Les derniers paysans à l’ancienne se voient promis à l’éradication. A moins que, après les coqs, ça soit le « progrès » qui prenne du plomb dans l’aile. (dossier caddie vert)
Bien avant que la grippe aviaire ne fasse frémir toute la planète, le coq d’André a été sacrifié. Simplement parce qu’il dérangeait un voisin fraîchement débarqué à Sillingy. André a donc été contraint de le tuer. Pour lui, c’est un symbole de la fin de l’agriculture familiale savoyarde.
« Avant, on était considéré, indispensable, alors qu’aujourd’hui on est plus emmerdant qu’autre chose. Les gens ne supportent plus le bruit d’un tracteur. Et dans dix ans, ici, ça sera Annecy et puis c’est tout. Il n’y a plus de paysans et les gens font tout pour que les terrains deviennent constructibles. »
Il n’y a pas qu’aux abords des agglomérations que la vie paysanne est presque devenue impossible. Au cœur de l’avant-pays, dans un coin où la terre est encore agricole, Marie-Claude tente également de résister, mais sa pratique de l’agriculture à l’ancienne est en passe de devenir hors la loi. « Je fais encore tout : bœuf, veau, chèvre, cochon, volaille, légume. D’abord pour ma famille, et puis pour des clients du coin. Mais d’ici à 2010 ou 2012, une petite ferme comme la mienne ne sera plus aux normes. De toute façon, je ne suis pas dans les bonnes pratiques agricoles car je ne mets pas d’engrais. C’est pas que je sois bio, je suis naturelle, comme on l’a toujours fait. Mais aujourd’hui, il faut être chimiste, avoir un conseiller qui vient tout t’expliquer. Sauf que leurs normes n’empêcheront pas qu’on ait une merde dans la bouffe et tout le monde va prendre la pétoche. C’est déjà un peu ça, mais ça va être encore pire. Et là, on reviendra à une pratique comme la mienne. »
B.P.
(article publié dans le numéro 7 de la VDA, avril 2006)
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