dans la traversée des Alpes ». « Comme pour de nombreux autres grands projets, on voit bien qu'il est difficile d'avoir des certitudes sur le Lyon-Turin ferroviaire », conclut Alain Caraco. Bref, la question reste ouverte chez les écologistes savoyards et pour beaucoup il apparaît qu'il est difficile d'être résolument pour ou contre : faut-il créer de nouvelles infrastructures ferroviaires, améliorer les infrastructures existantes ou combiner les deux approches ? C'est en septembre prochain qu'EELV Savoie, et plus largement EELV Rhône-Alpes, débattra en interne de leur nouveau positionnement sur ce projet de liaison ferroviaire transalpine.

Une manifestation des Savoisiens contre le TAV en août

Pendant ce temps, c'est le candidat EELV à Lanslebourg à l'occasion des dernières élections cantonales - aujourd'hui porte-parole du Mouvement des citoyens de Savoie (MCSE) - qui occupe le devant de l'opposition savoyarde au TAV. Avec ses amis savoisiens du Gouvernement provisoire de l'Etat de Savoie, il organise une manifestation au Col du Mont-Cenis, à la carrière du Paradis, le 21 août prochain, pour « marquer le début d'une reconquête des montagnes et des vallées par les citoyens, pour les citoyens. Certains l'appelleront la "révolution montagnarde", elle s'étendra dans toute l'Europe ».

Mikaël Chambru

 

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