Le projet de JO d’Annecy est présenté comme 100% écolo, mais il repose sur du mensonge colporté par une brochette d’écotartuffes. Enquête sur une supercherie.
« Pour la région Savoie, contre les Jeux ». Voilà ce que titrait cet hiver le Dauphiné Libéré pour un article qui présentait le positionnement des Verts région Savoie sur deux sujets qui pourraient, à priori, n’avoir que peu de rapport. C’est d’ailleurs ce que pensent les Verts savoyards.
« On a juste donné une conférence de presse pour annoncer différentes choses et d’abord notre positionnement sur les prochaines élections européennes, confie Gérard Blanc, conseiller municipal vert à la Ravoire et délégué à Chambéry Métropole. Les journalistes nous ont posé des questions sur des sujets d’actualité, auxquelles on a répondu. Mais même si certains de nos membres sont dans des comités anti JO, nous ne sommes pas contre les Jeux, juste pour un retour aux valeurs de l’olympisme. Ce sont les dérives du gigantisme ou du dopage qui ne nous plaisent pas. Après, il n’y a pas de lien entre nos critiques sur les JO et notre positionnement sur la région Savoie. » Et bien pour nous, il y en a un de lien, qui est même écologique. Car faire de ces jeux ceux de la région Savoie serait le seul moyen de respecter la promesse des promoteurs des JO d’Annecy qui jurent qu’on préservera l’environnement en utilisant essentiellement des infrastructures déjà existantes. Sauf qu’on s’apprête à faire à peu près exactement le contraire.
La caution d’Arthus-Bertrand
Ces JO de 2018, on nous les promet propres. C’est même un des principaux arguments avancés par nos représentants haut-savoyards, et d’abord par Thierry Billet, adjoint chargé de l’environnement à Annecy. La preuve ultime que les jeux seraient écolos, selon Billet, c’est qu’il a réussi à convaincre Yann Arthus-Bertrand de soutenir officiellement la candidature annecienne. On peut ainsi lire ceci sur le blog de l’élu annecien : « Ce soutien est une garantie que les engagements pris sur le plan environnemental seront respectés et en particulier qu'un bilan carbone "prévisionnel" sera géré en continu sur le projet de JO de manière à aboutir à un impact nul en carbone pour la réalisation de ces Jeux. C'est au demeurant ce que rappelle Yann. »
Billet cite alors la figure tutélaire de l’écologie qu’est devenue le maître de la photo aérienne : « Les infrastructures olympiques fondées sur la démesure et l’utilisation d’importantes quantités de matériaux et d’énergie mènent souvent à une impasse. De nombreuses villes olympiques ont construit d’immenses structures coûteuses devenues aujourd’hui des éléphants blancs. Mes échanges avec Thierry Billet, votre maire-adjoint à l’environnement, m’ont éclairé sur un point : Annecy souhaite développer un modèle de ville olympique responsable dont l’empreinte écologique serait la plus réduite possible. »
Billet n’est pas au courant
Yann ayant été convaincu grâce à ses échanges avec Thierry, je ne demandais moi aussi qu’à l’être. Alors, tapotant sur mon petit clavier, j’envoie un mail à Thierry Billet pour lui demander, en rapport direct avec la déclaration d’Arthus-Bertrand, quelles vont être les infrastructures construites pour ces jeux et où seront-elles situées.
Deux questions basiques et élémentaires pour avoir une idée de l’impact environnemental d’Annecy 2018. Et bien voici la réponse de Billet : « Adressez vous au Comité d'organisation au Conseil général... Je n'ai pas les éléments sportifs en mains. » Eléments sportifs ? Je ne lui demandais pourtant pas si le ski de bosses en faki allait devenir une discipline olympique, mais ce qu’on allait construire comme infrastructure de type patinoire ou tremplin. L’élu annecien ne serait donc en rien au courant de ces futures installations, mais il a néanmoins réussi à convaincre Yann qu’on ne tomberait pas dans la démesure. Après cela, faut pas s’étonner si on en vient à qualifier ce genre de personnage d’écotartuffe.
La piste de bob, ok, mais à part ça ?
Donc direction le conseil général où l’attaché de presse nous informe que « 70 à 80% des infrastructures sportives existent déjà. Les investissements concerneraient deux patinoires et un anneau de vitesse. » Elle ajoutera par la suite qu’un tremplin de saut sera aussi construit à La Clusaz. Cela fait quand même de gros équipements à bâtir. Mais c’est quoi alors les infrastructures existantes ? « Les pistes homologuées, patinoires, sites d'entraînement, piste de bob de La Plagne... », nous répond le conseil général. La piste de bob, ok, ça c’est du lourd.
Les patinoires ? On vient juste de nous dire qu’on va en construire trois ! Quant aux pistes de ski, ça c‘est sûr qu’elles sont déjà là, mais certains candidats aux JO auraient-ils prévu de bâtir les montagnes nécessaires aux épreuves olympiques ? Bref, pas grand-chose n’existe en réalité aujourd’hui en matière d’infrastructures, mais on nous certifie que 70 à 80% sont déjà existantes. Et Yann Arthus-Bertrand cautionne. L’écotartufferie en pleine action ! Le plus consternant est que ça marche et que personne ne relève la supercherie, pas plus au Comité national olympique - qui a récompensé des menteurs en choisissant Annecy - que dans la presse - qui a, pour sa part, largement contribué à colporter le mensonge. Le Dauphiné Libéré a ainsi publié à maintes reprises ces derniers mois que 80% des infrastructures nécessaires aux JO de 2018 étaient déjà existantes, alors que quelques minutes d’enquête auraient été suffisantes pour constater que cette info est complètement bidon.
Une mauvaise voie
Revenons maintenant vers notre ami Billet qui dispose d’un autre argument pour vanter le côté écologique de ces jeux. Et oui, grâce à eux, la Haute-Savoie va enfin pouvoir s’équiper en infrastructures ferroviaires. « Qui ne voit pas que les jeux sont un formidable accélérateur de projet ?, clame ainsi Thierry sur son blog. Jusqu'à présent, les jeux ont servi, en France, à faire des autoroutes; ceux d'Annecy 2018 devraient permettre de faire du logement à énergie positive et du transport ferroviaire... De quel droit se passerait-on de cet accélérateur tout en réclamant... du transport ferroviaire ? » C’est clair que des autoroutes, chez nous, on n’en a plus trop besoin, surtout depuis qu’il y en a deux pour relier Annecy à Genève. Mais de là à dire que ceux qui veulent du ferroviaire n’aurait pas le droit de s’opposer aux Jeux… Billet repousse encore un peu plus le bouchon. « Les jeux entraînent le département sur une mauvaise voie. Ce n’est pas une priorité et il y a mieux à faire que ça, estime Pierre Viguié, secrétaire régional des Verts savoyards.
On a un retard extraordinaire en Haute-Savoie sur le transport ferroviaire et le logement social. Le projet des jeux permet aux élus de ne rien faire en les attendant. Mais ce n’est pas les jeux qui paieront les trains ! Ça sera à nous de les payer. Et le comité olympique n’exigera rien pour le ferroviaire. Alors peut-être que les JO donneront un coup de pieds aux fesses aux élus pour développer le ferroviaire, mais on ne devrait pas avoir besoin de ça. Et les JO relancent en revanche la mauvaise idée que la Savoie sera encore en 2018 la patrie du ski, alors qu’il faudrait plutôt songer à travailler à ce que nos usines à ski s’activent toute l’année. Il faut aujourd’hui d’abord penser à autre chose que le ski. Il ne s’agit pas de raser les stations, mais de tacher de les reconvertir, surtout celles qui sont situées à moins de 2000 m dans lesquelles sont prévus ces JO. »
Des infrastructures existent, dans le 73
Viguié s’inquiète aussi du gigantisme en matière d’infrastructure, malgré la caution d’Arthus- Bertrand. « On veut donc construire deux patinoires dans l’agglomération d’Annecy. Et lors des derniers jeux d’hiver, la grande patinoire contenait 40 000 personnes. C’est ça qu’on veut nous faire ici ? Mais ça rime à rien ! D’autant que, dans dix ans, est-ce qu’autant de monde se déplacera pour voir des épreuves olympiques ? Et on nous parle de bilan carbone zéro ! Dans dix ans encore plus qu’aujourd’hui, les gens regarderont les jeux devant leur télé, alors il n’y a pas besoin de bâtir des infrastructures démesurées. » On pourrait en revanche réellement utiliser ce qui existe déjà en pays de Savoie, car des infrastructures susceptibles d’accueillir des jeux d’hiver, il y en a, en Savoie du sud. Mais, hormis la piste de bob de la Plagne (qui faisait d’ailleurs également partie du projet grenoblois), pas question d’y toucher, d’après ce qu’on nous a dit au conseil général de la Yaute. Le Hall Olympique d’Albertville ? On s’en moque. Le Phare de Chambéry (construit déjà, dans une pure "logique savoyarde", avec l’objectif de piquer l’activité de la salle d’Albertville) ? Pas question de s’en servir.
Tout ça pour respecter, selon le conseil général, « le principe de compacité des sites, c'est-à-dire un périmètre olympique le plus restreint possible ». On prévoit pourtant des épreuves à Morzine, qui se situe bien plus loin d’Annecy que Chambéry ou Albertville.
Mégalomanie départementaliste
En fait, ce n’est pas un problème de distance qui empêche le Hall olympique ou le Phare d’accueillir des épreuves de hockey qu’on envisage aujourd’hui d’organiser à Sallanches dans une immense nouvelle patinoire, à laquelle on pourrait sans trop se risquer promettre dès aujourd’hui une splendide destinée d’éléphant blanc, comme dirait Arthus-Bertrand. Non, c’est plutôt le résultat de l’absence quasi totale de communauté de vue chez les élus des pays de Savoie. On observera d’ailleurs que le canton de Genève s’est proposé pour accueillir les compétitions de patinage, mais que les responsables politiques du département de la Savoie n’ont pas fait savoir qu’il y avait de quoi organiser plusieurs épreuves dans le 73.
Même si les Verts ne l’ont pas remarqué, il est donc bien logique pour ceux qui sont favorables à une région Savoie de s’opposer aux JO d’Annecy tels qu’ils se préparent. Car alors que la Venise des Alpes n’a évidemment pas besoin du prestige que lui apporteraient ces jeux et que le département de Haute-savoie est assez riche pour faire face à ses devoirs sans avoir besoin de tout ce cirque, on perçoit surtout au final le signe d’une mégalomanie départementaliste dans ce projet dénué de toute logique régionale. Pour cela, nous disons non à ces JO d’Annecy car nous plaidons pour une région Savoie écologiste.
Brice Perrier
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