Dans le Val di Susa, la population locale s'oppose toujours à l'Etat italien et à son projet de TGV Lyon-Turin. Les Piémontais appellent les Savoyards à se joindre à eux demain pour une manifestation monstre.
Juste de l'autre côté de la frontière entre la Savoie et le Piémont, dans le Val di Susa, la lutte populaire des No-Tav contre le projet de TGV Lyon-Turin ne désarme pas malgré la violente intervention des forces de l'ordre de ce lundi 25 juin. Plus de 2 500 policiers italiens, accompagnés de pelleteuses et autres engins de chantier, ont éventré l'autoroute (c'est pour cela que le tunnel de Fréjus était fermé en début de semaine) pour s'ouvrir une porte vers le site archéologique de la Maddalena protégé par les No-Tav contre les velléités de l’Etat italien d’y percer une galerie de reconnaissance. Face à la résistance des Piémontais, les carabinieri ont ensuite aspergé de gaz lacrymogènes les habitants pendant des heures avant de les poursuivre dans la montagne et dans la forêt.
Plusieurs témoignages de Savoyards présents sur place, comme celui de Jean-Blanc, porte-parole du Mouvement des citoyens de Savoie (MCSE), font état d'affrontements très violents et de multiples violences policières face à une résistance populaire massive (voir la vidéo).
Après cette expulsion des No-Tav, les travaux de creusement du tunnel ont immédiatement commencé sous la protection des forces de l'ordre. Cet empressement de l'Etat italien, quitte à passer au-dessus des aspirations des Piémontais et à les faire taire par la violence, s'explique par le fait que le chantier de la ligne TGV Lyon-Turin devait démarrer avant la fin du mois de juin, faute de quoi une partie des subventions européennes n'auraient pas été versées. Cette nouvelle liaison ferroviaire à travers les Alpes prévoit notamment de creuser le plus long tunnel d’Europe (plus de 50km ) dans une montagne contenant des roches riches en amiante et en uranium. Lancé en 2001, le projet devrait être achevé vers 2023 et coûter la modique somme de 25 milliards d’euros. En Savoie, la résistance n'a jamais pris jusqu'à aujourd'hui. Il y avait bien eu une manifestation à Chambéry rassemblant 4 000 personnes le 7 janvier 2006, mais elle ne regroupait alors quasi exclusivement que des Piémontais (voir la vidéo).
La coordination Ain Dauphiné Savoie face aux liaisons ferroviaires alpines avait aussi essayé de populariser le projet alternatif moins chère qui permettrait aussi de faire du ferroutage, notamment lors des élections régionales de mars 2010 (voir notre article). En vain. Il aura fallu en fait attendre le mois dernier pour que les propositions de la coordination fasse écho aux Savoyards. Ainsi le 6 mai, plus de 400 personnes participaient à un débat public contre cette nouvelle liaison ferroviaire à travers les Alpes (voir le reportage de la TVNetCitoyenne). Certains opposants à la candidature d'Annecy 2018 ont également tenté de faire le lien entre le projet olympique et celui du TGV Lyon-Turin. C'était lors de la manifestation du 20 novembre 2010 à Annecy (voir la vidéo).
Côté politique, le NPA et les Alternatifs rejettent ce « projet productiviste pharaonique » et réclament une « une autre politique des transports et d’aménagement du territoire ». Les deux organisations politiques de la gauche radicale savoyarde en avaient d'ailleurs fait un point centrale de leur programme lors des élections cantonales du printemps dernier. Le MCSE et son porte-parole – ancien membre d'Europe-Ecologie Les Verts – s'y opposent aussi. C'est que les Savoisiens, via leur nouveau Gouvernement provisoire de l'Etat de Savoie, ont rejoint, directement sur le terrain, la lutte des No-Tav. Il en était d'ailleurs largement question lors de leur deuxième rencontre internationale de l'Etat de Savoie le 12 juin dernier à Aix-les-Bains (voir notre reportage). Silvia Garbelli, représentante du Piémont, expliquait alors tout simplement aux 600 sympathisants savoisiens que ce projet était inutile (voir la vidéo).
A l'opposé, ce projet de nouvelle liaison ferroviaire à travers les Alpes reçoit un soutien massif des élus locaux, du PS à l'UMP, en passant par le PCF et Europe-Ecologie Les Verts. Pour l'ancien maire PS de Chambéry – Louis Besson – qui rêve de faire de faire de la cité ducale la plaque tournante du tourisme alpin, il est même tout simplement indispensable (voir notre interview). Il y a quelques jours, ce « militant du lyon-turin », comme il se désigne lui-même, en appelait au « respect de la démocratie » dans les colonnes du Dauphiné Libéré afin que le projet puisse débuter à temps.
Les No-Tav reprendront-ils la Libre Comune de Maddalena ?
Demain dimanche, une grande manifestation est organisée dans le Val di Susa, au départ de la gare de la Chiomonte à 9 heures, direction la Libre Comune de Maddalena d'où les No-Tav ont été expulsé en début de semaine. Les Piémontais appellent les Savoyards à la rescousse pour essayer de sauver leur montagne. Pour suivre en direct les événements de la journée, vous pouvez écouter nos confères de Radio Blackout. De notre côté, nous serons au coeur de la manifestation avec les No-Tav et nous vous proposerons un compte-rendu en début de semaine prochaine.
Mikaël Chambru
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Commentaires
J'ai des contacts avec des collègues de l'ex-collectif contre le Lyon Turin qui existait et fonctionnait en 2006 sur Chambéry et la Savoie
Nous avions même sorti un Journal et nous avions un site :
sclt73
Les collègues qui souhaitent relancer ce collectif peuvent me contacter :
gerardetellin
Chambéry, le 18/07/2011
Maintenant que les tunnels du St Gothard et le Brenner sont bien avancés, quel sera le trafic futur des camions sur les trains à condition que les patrons des transports optent pour le train, ce qui n' est pas ssssssûr !
La ligne classique SNCF est mise au grand gabarit et aucune prévision de trafic n'est faite pour savoir si celle-ci suffira à acheminer les marchandises.
Elle n'est pas actuellement saturée.
Pour les TGV, améliorons ce qui existe (2 dessertes/jour)
Et puis avons-nous réellement besoin de tous ces transports de marchandises alors que bon nombre de produits peuvent se trouver localement ?
D'autre part, le cout réévalué du projet : 25 MM€! Exorbitant !
Il y a d'autres priorités !
Jamais entendu parler, c'est qui ce soit-disant expert ?
Dans tous les cas, chacun est maître chez soi et à le droit de décider des infrastructures qui passent chez-lui, ou non. Si la population n'en veut pas, ben faut chercher une autre solution.
En plus, c'est débile de vouloir faire une ligne TAV pour aller à Paris qui passe par la le Val Susa et la Maurienne(car oui, on ne parle plus du tout de ligne de fret, ça c'était au début pour faire avaler le projet par la populace). Il y a déjà une ligne. On pourrait aussi bien faire un tunnel au Grand Saint Bernard, les études sont déjà faites, personne n'est contre. Avec rénovation de la ligne Torino-Aoste, on rejoindrait Genève et de là Paris, pour ceux qui tiennent à y aller, moi merci, je reste dans mes montagnes.
un tunnel tout les 150 ans. c'est effectivement dispendieux.
c'est d'ailleurs grace à eux que la région est repassé à droite
et pourquoi pas 6 allers retours,pendant qu'on y est...
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